L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


ORSATTI Pierre, Hippolyte, André



Pierre Orsatti à Auschwitz
Matricule "45939" à Auschwitz


Pierre Orsatti est né le 26 avril 1892 à Feins (Ille et Vilaine). Il habite au 29 rue Cartault à Puteaux (ancien département de la Seine) au moment de son arrestation.
Il est le fils d’Anna, Marie Truet, 27 ans et de Paul Orsatti, 40 ans, garde particulier à Champbellé (Feins).
Il est mécanicien de formation. Au moment du conseil de révision, engagé volontaire, il sert comme mécanicien à bord du contre-torpilleur « Pistolet » basé à Hanoï en Cochinchine (Vietnam).
Son registre matricule militaire indique qu’il mesure 1m 67, a les cheveux noirs, les yeux gris, le front ordinaire et le visage long. Il a un niveau d’instruction « n°3 » pour l’armée (sait lire, écrire et compter, instruction primaire développée).
Pierre Orsatti  s’est engagé dans la Marine à Lorient en 1909 selon les conditions de la loi du 28 juillet 1886 concernant les engagements volontaires au titre de l’armée coloniale. Il est « levé » le 7 avril 1909 comme « apprenti marin ». Il est incorporé comme matelot de 2ème classe au troisième dépôt des équipages de la Flotte à Lorient le 9 décembre 1911. Il est nommé quartier-maître mécanicien le 1er juin 1912,  et renvoyé dans ses foyers à la fin de son engagement, « certificat d’assez bonne conduite accordé ». Il est « rappelé à l’activité » par le décret de mobilisation générale du 2 août 1914. Ses services « contre l’Allemagne » dans la Marine sont comptés du 2 août 1914 au 14 juin 1919. Le 15 juin 1919, il est mis en congé illimité de démobilisation par le troisième dépôt des équipages de la Flotte à Lorient et se retire au 1, rue de Nemours à Rennes. Le 29 avril 1922, Pierre Orsatti habite au 41 rue Voltaire au Havre (Seine Inférieure / Seine Maritime). Le 8 février 1923, il a déménagé au 7 rue de la Smala (aujourd’hui Rue Béatrix-Dussane) à Paris 15ème.
Le 28 juillet 1923 Pierre Orsatti  épouse Reine, Armandine, Justine Dessez à Paris 15ème.
Le 1er janvier 1928, Pierre Orsatti donne comme adresse pour la Réserve de l’Armée « Clos Marie, rue Voltaire » à La Seyne (Var). En juillet 1932, Pierre Orsatti est revenu en région parisienne et habite alors au 80 rue des Chênes, à Suresnes (Seine  / Hauts-de-Seine). En février 1932, il déménage au 2 bis rue des Pavillons à Suresnes. En septembre, 1934, il est au 2 rue Bernard-Palissy, à Paris 6ème. Le 10 mars 1936, Pierre Orsatti est classé en qualité d’ajusteur au titre de la réserve de l’armée de terre comme « affecté spécial » (au titre du tableau III) à la société française Hispano-Suiza, rue du capitaine Guynemer à Bois-ColombesL’usine est occupée pendant deux semaines en juin 1936. Il y cotoie un autre militant communiste : Pierre Demerlé qui sera plus tard, comme lui, déporté à Auschwitz.
Grève de 1936 chez Hispano  @ Daniel Legros

Pierre Orsatti déménage à Puteaux, au 29 rue Cartault et travaille chez Hotchkiss (automobiles) à l’usine de Puteaux. Il est un des secrétaires de la section communiste de Puteaux, militant cégétiste.

Il est arrêté une première fois en janvier 40, et s'évade,  sans doute au moment des transferts des prisons devant l'avancée allemande. Il participe dès lors "à la lutte clandestine" (in "L'Eveil "1981).
Extrait de la liste des RG du 26 juin 1941, montage à partir du début de la liste
Pierre Orsatti est arrêté une deuxième fois par la police française le 26 juin 1941 (sur dénonciation, selon Madame Marie-Louise Pairière, veuve d'un "45.000"). Qu'il s'agisse ou nom d'une dénonciation, Pierre Orsatti est connu des Renseignements généraux : La liste des Renseignements généraux répertoriant les communistes internés administrativement le 26 juin 1941, mentionne pour Pierre Orsatti : « Meneur particulièrement actif ». Son arrestation a lieu dans le cadre d’une grande rafle concernant les milieux syndicaux et communistes. En effet, le 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique, sous le nom «d’Aktion Theoderich», les Allemands arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy (ici l’Hôtel Matignon), ils sont envoyés en vue de leur déportation comme otages, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), le Frontstalag 122 administré par la Wehrmacht.
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Pierre Orsatti est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Dans le train il jette un dernier billet sur le ballast, qui est ramassé par des cheminots et porté à son épouse. Il y écrit qu'il est dans le même wagon que Lucien Pairière et André Bisillon (témoignage de Madame Pairière). 
Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45939". Sa photo d’immatriculation à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Pierre Orsatti meurt à Auschwitz le 23 août 1942 d’après les registres du camp (Death Books from Auschwitz, tome 3, page 889)
Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué. Son nom figure sur le monument aux Martyrs de la Résistance, édifié à Puteaux en mai 1970.
Une cellule du PCF de Puteaux a porté son nom.


Sources
  • Texte de la lettre du 6 juillet 42. La présence d'André Bisillon et Lucien Pairiere y est signalée.
  • Plaquette mai 1981, "La Résistance à Puteaux, Juin 1940 à Août 1944". Témoignages vécus et recueillis par Jean Nennig,
  • M. Philippe Buyle, historien (février 1991).
  • Mlle Chabot, archiviste (juin 88 et février 1991).
  • Témoignage d'Emile Bouchacourt, survivant "45000".
  • Témoignage de Mme Marie-Louise Pairiere, veuve de Lucien Pairiere, un des "45000" de Puteaux, juillet 72.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp. 
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen.
  • Archives de la Préfecture de police de Paris. Renseignements généraux, Liste des militants communistes internés le 26 juin 1941
Biographie rédigée en novembre 2007, complétée en 2016, par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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