L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


MARETHEUX Jean Louis


Matricule "45830" à Auschwitz

Jean Marétheux est né au domicile de ses parents le 13 février 1896 à La Gâterie, commune de Mézières-sur-Couesnon (Ille et Vilaine).
Au moment de son arrestation il habite au 112 rue Marius Aufan à Levallois Perret (ancien département de la Seine / Hauts-de-Seine) un immeuble aujourd’hui reconstruit.
Jean Marétheux est comptable, puis chauffeur de taxi en 1938 (selon son registre matricule militaire et le témoignage de Mme Faurie (1).
Il est le fils de Jeanne, Marie, Beaudoin, cultivatrice et de Pierre Marétheux, 41 ans, cultivateur, son époux.
Son registre matricule militaire indique qu’il a les cheveux châtain, les yeux noirs, le front vertical et le nez rectiligne et le visage ovale. Il a un niveau d’instruction « n°3 » pour l’armée (sait lire, écrire et compter, instruction primaire développée).
Croix de guerre
étoile d'argent
Conscrit de la classe 1916, il est mobilisé par anticipation en avril 1915, comme tous les jeunes hommes de sa classe depuis la déclaration de guerre. Il est incorporé au 2ème régiment d’infanterie le 11 avril 1915 et est soldat de 2ème classe à la 31ème compagnie de dépôt, puis à la 25ème en septembre 1915. Il a été transféré au 47ème régiment d’infanterie (9ème bataillon, 34ème compagnie). Le 5 décembre 1917, il est « aux armées » (sur la zone de front) pour l’offensive de Champagne. Le 11 janvier 1916, il est affecté à la 4ème compagnie (bataille de l’Argonne). Son régiment est engagé dans la deuxième bataille de Verdun. Le 1er avril 1918, il passe au 8ème régiment du génie (détachement télégraphique du 20ème RI). 
En réparant des lignes téléphoniques dans le secteur des Chambrettes à Verdun, il est blessé au poignet gauche par éclat d’obus le 3 avril 1918. 
Il est cité à l’ordre du jour du régiment pour acte de bravoure et reçoit la Croix de guerre avec étoile d’argent.
Le 1er janvier 1919, il passe 6ème compagnie, 2ème armée. Envoyé le 5 janvier au dépôt à Angoulême en attente de transfert pour l’armée d’Orient où il part le 31 janvier. Affecté à la compagnie télégraphique CAA en février 1919. Il est rapatrié en France le 10 août 1919 et il est démobilisé le 30 septembre 1919 au 1er régiment du génie à La Garenne Colombes.  Il « se retire » à La Mézières (Ille et Vilaine).
Le 29 novembre 1919, il épouse Andrée Guilleraud, employée, à Paris 4ème. Le couple aura une fille, qui nait en 1928.
En septembre 1921, ils habitent au 44 rue de Montmorency à Paris 3ème.
En août 1924, ils déménagent à Levallois au 96 rue des Arts (aujourd’hui rue Bara). De 1934 à 1939, toujours levalloisiens, ils habitent au 3 rue Vergniaud, un immeuble aujourd’hui disparu.
Jean Marétheux est membre du Parti communiste et trésorier de la section communiste de Levallois.
En 1939, ils viennent habiter au 112 rue Marius Aufan.
Avec l’ordre de mobilisation générale, il est « rappelé à l’activité » le 6 septembre 1939 au dépôt mobilisateur du Génie n° 68 et il est affecté à la 111ème compagnie Radio. Il est envoyé sur le front le 19 septembre. 
Le 11 avril 1940, il arrive au dépôt de guerre du Génie n° 33 et affecté au bataillon d’instruction. Le 13 juillet 1940, il est démobilisé dans le canton de Salviac (Lot) et « se retire provisoirement » au 7 rue des Albigeois à Florensac (Hérault), avant de regagner Levallois, son domicile habituel. 
Liste des RG, 24 juin 1941, montage avec l'en-tête de la liste
Militant communiste connu comme tel des services de police française, il est arrêté le 24 juin 1941 par la police allemande, dans le cadre de la rafle du 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique, sous le nom « d’Aktion Theodorich. Les Allemands arrêtent dans la zone occupée et avec l’aide de la police française», plus de mille communistes. La liste des Renseignements généraux répertoriant les communistes internés administrativement le 24 juin 1941, mentionne pour Jean Maretheux : « ex trésorier de la section de Levallois. Propagandiste actif ».
D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy (Jean Marétheux est conduit à l'Hôtel Matignon), ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise - 60), administré par la Wehrmacht et qui ce jour là devient un camp de détention des “ennemis actifs du Reich”.
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Jean Marétheux est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45830".
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Jean Marétheux entre à l'infirmerie de Birkenau le 21 novembre 1942 et meurt le 2 décembre 1942 d’après les registres du camp, dans les jours qui suivent une importante « sélection » des « inaptes au travail » destinés à être éliminés dans les chambres à gaz de Birkenau.
  • Note 1 : il y a six chauffeurs de taxi parmi les "45000" de Levallois :  Maxime Collet , Aimé Doisy, Paul Faurie, Germain Feyssaguet, Jean-Baptiste LoryJean Marétheux. C’est à partir des souvenirs recueillis auprès de son mari, ancien « taxi » de Levallois, que madame Faurie a pu nous le préciser. Après les grèves de 1938, plusieurs de ces militants communistes se font embaucher à la « G7 » comme chauffeurs de taxi, après avoir été licenciés de leurs entreprises où ils étaient ébénistes, comptables ou électriciens... 
Sources

  • Archives municipales de Levallois Perret.
  • Livre des déportés ayant reçu des médicaments à l'infirmerie de Birkenau du 1.11.1942 au 150.7.1943.
  • Fichier national du Bureau des archives des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, Caen.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Etat civil et Registres matricules militaires d’Ille et Vilaine.
Biographie rédigée en 2007 (mise à jour en 2010, 2015 et 2016) par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement.  Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com  Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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