L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


L’exécution de dirigeants de la Résistance intérieure du camp d’Auschwitz (décembre 1944)


Témoignage d’André Montagne, 45912


"L'échec de la révolte du Sonderkommando est suivi, le 27 octobre 1944, par l'évasion manquée des membres de la direction du Kampfgruppe
[1].

Cinq hommes avaient pris part à l'opération : Ernst Burger et Zbysczek Raynoch, qui devaient partir en août, ainsi que trois membres polonais du mouvement de résistance, Bernard Swiercynna, Czeslaw Duzel et Piotr Piaty. La complicité de deux SS du service des transports avait été en principe acquise mais l'un d'eux, Johann Roth, joua double jeu. Il arrêta les cinq hommes et attaqua les partisans au lieu convenu pour le rendez-vous.
La Gestapo incarcéra avec eux deux autres dirigeants du Kampfgruppe : Rudolf Friemel et Ludwig Vesely. Les cinq camarades subirent des tortures terribles mais il ne fut pas possible d'obtenir d'eux le moindre renseignement. Après un premier interrogatoire, ils furent enfermés au Bunker (cellule) du trop célèbre block 11. Nos camarades (...) tentèrent de s'empoisonner[2] (...). Tout fut mis en oeuvre pour les ramener à la vie, la Gestapo voulait à tout prix savoir, mais nos camarades restèrent fermes et courageux. Le dossier fut envoyé à Berlin et le verdict fut impitoyable : la pendaison publique dans le camp fut décidée. Aussi le 27 décembre, en rentrant au camp, nous avons pu constater qu'un portique était dressé en vue de la sentence finale. L'exécution n'eut pas lieu ce jour-là. (...) Le 30 décembre, l'exécution eut lieu devant les prisonniers, sur la place d'appel, face aux cuisines. (...). Ils furent alignés devant leurs cordes respectives, puis écoutèrent stoïquement l'acte d'accusation qui avait pour motif : "tentative d'évasion et organisation d'un complot dirigé contre la sécurité du camp d'Auschwitz..."[3] J'étais aux premiers rangs des détenus, - témoigne André Montagne - car le commandant du camp avait ordonné que les Reichsdeutsch fussent placés devant les potences. Ce fut un des moments les plus douloureux de ma déportation. Je connaissais personnellement certains de ces condamnés. Il suffisait de voir le visage franc et ouvert d'Ernst Burger pour voir qu'il était quelqu'un de bien. Ils firent preuve d'un courage impressionnant. Les Autrichiens crièrent des mots d'ordre où ils affirmaient, une dernière fois, leur hostilité au nazisme, leur confiance dans l'armée Rouge et leur foi dans la liberté. Les Polonais reprirent une phrase de l'hymne national polonais.[4]Le soir de l'exécution tous les camarades rentrèrent dans leurs blocks respectifs, dans un silence impressionnant. Jamais les allées du camp ne furent aussi désertes.[5] "

Ainsi décapitée - écrit Hermann Langbein - la Résistance ne put jouer de rôle décisif dans la phase finale de l'histoire d’Auschwitz.[6]

Notes
  • Photo de la potence, Musée d'Auschwitz Dr.
  • [1] Lire le récit de cette évasion par Hermann Langbein, Hommes et femmes d'Auschwitz, Ed Fayard, p. 416-417.
  • [2] Czeslaw Duzel et Zbysczek Raynoch moururent des suites de leur empoisonnement
  • [3] Eugène Garnier, "Organisation de la Résistance, Août 44-27 janvier 45".
  • [4] Témoignage d'André Montagne, 1990.
  • [5] Eugène Garnier, p. 179.
  • [6] Hermann Langbein, Hommes et femmes d'Aushwitz, Ed Fayard p. 264-265.
Extraits du livre de Claudine Cardon-Hamet, "Triangles rouges à Auschwitz", contenant des témoignages d’André Montagne. Photo de Rudolf Friemel in site Internet Dasrotwien.at

Aucun commentaire: