L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


LELOGEAIS Polycarpe, Louis, Pierre, dit Pierre…


Matricule "45775" à Auschwitz

Rescapé

Pierre Lelogeais est né à Cabourg (Calvados) le 22 mai 1911. 

Il habite place des Dunettes à Cabourg au moment de son arrestation. 
Il est le fils d'Emilie, Victoria, Pierre 21 ans, modiste et de Pierre, Athanase, Marie Lelogeais, 26 ans, chaudronnier à usine d'électro-métallurgie, fonderie de cuivre de la société des métaux DEC. 
Il a 1 sœur et 4 frères (Julien, Victorien, Louis, Violette et Emile). Ses parents habitent Venelle Marion à Cabourg.
Il a épousé Catherine, Emilie Jenny. Le couple aura deux enfants (dont Léon).
Pierre Lelogeais exerce comme son père la profession de chaudronnier (il est vraisemblable qu'il travaille dans la même usine que son père à Cabourg).
Membre du Parti communiste, Pierre Lelogeais est arrêté une première fois le 28 octobre 1941 par la police allemande et libéré le 16 mars 1942.
Il est à nouveau arrêté, le 2 mai 1942. Cette deuxième arrestation a lieu en représailles au déraillement de deux trains de permissionnaires allemands à Moult-Argences (38 morts et 41 blessés parmi les permissionnaires de la Marine allemande à la suite des sabotages par la Résistance, les 16 et 30 avril 1942, de la voie ferrée Maastricht-Cherbourg où circulaient deux trains militaires allemands. Des dizaines d’arrestations sont effectuées à la demande des occupants. 
Lire dans ce blog : Le double déraillement de Moult-Argences et les otages du Calvados (avril-mai 1942).
Après une courte incarcération à Pont-L’évêque, il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne, le 4 mai, en vue de sa déportation comme otage. Pierre Lelogeais y reçoit le matricule "5238".
Liste d'otages du Calvados
Le 24 octobre 1941, la Feldkommandantur 723 de Caen inscrit le nom de Pierre Lelogeais sur une liste d’otages arrêtés dans le Calvados. 
Le 20 janvier 1942, la Feldkommandantur 723 demande des vérifications pour onze otages communistes du Calvados internés à Compiègne afin de procéder à leur exécution : (Peter) Pierre Lelogeais est le sixième.  Sur cette même liste figurent les noms des quatre autres internés de Compiègne, déportés avec lui à Auschwitz : Alexandre Beaudoin, Jean Bourget, Roger Goguet, Pierre Lelogeais, Charles Lemay. Les noms des autres internés ont été barrés par respect de confidentialité.
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. 
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog :Les wagons de la Déportation
Pierre Lelogeais est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.  
Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45775".
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a été pas retrouvée parmi les 522 photos que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.  
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
D'Auschwitz, il est dirigé le 29 août 1944 sur le camp de Sachsenhausen, puis à Oranienbourg fin 1944.
Au début de 1945, il est à nouveau transféré à Falkensee (un des camps annexe de Saxenhausen), d'où il est libéré le 25 avril 1945, par une unité de la 47ème Armée Soviétique.
Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué.

André Montagne, rescapé du convoi a retrouvé Pierre Lelogeais à Eguisheim (près de Colmar) en Alsace où il vivait, malade, et très fatigué.
Pierre Lelogeais est décédé le 15 février 1987 (André Montagne) ou le 27 février 1990 à Colmar (arbre généalogique familial).

Sources

  • Le 18 janvier 1943, sa femme écrit à la Croix-Rouge, qui s'adresse à son tour au RSHA, pour connaître son sort, sans résultat (formulaire réponse habituel).
  • Témoignage de Pierre Lelogeais sur la disparition de Lucien Lehman de Cabourg.
  • André Montagne, a retrouvé Pierre Lelogeais à Eguisheim en Alsace où il vivait, malade, très fatigué, il n'a pas pu remplir le questionnaire biographique.
  • ACVG (mai 1993),
  • Lettre de Marcel Loiseau, ancien déporté à Buchenwald, secrétaire de la section FNDIRP de Dives, à Claudine Cardon-Hamet (8 septembre 1989).
  • Fichier national de la division des archives des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen.
  • Liste d’otages. CDJC XL III - 79.
Biographie rédigée en janvier 2001 par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par des enseignants et élèves du collège Paul Verlaine d’Evrecy, le lycée Malherbe de Caen et l’association Mémoire Vive. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com  * Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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