L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


LECHEVALIER Maurice



Matricule "45748" à Auschwitz

Maurice Lechevalier est né le 26 octobre 1902 à Cherbourg (Manche). Il habite au 74 Boulevard Richard Wallace à Puteaux (ancien département de la Seine) au moment de son arrestation. 

Il a le matricule "481" lors du conseil de révision à Cherbourg. Conscrit de la classe 1922, il a dû effectuer son service militaire à partir de mai 1922 et en être libéré fin novembre 1923 (application de la loi du premier avril 1923 portant le service de 3 ans à 18 mois).
Il s'est marié avec Marie Ernestine Farque. Il est métallurgiste.
Militant communiste actif et syndicaliste, il s'est engagé dans l'action clandestine dès le début de l'Occupation.

Maurice Lechevalier est arrêté le 31 août 1940 par des policiers français, à Puteaux, pour distribution de tracts.
Fiche du camp d'Aincourt avec le motif d'internement
Il est écroué au dépôt de la Santé puis il est transféré comme interné administratif le 9 novembre 1940 au camp de «séjour surveillé» d’Aincourt, dans le département de la Seine-et-Oise (aujourd’hui dans le Val D'Oise), près de Mantes, camp ouvert spécialement, en octobre 1940, pour y enfermer les communistes arrêtés dans la région parisienne par le gouvernement de Vichy. Le motif indiqué par les renseignements généraux pour son internement : "a été arrêté pour distribution de tracts. Continue son activité".
Le 5 mai 1942 il est transféré au camp de Voves (Eure et Loir) avec  148 autres  internés d’Aincourt, dont 12 futurs 45000.

Le 10 mai 1942 Maurice Lechevalier est remis aux autorités allemandes à leur demande. Il est transféré en vue de sa déportation comme otage. avec 80 autres internés de Voves au camp allemand (Frontstallag 122) de Royallieu à Compiègne à la demande du MBF  (Militärbefehlshaber in Frankreich), commandement militaire en France jusqu’en juin 1942 - installé à Paris (hôtel Majestic). Cinquante-six d’entre eux seront déportés à Auschwitz
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportatio
Il est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45748".
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a été pas retrouvée parmi les 522 photos que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Dessin de Franz Reisz, 1946
Maurice Lechevalier meurt à Auschwitz le 2 novembre 1942 selon les registres du camp (une lettre d'Arolsen à la mairie d'Aincourt, indique la même date). L'état-civil de Puteaux porte la date du 15 septembre 1942 comme date de décès. Elle est fictive. En effet, pour établir les pensions aux familles et dans l'ignorance des dates précises, les services français d'Etat Civil ou les ACVG ont souvent fixé des dates fictives dans les années qui ont suivi la guerre (le jour du départ, le 1° du mois, le 15, le 30, le 31).
Son nom figure sur le monument aux Martyrs de la Résistance, érigé à Puteaux en mai 1970.


Sources

  • Plaquette mai 1981, "La Résistance à Puteaux, Juin 1940 à Août 1944". Témoignages vécus et recueillis par Jean Nennig,
  • M. Philippe Buyle, (février 1991) "Le P.C.F. à Puteaux à la Libération : des hommes pour un pouvoir", Maîtrise d'histoire, Université de Paris X Nanterre, 1984 (Dir. René Rémond), 189 p.
  • Mlle Chabot, archiviste (juin 88 et février 1991).
  • Témoignage de Mme Marie-Louise Pairiere, veuve de Lucien Pairiere, un des "45000" de Puteaux, juillet 72.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le 
  • immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, Caen.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • Biographie rédigée en novembre 2005 par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, 
  • décès des détenus auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) .
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