L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


LE CARPENTIER Gérald, Alfred, César


Gérald Le Carpentier © Catherine Godefroy
Gérald Le Carpentier est né le 13 juin 1895 à Ste-Honorine-des-Pertes (Calvados). Il est le fils de Marie Françoise Thomasset et de Gustave, Marie Le Carpentier, son époux (1). 
Dans plusieurs documents, dont le JO et la lettre du CL de Bayeux ci-après, leurd fils ont été inscrits sous le nom de « Lecarpentier ».
Gérald Le Carpentier habite au 20, rue Saint Patrice à Bayeux au moment de son arrestation.
Il est journalier, puis maçon. Marié et père de cinq enfants.
Chasseurs et sans doute un peu braconniers, Gérald Lecarpentier et son frère aîné Gaston ont maille à partir avec un garde chasse privé en 1913. Gérald a 18 ans, et son Gaston 20 ans. Le 6 décembre 1913, Gérald écope d'une amende de 30 F pour "chasse sans permis" et son frère de 15 jours de prison et 30 F d'amende pour "outrages et voies de fait sur un garde particulier" (in "L'indicateur de Bayeux du 12/12/1913".
Conscrit de la classe 1915, Gérald Le Carpentier est mobilisé par anticipation, comme tous les jeunes hommes de sa classe. Il arrive au 28ème Régiment d’infanterie le 19 décembre 1914. 
Il passera successivement aux 403ème RI (21 mars 1915), au 239ème RI (le 22 septembre 1916) et revient au 403ème le 9 juillet 1917.
Il est démobilisé le 14 octobre 1919, et se retire à Bayeux, au 5 rue Saint-Patrice.
Gérald Le Carpentier a eu plusieurs fois maille à partir avec les instances disciplinaires de l’armée. Il est plusieurs fois condamné par le Conseil de Guerre ("sommeil pendant la garde", "retour différé de permission" considéré comme des actes de désertion, mais amnistiés, car il s’est présenté volontairement au Régiment). Mais il a aussi été décoré de la Croix de Guerre avec étoile de bronze : « Soldat courageux et plein d’entrain, a participé volontairement à un coup de main qui a permis de ramener 21 prisonniers ».
En mai 1921 Gérald Le Carpentier déménage à Cottun, au hameau Croisette, à 6 km à l’ouest de Bayeux. En novembre de la même année, il habite chez M. Cassigneul à Sommervieu (à 5 km à l’est de Bayeux).
En mai 1922, il revient à Cottun. En janvier 1922 il déménage à Tour-en- Bessin. En novembre 1926, il habite à Vienne-en-Bessin. En octobre 1935 il a déménagé pour Vaucelle, qu’il a quitté en novembre 1938 pour revenir à Bayeux, rue Saint Patrice, mais au n° 20.
En mars 1938, il travaille aux Ateliers de fabrication d’armement de Caen (un complexe pyrotechnique dédié à la fabrication des munitions, ce qui vaut au site le nom de «Cartoucherie»).
«Rappelé à l’activité», il est mobilisable le 2 septembre 1939. Père de 5 enfants, il est classé « Affecté spécial » aux ateliers de fabrication de Caen, le 17 novembre 1939.
Comme quasiment tous les militants communistes connus, il est radié de son affectation spéciale le 27 décembre 1939. Mais il est laissé sans affectation militaire.
Militant communiste, il est arrêté le 2 mai 1942 par la police française. Son arrestation a lieu en représailles au déraillement de deux trains de permissionnaires allemands à Moult-Argences (38 morts et 41 blessés parmi les permissionnaires de la Marine allemande à la suite des sabotages par la Résistance, les 16 et 30 avril 1942, de la voie ferrée Maastricht-Cherbourg où circulaient deux trains militaires allemands. Des dizaines d’arrestations sont effectuées à la demande des occupants. Lire dans le blog : Le double déraillement de Moult-Argences et les otages du Calvados (avril-mai 1942). Il est transféré à la Gendarmerie de Bayeux, puis il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent le 4 mai 1942 au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) en vue de sa déportation comme otage. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Gérald Le Carpentier est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
L'entrée du camp d'Auschwitz
Son numéro d’immatriculation à Auschwitz n’est pas connu. Le numéro "45746 ?" figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) et signalé comme incertain correspond à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules, qui n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il est donc hasardeux de maintenir ce numéro en l’absence de nouvelles preuves.
Gérald Le Carpentier meurt à Auschwitz le 19 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz et destiné à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 158 où il est orthographié sous le nom Le Carpentier). Comme cent quarante huit «45000» ont été déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz les 18 et 19 septembre 1942 et qu’un nombre important d’autres détenus du camp ont été enregistrés à ces mêmes dates, il est vraisemblable qu’ils aient été tous morts gazés à la suite d’une vaste «sélection» interne des «inaptes au travail», opérée sans doute dans les blocks d’infirmerie.
Lettre du Comité de Libération 
de Bayeux à André Montagne 
Après la Libération, le Comité de libération de Bayeux s'adresse le 16 juillet 1945 à un rescapé, André Montagne afin de lui demander s'il peut donner des nouvelles de plusieurs déportés de cette ville, dont Le Carpentier.
Le titre de «Déporté politique» a été attribué à Gérald Le Carpentier. Selon son registre matricule militaire il a été homologué comme "Déporté Résistant" le 25 mars 1949.
Il a été déclaré "Mort pour la France".
  • Note 1 : Par la suite d'une erreur du secrétaire de mairie de Saint-Honorine des Pertes, son inscription sur le registre des naissances avait été omise en 1895. Elle figure par jugement du tribunal sur le registre de l'année 1900. Cette erreur explique sans doute qu'il n'y ait pas eu d'inscription de son mariage sur son acte de naissance. Y figure seulement sa date de décès à Auschwitz.
Sources
  • Registre matricule militaire, archives en ligne du Calvados.
  • Lettre de sa veuve à André Montagne (15 avril 1946).
  • Témoignage d'André Montagne et de Charles Lelandais.
  • Lettre du Comité de Libération de Bayeux (18 juillet 45).
  • Fiche FNDIRP (n° 21450).
  • Renseignements fournis par Jean Quellien, historien. (février 1992).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés) N°31792.
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen. 1993.
  • Photo envoyée par sa petite fille Mme Catherine Godefroy.
Biographie rédigée en janvier 2001 (complétée en 2015 et 2017) par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par des enseignants et élèves du collège Paul Verlaine d’Evrecy, le lycée Malherbe de Caen et l’association Mémoire Vive. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com / Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

Aucun commentaire: