L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


LACOUR Louis, François, Désiré


Matricule "45710" à Auschwitz

Louis Lacour est né le 20 septembre 1901 à Flers (Orne). Il habite 74 boulevard Rodin à Issy-les-Moulineaux (Seine / Hauts-de-Seine) au moment de son arrestation. 
Il est le fils de Victorine Langlois, 23 ans, dévideuse et de Louis Cyrille Lacour, menuisier, 24 ans, son époux. Ses parents habitent 4 cours Launay à Flers.
Son registre matricule militaire indique qu’il habite Flers au moment du conseil de révision et qu’il travaille comme débardeur de bateaux, puis ouvrier spécialisé machine, puis cimentier. Il mesure 1m 73, a les cheveux châtain et les yeux bleus, le front vertical, le nez rectiligne et le visage ovale. Il a un niveau d’instruction « n° 3 » pour l’armée (sait lire, écrire et compter, instruction primaire développée).
Conscrit de la classe 1921, Louis Lacour est appelé au service militaire le 1er avril 1921. Il est incorporé au 130ème régiment d’infanterie, où il arrive le 6 avril. Il passe au 21ème régiment de tirailleurs algériens le 29 décembre 1921. Il va faire la campagne du Levant en Syrie de cette date jusqu’au 9 janvier 1923.
Lors de la dissolution du 3ème bataillon du 21ème régiment de tirailleurs algériens, le 8 décembre1922, il passe au 17ème régiment de tirailleurs algériens.
Le 1er avril 1923, il passe « dans la disponibilité » et bénéficie d’une permission de rapatriement. N’étant pas revenu au corps le 13 avril, il est considéré comme déserteur. Il est rayé du contrôle de la désertion le 27 avril, ramené à la caserne par la gendarmerie. Il passe au 13ème régiment d’infanterie le 13 juin 1923. Il est renvoyé dans ses foyers le 26 juin 1923, « certificat de bonne conduite refusé ». Il se retire à Rouen au 8 et 10 rue du Plâtre.
En décembre 1927, il habite 19 rue du Maréchal Pétain à Coutances (Manche).
Louis Lacour épouse Renée, Marie, Eugénie Lenoël le 24 mars 1928, à la Lande Patry (Orne), commune à 3 km de Flers.
En août 1930, le couple habite au 14 rue nationale à Flers.
En mars 1933, ils ont déménagé au 4 rue Vieille à Pont-l’évêque (Calvados). La même année, fin septembre, ils viennent habiter en région parisienne, au 108 rue du point du jour à Billancourt (Seine / Hauts-de-Seine), près des (anciennes) usines Renault.
Il est mécanicien auto. 
En août 1934, Louis Lacour est domicilié à Boulogne (Seine / Hauts-de-Seine), 28 rue de Bellevue, un petit immeuble de deux étages.
(Seine / Hauts-de-Seine). En mars 1938, le couple est à nouveau domicilié à Billancourt, 233 rue Galliéni. Le novembre 1938, ils viennent habiter au 74 boulevard Rodin à Issy-les-Moulineaux, un logement où Louis Lacour sera arrêté.
Louis Lacour est « rappelé à l’activité » le 26 août 1939 et affecté au 41ème dépôt d’infanterie où il arrive le jour même (mise en vigueur du plan B, rappel des réservistes non-frontaliers affectés aux unités de forteresse avant le décret de mobilisation générale du 2 septembre 1939). Mais, père de famille de 3 enfants, il est reclassé « classe 1915 », le 2 décembre 1939.
Liste des RG, 24 juin 1941, montage avec l'en-tête de la liste
Louis Lacour est arrêté à Issy-les-Moulineaux après l'occupation allemande. Il est arrêté le 24 juin 1941 dans le cadre d’une grande rafle concernant les milieux syndicaux et communistes. En effet, le 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique, sous le nom «d’Aktion Theoderich», les Allemands arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française. D'abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy (ici l’Hôtel Matignon), ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht, en vue de leur déportation comme otages. La liste des Renseignements généraux répertoriant les communistes internés administrativement le 24 juin 1941, mentionne pour Louis Lacour : « militant notoire de l’ex Parti communiste. Meneur très actif ». 
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. 
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Louis Lacour est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45710", selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Dessin de Franz Reisz
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date.
Stèle à Issy : Camille Delbès, Paul Dumont,
Louis Lacour, Ernest Rossignol.
Quatre "45000" sont honorés
Il y manque Marcel Burel.
Louis Lacour meurt à Auschwitz le 31 août 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 684 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau). 
Son nom est inscrit sur le monument aux morts d'Issy-les-Moulineaux.

Sources
  • Etat civil des mairie d'Issy et de Flers, 1992.
  • Correspondance avec Maurice Hochet, ancien détenu à Compiègne (1992).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national de la Division des Archives des Conflits Contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen.
  • Registres matricules militaires de l'Orne.
Biographie rédigée en novembre 2005, complétée en mai 2016, par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par l’association « Mémoire vive » et la municipalité de Gennevilliers.  Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.comPensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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