L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


HARDY Paul, Jules, Pierre



Paul Hardy en 1935 à Vincelles
Paul Hardy est né le 26 mai 1907 au Havre (Seine Inférieure / Seine Maritime). 
Il est le fils de Pauline Armandine Retout née le 28 janvier 1870 à Fécamp et de Paul Marie Jules Hardy né le 08 mars 1854 à Canouville, son époux.
Il habite au 22 rue Danton à Courbevoie (Seine / Hauts-de-Seine) au moment de son arrestation. 
Paul Hardy se marie le 29 décembre 1928 au Havre avec Augustine, Victoire Forget (née le 13 juin 1909 au Havre). Le couple a une fille : Liliane, Paul, Alphonsine (née le 23 août 1934 à Courbevoie).
La photo ci-dessous a été prise à Vincelles par le beau-frère de Paul Hardy «… mon père avait l'habitude, quand on partait en vacances, d'embarquer tout le monde de la famille de sa femme et après nous avoir déposé dans ce village, repartait au travail ; il était chirurgien au Havre et on sait que les malades n'attendent pas ». Jean-Louis Pechin.

De gauche à droite : Paul Hardy et sa mère Pauline, 
un de ses neveux, sa nièce et Marthe (la sœur de Paul),
et entre elles deux son neveu Jean-Louis tout petit, 
Augustine l’épouse de Paul Hardy et Liliane leur fille 
Paul Hardy exerce le métier de mécanicien (régleur) aux établissements Cadum à Courbevoie (13 rue de la Sablière, les bureaux sont communs à ceux de Colgate, boulevard de la mission Marchand), où son épouse est également employée. 
Il est délégué du personnel chez Cadum, à partir de 1937. La police considère qu'il est un "propagandiste très actif", membre du Parti communiste, responsable de la cellule d'entreprise, même s'il le niera au cours des interrogatoires de police.
Paul Hardy est rappelé sous les drapeaux avant la déclaration de guerre et ne sera démobilisé qu'en septembre 1940.
Il est surveillé par le commissariat de Courbevoie, et son domicile est perquisitionné dès son retour.
Paul Hardy est arrêté le 9 décembre 1940 et interné administrativement le même jour au "Camp de séjour surveillé" d'Aincourt, dans le cadre des grandes rafles organisées, avec l’accord de l’occupant, par le gouvernement de Pétain à l’encontre des principaux responsables communistes et syndicalistes d’avant-guerre de la région parisienne : les militants parisiens sont regroupé au Stade Jean Bouin et sont emmenés par cars à Aincourt. Au total, plus de 300 militants communistes, syndicalistes ou d’organisations dites «d’avant-garde», sont envoyés à Aincourt à partir du 5 octobre 1940 jusqu’à la mi-décembre.
Lire dans le blog Le camp d’Aincourt . Trois autres militants de Courbevoie sont arrêtés avant lui, le 6 décembre (Gabriel Pépin, René Rivière et Michel Soret) 


Le 18 février 1942, son nom est cité dans un pli confidentiel (1) adressé à M. Caumont, préfet délégué (directeur du secrétaire général pour la police), le Préfet de police de Paris, Roger Langeron l’informe d’un projet révélé par ses services « en vue de mettre en application les directives données par les dirigeants communistes à l’évasion « même par la force » d’un certain nombre de militants actuellement internés dans les camps de concentration, les responsables chargés de ce travail procèdent actuellement à l’élaboration d’une liste sur laquelle figurent les internés considérés comme des militants particulièrement convaincus, susceptibles de jouer un rôle important dans l’éventualité d’un mouvement insurrectionnel et pour lesquels le Parti semble décidé à tout mettre en œuvre afin de faciliter leur évasion. Après une première sélection, les dirigeants communistes ont retenu les noms ci-après de plusieurs internés de la région parisienne et de la province, qui seraient actuellement détenus pour la plupart au camp de Gaillon dans l’Eure». Paul Hardy est le seul du camp d'Aincourt (1).


Le CSS d'Aincourt en 1939
Après avoir fait en vain des démarches pour obtenir un droit de visite pour sa femme, Paul Hardy est transféré au camp de Voves le 5 mai 1942 (numéro de dossier d'internement 400.471) au sein d'un groupe de 149 internés.
Dans deux courriers en date des 6 et 9 mai 1942, le chef de la Verwaltungsgruppe de la Feldkommandantur d’Orléans envoie au Préfet de Chartres deux listes d’internés communistes du camp de Voves à transférer au camp d’internement de Compiègne, à la demande du Commandement militaire allemand en France. 
Paul Hardy figure sur la première liste. Il ne sera donc resté que 5 jours au camp de Voves. 
Sur les deux listes d’un total de 109 internés, 87 d’entre eux seront déportés à Auschwitz. Le directeur du camp a fait supprimer toutes les permissions de visite afin d’éviter que les familles assistent au prélèvement des 81 communistes pris en charge par l’armée d’occupation. La prise en charge par les gendarmes allemands s’est effectuée le 10 mai 1942 à 10 h 30 à la gare de Voves. Il poursuit Cette ponction a produit chez les internés présents un gros effet moral, ces derniers ne cachent pas que tôt ou tard ce sera leur tour. Toutefois il est à remarquer qu’ils conservent une énergie et une conviction extraordinaire en ce sens que demain la victoire sera pour eux. Il indique également ceux qui restèrent se mirent à chanter la «Marseillaise» et la reprirent à trois reprises., puis il est remis aux autorités allemandes à leur demande le 10 mai 1942. 
Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne avec 80 autres détenus, en vue de sa déportation comme otage. Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».

Paul Hardy est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.

On ignorait son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942. Le numéro «45654» inscrit dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro a pu être validé en août 2013 suite à un mail de son neveu, M. Jean-Louis Pechin, qui m’a transmis une photo de Paul Hardy en famille, à partir de laquelle on peut identifier le matricule et la photo de Paul Hardy à Auschwitz, comme étant celle du déporté "45.654" photographié le 8 juillet 1942. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date


Paul Hardy meurt à Auschwitz le 2 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz et destiné à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 427). 
La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès paru au Journal Officiel du 18 février 1994.
Son nom figure sur la plaque commémorative en Mairie de Courbevoie.


Note 1 : Cette curieuse note semble fort peu vraisemblable. Car si les RG ont incontestablement eu dans cette période des informations au niveau de la direction communiste, il s’agit plus vraisemblablement d’un « coup » monté par le préfet Langeron, qui est alors en disgrâce (il sera destitué par Vichy le 26 février 1941) afin de redorer son blason. En effet la plupart des militants de cette fameuse liste ne sont pas de tout premiers responsables de l’appareil clandestin du Pc, ni des membres connus des anciens services d’ordre du Parti, ce qui semblerait pourtant logique dans le cadre d’une évasion collective destinée à un mouvement insurrectionnel

Sources
  • Courriel avec photo de famille de Paul Hardy à Vincelles en 1935. Envoi de son neveu, Jean-Louis Pechin (août 2013). Grâce à cette photo, on peut identifier le matricule et la photo de Paul Hardy à Auschwitz, comme étant celle du déporté "45.654" photographié le 8 juillet 1942. 
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen.
  • Archives municipales de Courbevoie.
  • Archives de la Préfecture de police de Paris.
  • Stéphane Fourmas, Le centre de séjour surveillé de Voves (Eure-et-Loir) janvier 1942 - mai 1944, mémoire de maîtrise, Paris-I (Panthéon-Sorbonne), 1998-1999.
  • Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
Biographie rédigée en novembre 2005 (complétée en août 2013) par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par l’association « Mémoire vive » et la municipalité de Gennevilliers.
Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. * Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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