L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


GINOLLIN FREDERIC, JEAN, MARIE


Frédéric Ginollin à son arrivée à Auschwitz

Matricule "45602" à Auschwitz

Rescapé


Frédéric Ginollin est né le 10 mai 1912 à Suresnes (Seine / Hauts-de-Seine). Il est le fils d’Eva Brun, sans profession, et de Frédéric Ginolin, livreur (mutilé de guerre, il eut un emploi réservé de facteur). 
Ses parents sont favorables au Front populaire.
Il habite 87 rue des Orteaux à Paris (20ème), domicile qu'il quitte quinze jours avant son arrestation (il, refusera de communiquer aux RG sa nouvelle adresse). Il est ajusteur en aviation.
Frédéric Ginollin fréquente les éclaireur unionistes. Il adhère au Parti communiste en avril 1932.  Il effectue son service militaire (classe 32, centre de recrutement de Valence, matricule 309).
Il est membre de la commission exécutive du Secours Rouge en 1932-1933. Il est secrétaire du comité local des CDH (Comité de défense de l’Humanité) en 1935-1936.

Denise Ginollin
Il épouse Eglantine (Denise) Reydet le 3 septembre 1939 à Paris (XIème). Elle est dactylo, responsable au siège des Jeunesses communistes (en 1936, elle est une des secrétaires de la section communiste du XIème. Elle a également des responsabilités régionales au secteur femmes). 
Pendant l’Occupation, secrétaire de Maurice Tréand, elle est arrêtée en même temps que lui par la police de Vichy le 20 juin 1940 au lendemain des démarches engagées par Tréand pour la reparution de l’ Humanité. Ecrouée à la petite Roquette, elle est libérée cinq jours plus tard. La direction du Parti clandestin la chargea alors de la réorganisation du PC à Paris. Elle participa par la suite à la Résistance communiste. Arrêtée le 23 janvier 1943. Un tribunal militaire allemand de Nantes la condamna à la peine de mort. Elle connut la déportation à Ravensbruck et à Mathausen (Le Maîtron). 
Rappelé au moment de la déclaration de guerre, Frédéric Ginollin est démobilisé en juillet 1940. A cette date il est chômeur. Dans Paris occupé, il milite activement en direction des chômeurs. 
En février 1941, la Brigade spéciale des Renseignements généraux (Lire dans le blog La Brigade Spéciale des Renseignements généraux)  opère des perquisitions et des filatures dans les arrondissements de l’est parisien devant la recrudescence de tracts des Comités Populaires en faveur des chômeurs. La BS, après l’arrestation le 5 février d’un militant « A… », trouve sur lui un papier intitulé « chômeurs du 19ème,  lundi 10 février 19 h, Riquet. Lire Tout et Tout ».
Registre de la Brigade spéciale des RG, 11 février 1941
La BS organise une souricière au Métro Riquet. Et Frédéric Ginollin est arrêté par la BS, le 10 février 1941, à 19 h 10 devant le 78 rue de Flandres. Il oppose une vive résistance et se défend « à coups de poings et de tête » et les inspecteurs des RG écrivent « par suite de la résistance qu’il nous a offert, Ginollin au moment de sa chute, a heurté de la tête la bordure du trottoir ». Dans ce quartier populaire, il essaie d’ameuter la foule en criant « On arrête les communistes », « vous laissez arrêter les communistes ». Et ce n’est que grâce à la complaisance d’un automobiliste qu’ils réussissent à l’emmener. 
Frédéric Ginollin réussit néanmoins à avaler une petite feuille de papier avant qu’ils ne puissent l’en empêcher une petite feuille de papier. Fouillé au commissariat il est porteur : « d’un projet de tract manuscrit intitulé « Non pas de çà », d’un carnet dont la première page est arrachée, d’un autre carnet où sont notés des frais et où figurent les mots : frais de bistrot, rendez-vous tard, et repêchage ». 
Extraits du PV d'interrogatoire par la BS
Lors de son interrogatoire, il refuse de répondre à toutes les questions qui lui sont posées concernant ses activités, refusant de donner son adresse actuelle (cela fait quinze jours qu’il a quitté son logement de la rue des Orteaux), ni celle de sa femme ainsi que le lieu de travail de celle-ci, endossant uniquement la paternité du tract manuscrit trouvé sur lui, mais refusant d’indiquer quel usage il en serait fait. 
Le 11 février, Frédéric Ginollin est inculpé d’infraction aux articles I et III du décret du 26 septembre 1939, ainsi que de rébellion, délit puni par les articles 209, 212, 218 et 220 du Code pénal. Il est envoyé au Dépôt à disposition du procureur.
Le 11 février 1941, Frédéric Ginollin est inculpé d’infraction aux articles I et III du décret du 26 septembre 1939, ainsi que de rébellion, délit puni par les articles 209, 212, 218 et 220 du Code pénal. Il est envoyé au Dépôt à disposition du procureur. Ecroué à la Santé, il est condamné par la 12ème chambre correctionnelle de la Seine le 17 février 1941 à 10 mois de prison qu’il va purger à Fresnes.  En décembre 1941, à la date d'expiration normale de sa peine d'emprisonnement, le préfet de police de Paris, François Bard, le fait interner à la La Maison centrale de Clairvaux en application du décret du 18 novembre 1939 (1).  
Sur ordre des autorités d’Occupation (13 février 1942), le Préfet de l’Aube le fait transférer avec d’autres détenus de Clairvaux - dont Roger Le Bras, René Paillole, Charles Véron - au camp allemand de Royallieu à Compiègne, le Frontstalag 122. Il est transféré avec ses camarades à Compiègne le 23 février 1942.  
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Frédéric Ginollin est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Frédéric Ginollin est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro matricule "45602". 
Le 8 juillet 1942
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz (1) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.  Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
L'entrée du camp d'Auschwitz I
Frédéric Ginollin, est de ceux qui reviennent à Auschwitz I. Il est notamment affecté au kommando « Jardins », et il y reste jusqu'à son évacuation, le 18 janvier 1945 (il ne fait pas partie des « 45000 » placés en quarantaine au Block 11 entre le 14 août 1943 et le 12 décembre 1943).

Le 22 janvier 1945, il est transféré à Buchenwald avec Jean Guilbert. Il y reçoit le matricule (118 878). Ils sont tous deux transférés à Dachau en avril 1945, où ils sont libérés. Lire dans le blog, "les itinéraires suivis par les survivants".
Il est très affaibli et son état de santé nécessite une hospitalisation : il ne rentre en France que le 5 août 1945, via Strasbourg.

Il vit alors au 17 rue Daval dans le 11ème, puis rue Jean-Pierre Timbaud. 
Il souffre de tachycardie et de cachexie à la suite de sa déportation.
Il se sépare de fait de Denise en 1947, puis se retire à Valence (Drôme). 
Denise Ginollin «devenue Villod en troisième noces en 1956, siégea au Palais Bourbon comme député communiste du XIe arrondissement de 1945 à 1951» (Le Maitron).

Frédéric Ginollin est mort le 19 septembre 1951 à Toulon (Var).
Le titre de Déporté politique lui a été attribué le 16 janvier 1954.

Sources
  • Dossier "statut" des archives des ACVG.
  • Lettre de Simone Ginollin à la FNDIRP (16 juillet 1954).
  • Brigades Spéciales. Archives de la préfecture de police de Paris. 
  • Témoignages d’André Tollet (qui l’a connu à Compiègne) et de Roger Abada (déporté du convoi du 6 juillet 1942) recueillis par Roger Arnould (documentaliste à la FNDIRP).
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom. Biographie de Frédéric Ginollin, Photo et biographie de Denise Ginollin.
Biographie rédigée en 2007, modifiée en 2012 et 2017 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de "Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 »", éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com . Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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