L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


GIE (Gié) Gaston, Eugène, Louis






Matricule "45598" à Auschwitz

Gaston Gié est né le 7 mai 1888 à Fontainebleau (Seine et Marne). 
Il est le fils d'Antoinette Milbert, 19 ans, femme de chambre, et d'Eugène, Louis Gié, 23 ans, cocher. 
Gaston Gié habite au 35 rue Voltaire à La Garenne Colombes (Seine / Hauts-de-Seine) au moment de son arrestation. 
Ancien combattant de la Première guerre mondiale, il a été grièvement blessé à Novion-aux-Prés : Il en garde une "brèche complète de la région pariétale ». Il est décoré de la Médaille militaire le 28 août 1938 pour 10 années de service, 3 campagnes, blessure et citation à l’ordre de sa division.
Il s'est marié le 17 juin 1917 à Courbevoie avec Reine, Ernestine Deude. Il est père de 2 enfants. 
Il est sculpteur sur bois, puis pour cause de chômage, gardien à l'usine Hispano Suiza de Bois-Colombes. Il quitte ce poste à l'arrivée des troupes allemandes, refusant de collaborer.
Militant communiste, il est trésorier de l'ARAC de 1935 à 1938.
Durant l'Occupation, il s'engage dans le Front National, et sera homologué adjudant dans la RIF (29 décembre 1948). 

Après 2 perquisitions à son domicile, sans résultat, le commissaire de police de Courbevoie l'arrête chez lui le 20 janvier 1941 (afin d’assister aux funérailles de son père, il était rentré chez lui pour changer de vêtements). Il est emprisonné à la Santé, puis à Clairvaux le 21 janvier 1941. A Clairvaux sa fiche renseignée par les RG indique "militant notoire. Homme de confiance de l'ex-député Etienne Fajon. Meneur particulièrement actif".
Il est interné à Rouillé le 25 septembre 1941. Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne, le 22 mai 1942, en vue de sa déportation comme otage.
Lettre type du FT 122 adressée à son épouse
Il y est enregistré sous le matricule 5877. 
Ci-contre la lettre adressé à son épouse par l’administration du camp de Compiègne postée le 17 octobre 1942 : « Par décision de nos services, le détenu susnommé a été transféré dans un camp pour y travailler. Sa destination étant inconnue, il vous faudra attendre pour avoir de ses nouvelles ».

Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Gaston Gié est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Le 8 juillet 1942 à Auschwitz
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45598"
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz (2) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.  Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks..
Gaston Gié meurt à Auschwitz le 10 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 347). 
La mention Mort en déportation est apposée sur son acte de décès (arrêté du 2 juin 1993 paru au Journal Officiel du 17 juillet 1993). Cet arrêté porte néanmoins une mention erronée : décédé le 28 novembre 1942 à Auschwitz (Pologne). Il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte par un nouvel arrêté la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995 (Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau). Lire dans le blog l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans les «Death books» et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français) Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.
Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué (carte N° 1101 14340).

  • Note 1 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, alors vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés

Sources
  • Lettre et photo de son fils (mai 1972) et de sa veuve.
  • Documents : attestation médicale, circonstances des blessures, état de santé analysé par la Commission de Réforme (8 février 1935), homologation au Front National (29 décembre 1948). Carte de combattant.
  • Liste de détenus transférés du camp de Rouillé vers celui de Compiègne en mai 1942. Archives du Centre de documentation juive contemporaine : XLI-42).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, Caen.
  • Archives de la préfecture de police. Clairvaux, internés le 21 janvier 1941.
Biographie rédigée en novembre 2005 par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par l’association « Mémoire vive » et la municipalité de Gennevilliers. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com  Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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