L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


FOUBERT Maurice

A la pêche en 1941 à Bettancourt
Maurice Foubert

Matricule "45552" 
à Auschwitz

Maurice Foubert est né le 15 septembre 1904 à Gisors (Eure). Il habite au 17 avenue Augustine à La Garenne Colombes (ancien département de la Seine) au moment de son arrestation.
Il est veuf, remarié avec Marie-Louise ("Nanou"), mère d'un enfant, avec laquelle il aura deux enfants. 
Il travaille comme monteur en électricité-TSF à la Coopérative ouvrière de TSF à Paris, 192 rue Lafayette, de 1930 à 1939. Selon l'attestation de Marcel Lebas (1971) qui fut le président-directeur de cette coopérative avant sa spoliation par les allemands, Maurice Foubert a été vendeur radio.
En tandem avec Marie-Louise
En 1936, il fait du tandem pendant ses loisirs avec son épouse Marie Louise et deux couples d'amis, dont Georges Suzanne. Il a parmi ses autres amis « le Grand Stef’, qui travaille avec lui à la coopérative ouvrière de TSF : il mesure au moins 1,80 m et sa femme est dentiste au Vésinet » (Georges Suzanne).
Mobilisé en 1939, Maurice Foubert est rendu à la vie civile le 8 août 1940. Joueur de football passionné ("une passion au cœur, une maîtresse que tu aurais du mal à vaincre, je crois même que tu n'y es jamais arrivée..."), il est membre du Club Sportif du Travail des Cheminots de La Garenne, affilié à la FSGT.
Maurice Foubert en 1939 devant la Coop
Militant communiste, il sonorisait les fêtes du Parti communiste, en particulier la fête de l'Humanité à Garches.
Devant le 192 rue Lafayette
Dès sa démobilisation, il cache des armes. La poursuite de ses activités est découverte et entraîne 2 arrestations, qui ne sont pas suivies d'internements.
Mais, le 27 juin 1941, après perquisition à son domicile par le commissaire de police de Courbevoie, il est arrêté avec plusieurs cheminots de La Garenne, et Camille Renaudie, d'Asnières.
Selon son épouse, les policiers n'ont pas trouvé ce jour là "le matériel de propagande et les armes cachées dans la salamandre et le buffet".
Extrait de la liste des RG du 27 juin 1941, montage à partir du début de la liste
Cette arrestation a lieu dans le cadre de la grande rafle commencée le 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique. Sous le nom «d’Aktion Theoderich», les Allemands arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française.
La liste des Renseignements généraux répertoriant les communistes internés administrativement le 27 juin 1941, mentionne pour Maurice Foubert  : « Meneur particulièrement actif ». 
D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy, ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui ce jour là devient un camp de détention des “ennemis actifs du Reich”.
Il est remis le jour même aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne, 27 juin 1941. Sa femme a pu le voir à Compiègne.
Cahier de Maurice Foubert
Maurice Foubert y tient un cahier du 27 juin jusqu'à la veille de sa déportation. 97 pages où il raconte à sa femme les événements du camp.
La solidarité organisée par les communistes ne s'appliquait pas uniquement aux internés du "camp politique". Elle s'est aussi exercée envers les mille Juifs du camp C. La situation déplorable du camp juif inquiétait les communistes : L'état d'esprit n'y était pas bon ; un climat de peur et de désespoir tendait à y prévaloir (...). Nous fîmes passer quelques vivres, des encouragements, des informations, des témoignages de solidarité. (...) Quand vint le jour de Carnaval, nous organisâmes une grande mascarade mais, comme par hasard, nous nous arrangeâmes pour qu'elle se déroule au fond de la cour, sous les fenêtres du camp juif. Les détenus de ce camp, d'abord surpris, goûtèrent fort le divertissement ; ils se pressaient aux fenêtres et applaudissaient. Quant aux Allemands, ils mirent une heure avant de s'apercevoir que nous nous jouions d'eux et que nous tournions en dérision l'interdiction d'avoir des rapports avec les Juifs ; quand ils intervinrent pour nous disperser, la fête était finie
Ce défilé est décrit par Maurice Foubert à la date du dimanche 15 mars 1942. Douze jours plus tard, la quasi-totalité des internés Juifs était déportée à Auschwitz.
Le 22 juin 1942, il relate l'évasion de 19 responsables communistes, dont il croit qu'ils sont 18. "aujourd'hui il y a eu un grand branle-bas dans le camp. 18 se sont évadés. Ils avaient creusé un souterrain. Ils avaient dû lire "Monte Cristo". aussi nous sommes restés longtemps au soleil et j'étais mal fichu". Lire : 22 juin 1942 : évasion de 19 internés.
Le 24 juin il relate dans son cahier le bombardement du camp consécutif à l'évasion des 19. Il est le seul parmi les nombreux témoignages d'internés du camp à avoir pensé qu'il s'agissait d'un avion anglais. Lire dans le blog des extrais de son témoignage : Le bombardement du camp de Compiègne dans la nuit du 23 au 24 juin 1942.
Depuis le camp de Compiègne, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Maurice Foubert est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 45552.
Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.

Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a été pas retrouvée parmi les 522 photos que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.  
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Maurice Foubert meurt à Auschwitz le 18 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 300 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau).
Il est regrettable que l’arrêté ministériel du 7 avril 2009 portant apposition de la mention Mort en déportation sur les actes de décès de Maurice Foubert, paru au Journal Officiel du 24 juin 2009, porte la mention erronée « décédé le 12 août  1942 à Auschwitz (Pologne) ». Il faut que le ministère prenne désormais en compte les archives du camp d’Auschwitz emportées par les Soviétiques en 1945, et qui sont accessibles depuis 1995 (certificats de décès de l’état civil d’Auschwitz, documents officiels allemands, établis par les médecins du camp d'Auschwitz, à la mort d'un détenu) et les informations consultables sur le site internet du © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau.
Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué (n° 1175 15715) le 12 janvier 1963. Son nom est inscrit sur le monument aux morts de la commune.

Sources
  • Lettre de sa veuve, du 31 mai 1973. 
  • M. le Dr Catrin, Maire de la Garenne (13 juillet 1988).
  • Attestation de Marcel Lebas, président-directeur de la Coopérative de TSF, (ancien adjoint au maire de Clichy de 1944 à 1947) le 21 octobre 1971.
  • "Résistance communiste, 27 juillet 48".
  • Photocopies du Cahier tenu au camp de Compiègne (extraits dans "Mille Otages pour Auschwitz").
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC)
     Ministère de la Défense, Caen.
  • Archives de la Préfecture de police de Paris. Renseignements généraux, Liste des militants communistes internés le 26 juin 1941.
Biographie rédigée en novembre 2005, complétée en 2016 et 2017, par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par l’association «Mémoire vive» et la municipalité de Gennevilliers. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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