L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


DOUCET André



André Doucet est né le 10 mars 1903 à Hirson (Aisne). Il est le fils de Léa, Eugénie Lourmier, 20 ans, ménagère et de Raoul, Henri Doucet, 25 ans, polisseur d'étain, son époux. André Doucet habite au 67 rue Lannes à Nanterre (ancien département de la Seine) au moment de son arrestation. Il s’est marié le 31 janvier 1925 à Nanterre avec Yvonne,, Marie Manteau, native également d’Hirson. Ils ont un fils, Raoul, né en 1928 à Nanterre.
André Doucet est métallurgiste (mouleur).
Il est élu comme conseiller municipal communiste à Nanterre le 12 mai 1935 sur la liste emmenée par Raymond Barbet. Au conseil municipal, il s’intéresse à la jeunesse, en particulier aux œuvres des colonies de vacances de la ville.
Il est - comme les autres élus communistes - déchu de son mandat le 29 février 1940 pour appartenance au Parti communiste, interdit en septembre 1939.
André Doucet est arrêté à Nanterre le 14 septembre 1940 par la police française car il milite toujours au parti communiste clandestin. Il est incarcéré à la prison de la Santé, puis en octobre 1940, placé comme interné administratif (sans jugement) au camp de «séjour surveillé» d’Aincourt, près de Mantes dans le département de la Seine-et-Oise (aujourd’hui dans les Yvelines) ouvert spécialement, en octobre 1940, pour y enfermer les communistes arrêtés dans la région parisienne par le gouvernement de Vichy.
En janvier 1942, il est transféré au camp d’internement français de Rouillé, dans la Vienne. 

Il est choisi par l’administration militaire allemande comme otage en représailles des actions armées menées par des résistants communistes contre des officiers et des soldats de l’armée d’occupation. Il est remis avec cinquante autres de ses compagnons, aux autorités allemandes qui les conduisent dans le camp de détention (allemande) de Compiègne, le 11 février 1942.
On reconnaît sa signature sur un menu de repas solidaire, dit le "Menu de Gabriel Torralba" (1), une des initiatives du comité des loisirs du camp de Compiègne, couverture de l’organisation de résistance et de solidarité.

André Doucet est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu.
Le numéro "45480 ?" figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage «Triangles rouges à Auschwitz».
André Doucet meurt peu de temps après son arrivée, comme la plupart de ses camarades, le 30 août 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz et destiné à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 235).
Collège André Doucet
Le titre de «Déporté politique» lui a été attribué, il a été déclaré "Mort pour la France".
L’ancienne rue d'Argenteuil, à Nanterre, porte son nom depuis la décision du Conseil municipal datée 26 février 1948. 

Le collège, construit par la suite le long de cette voie, s’appelle également André Doucet. Triste ironie du sort, c'est dans ce collège qu'exerçait Christian Bouthier, conseiller municipal communiste, professeur d'histoire ami de mon mari, l'un des 8 conseillers municipaux assassinés par un forcené le 27 mars 2002 à Nanterre.
  • Note 1 : Le «menu» de Gabriel Torralba et les signatures de «45000» : André Doucet participe aux actions collectives organisées par la Résistance du camp pour maintenir le moral des internés et venir en aide aux plus démunis : en exemple, le menu d'un "repas fraternel" organisé le 5 mai 1942, et qui porte 34 signatures, parmi lesquelles on peut identifier celle de plusieurs "45000", Gabriel Torralba, Eugène Clément (45374, de Paris), Armand Nicolazzo (45924, d’Argenteuil), Louis Guidou (45637, d’Ivry), Félix Néel (46252, de Romainville), André Doucet (45480, de Nanterre), Auguste Monjauvis (45887, de Paris), Jean Berthoud (45230 de Paris XXème), Louis Gouffé (45620 de Romainville), René Beaulieu (45213, de Rosny), et celles de ses camarades bordelais, Eustache (45522 de Pessac) et Beudou (45243 de Talence), et d’André Tollet qui s’évadera par le tunnel, quelques jours après.
Sources
  • Témoignage d'Auguste Monjauvis, rescapé du convoi.
  • Notice biographique (M. Michel Briolais, archives de Nanterre) mai 1991.
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier dirigé par Jean Maitron, tome 25, page 292.
  • Avis de décès ACVG (avril 1992).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, Caen.
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom.
Biographie rédigée en novembre 2007 par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005.
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