L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


DESCHAMPS Marcel, Lucien



Matricule 45461 à Auschwitz


Marcel Deschamps est né le 8 janvier 1890 à Esvres (Indre-et-Loire). Il habite au 84 rue Gide à Levallois Perret (ancien département de la Seine / Hauts-de-Seine).
Il est le fils de Marie, Louise Moreau, 27 ans et d’Octave, Marcelle (sic), 32 ans, mécanicien, son époux. Ses parents habitent Azay-le-Rideau.
Son registre matricule militaire indique qu’il mesure 1m 57, a les cheveux noirs, les yeux bleu foncé, le front et le nez moyens et le visage rond. Il a un niveau d’instruction « n°3 » pour l’armée (sait lire, écrire et compter, instruction primaire développée).
Conscrit de la classe 1910, Marcel Deschamps est incorporé le 10 octobre 1911 au 5ème régiment du Génie (221ème bataillon). Le 1er janvier 1913, il passe suite à réorganisation au 8ème régiment Génie. Le 8 novembre 1913, il est renvoyé dans ses foyers, « Certificat de bonne conduite accordé ».
Marcel Deschamps  qui a été embauché par la maison Chailly et Pottier, 119 rue de Montreuil à Paris 11ème,  épouse Marie, Claudine Monnet le 2 mai 1914 à la mairie de Paris 11ème. Le couple habite au 47 rue Alexandre Dumas à Paris 20ème.
Il est « rappelé à l’activité » par le décret de mobilisation générale du 2 août 1914. Dirigé sur le 8ème régiment Génie le 3 août, il est détaché à la maison Chailly et Pottier, 119 rue de Montreuil à Paris à compter du 30 juillet 1915. Il passe (pour l’administration militaire) au 4ème régiment de zouaves, le 1er juillet 1917. Il est « relevé d’usine » le 17 mai 1918 et repasse au 8ème régiment Génie le 28 mai 1918. Marcel Deschamps  est démobilisé le 8 août 1919.
En 1920 les Deschamps habitent au 104 rue de Montreuil, à Paris 11ème, à côté de l’entreprise de Marcel.
En 1924 le couple a déménagé au 84 rue Gide à Levallois Perret.
Marcel Deschamps, ouvrier mécanicien dans l’aéronautique a trouvé du travail en banlieue. Peut-être déjà à Colombes à la SECM.
Il est classé « affecté spécial » pour la réserve de l’armée en cas de mobilisation le 24 mars 1939, dans l’entreprise où il est alors employé : la société d’embouteillage et de constructions mécaniques, 151-173 boulevard du Havre à Colombes (la SECM). La SECM fabrique et répare des avions : Morane-Saulnier, Bréguet, Sopwith.

Marcel Deschamps est rayé de l’affectation spéciale par mesure disciplinaire (décision du général commandant la région militaire de Paris), comme la majorité des « affectés spéciaux » connus comme communistes ou syndicalistes. Il est réintégré « A.s. » le 1er mai 1940.
Militant communiste connu, il est arrêté le 22 mai 1940 par la police française. Il "recouvre la liberté" (soit au moment de "l'exode des prisons" (1), soit à l'occasion de l'entrée des Allemands à Paris).
Le 6 octobre 1940 il est arrêté à nouveau à Levallois-Perret, par la police française. Durant toute cette période la Préfecture de police effectue des démarches pour que les autorités allemandes ne contrecarrent pas la répression anticommuniste et demande aux commissariats de faire remonter toutes les affaires au cours desquelles les autorités allemandes ont fait libérer des communistes (2) et pour lesquelles le préfet Roger Langeron ordonnera leur internement administratif (document ci-dessous) au camp de «Séjour surveillé» d’Aincourt ouvert spécialement le 5 octobre 1940 pour y enfermer les communistes arrêtés (lire dans le blog : Le camp d’Aincourt).

Arrêté le 6 puis libéré, Marcel Deschamps est arrêté à nouveau le 10 octobre (Préfecture de police)
Marcel Deschamps est interné à la Maison centrale de Clairvaux. Il est transféré au Camp d'Internement administratif de Rouillé le 27 septembre 1941. 
Il y donne une nouvelle adresse : le 32 rue de Lagny à Paris 20ème, qui correspond vraisemblablement à l'adresse où son épouse s'est réfugiée depuis son arrestation.
Début mai 1942, les autorités allemandes adressent au commandant du camp de Rouillé une liste de 187 internés qui doivent être transférés au camp allemand de Compiègne (Frontstallag 122). Le nom de Marcel Deschamps (n° 66 de la liste) y figure. Le 22 mai 1942 c’est au sein d’un groupe de 168 internés qu’il est transféré au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) en vue de sa déportation comme otage. La plupart d’entre eux seront déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet. 
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation


Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages
Il est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45461". Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Il meurt à Auschwitz le 15 août 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 221).
Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué.
  • Note 1 : « Exode des prisons ». Les prisons parisiennes de la Santé et du Cherche-Midi sont évacuées manu militari à partir du lundi 10 juin 1940, sur ordre de Georges Mandel, ministre de l’Intérieur. Le repli concerne plus de deux mille détenus. Cette opération a pour but de transférer ces détenus de la « prison militaire de Paris » au Camp de Mauzac (Dordogne). Au bout de cinq jours (le samedi 15 juin 1940) au départ du camp de Cepoy (Loiret), près d’un millier de détenus ont réussi à s’échapper. 1 040 détenus de la prison militaire sont entraînés dans un exode qui va les conduire, à pied, jusqu’à Châtillon-sur-Loire. Cet épisode est connu sous le nom de « colonne de Cépoy ».
  • Note 2 : Fin juin 1940, période qui suit l’arrivée des Allemands à Paris, une partie de la direction communiste clandestine croit pouvoir obtenir de ceux-ci la reparution de L’Humanité et des démarches sont effectuées en ce sens. Parallèlement, elle suscite des manifestations en direction des villes administrées par des « délégations spéciales » depuis octobre 1939 sur les thèmes : « Pour la réintégration de nos élus propres et honnêtes » et « réintégrez les communistes ». 
Sources
  • Etat-civil de la mairie d'Esvres (28 juin 1990). Archives en ligne de la Vienne, registres matricules.
  • Liste de détenus transférés du camp de Rouillé vers celui de Compiègne en mai 1942. Archives du Centre de documentation juive contemporaine : XLI-42).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, Caen.
Biographie rédigée en 2007, complétée en décembre 2015, par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005).
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