L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


DESBIOT Emmanuel

Emmanuel Desbiot dans sa salle de classe
la veille de son arrestation




Emmanuel Desbiot est né au domicile de ses parents le 10 décembre 1890 au 64  faubourg de Nantes à Rennes (Ille-et-Vilaine). Il habite au 96 rue Bicoquet à Caen (Calvados) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Marie, Joséphine Villeneuve, 19 ans et d’Emmanuel, Célestin, Desbiot, 25 ans, serrurier, son époux.
Il est élève instituteur et obtient un sursis d’incorporation pour études en 1911, 1912 et 1913, ce que mentionne son registre matricule militaire. 
En août 1913, il habite Dinan-ouest. Son registre matricule militaire indique qu’il mesure 1m 57, a les cheveux châtain, les yeux jaunâtres, le front rond, le nez rectiligne et le visage ovale. Il porte une cicatrice au cou. Il a un niveau d’instruction « n°4 » pour l’armée (a obtenu le brevet de l’enseignement primaire).
En septembre 1913 il renonce à son sursis et est incorporé au 117ème régiment d’infanterie le 8 octobre 1913. Mobilisé, il part « aux armées » le 5 août 1914.
Nommé caporal dans les transmissions le 13 septembre de la même année, il restera dans le même régiment jusqu’à sa démobilisation, le 9 août 1919.
Au cours d’une permission à Dinan, le 6 août 1915, il épouse Louise, Émilie, Raphaël. Le couple aura deux enfants.
Croix de guerre
avec étoile de bronze
Emmanuel Desbiot  est cité à l’ordre du jour de la brigade (O.J. n° 39) le 16 novembre 1917 : « Très bon caporal téléphoniste. Le 6 novembre 1917, sa ligne étant coupée, est allé de sa propre initiative la réparer plusieurs fois sous un très violent tir d’artillerie, faisant son travail avec le plus grand calme » Il est proposé pour la Croix de guerre avec étoile de bronze. Il est nommé sergent téléphoniste le 27 juillet 1918 (O.J. du régiment n° 279). Emmanuel Desbiot est cité à l’ordre du régiment (O.J. n° 312) le 31 décembre 1918 : « Sergent téléphoniste ayant la plus haute conception du devoir, énergique, brave et dévoué, s’est particulièrement distingué au cours de l’avance par son initiative, installant souvent les liaisons dans des circonstances difficiles et périlleuses ». Le 10 août 1919, il est mis en congé illimité de démobilisation au dépôt du 47ème régiment d’infanterie et « se retire » à Saint-Servan (Ille et Vilaine), face aux remparts de Saint-Malo.
En mars 1920, le couple Desbiot habite au 23 rue de la Geôle, à Caen. 
Puis, en 1921, Emmanuel Desbiot  est nommé instituteur à Liffré (Ille-et-Vilaine). 
L'Ecole Primaire supérieure de Caen
En mai 1922, Emmanuel Desbiot - peut-être nommé à cette date à l'Ecole Primaire Supérieure de Caen,  où il sera professeur d'anglais - habite au 60 rue de Bayeux. Il aura parmi ses élèves le jeune André Montagne qui sera déporté avec lui à Auschwitz.
Emmanuel Desbiot est D.O.M. (Dégagé des Obligations Militaires) le 25 juin 1940, ce qui signifie peut-être qu’il a été mobilisé pendant la « drôle de guerre ». A l'Occupation, Emmanuel Desbiot appartient à un réseau de résistance (peut-être le réseau "Centurie", écrit son fils ; au «deuxième bureau» selon sa veuve).
Il est arrêté une première fois le 11 novembre 1941 par la police pour avoir déposé une gerbe au Monument aux Morts, avec les deux frères Colin. Jugé aussitôt par le Tribunal de simple police, il est relâché.
Il est arrêté à son domicile, le 7 mai 1942 par la police allemande. Il figure sur la liste de 120 otages «communistes et Juifs» établie par les autorités allemandes. 

Son arrestation a lieu en représailles au déraillement de deux trains de permissionnaires allemands à Moult-Argences (38 morts et 41 blessés parmi les permissionnaires de la Marine allemande à la suite des sabotages par la Résistance, les 16 et 30 avril 1942, de la voie ferrée Maastricht-Cherbourg où circulaient deux trains militaires allemands. Des dizaines d’arrestations sont effectuées à la demande des occupants. Lire dans le blog : Le double déraillement de Moult-Argences et les otages du Calvados (avril-mai 1942).
D’abord incarcérés à la Centrale de Baulieu, ils sont transférés comme Marcel Cimier en "Citroën Traction" au Palais de Justice de Caen où un commissaire de Police leur fait un chantage au peloton d'exécution.  
Puis ils sont emmenés au Lycée Malherbe, à nouveau interrogés. Il est gardé au lycée Malherbe de Caen pendant 48 heures. Emmanuel Desbiot est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne, le 9 mai, en vue de sa déportation comme otage. Dans le journal qu'il tient quotidiennement à Compiègne, du 9 mai au 4 juillet 1942, Lucien Colin parle de lui avec confiance et respect.
Il est dans la même chambrée que le Doyen Musset, Maurice Mondhard et les frères Colin de Caen (Lucien Colin et Marcel Colin). Gilbert Conrairie, un parisien ancien des Brigades internationales est responsable de la répartition de la nourriture. Le 4 juillet, Lucien colin dans la dernière page de son journal annonce leur départ pour une destination inconnue. « Confiance, courage, nous reviendrons, nous l'espérons.... 17 h : Nous sommes tous les 2 ensemble pour le départ. Nous sommes séparés de M. Desbiot »
Depuis ce camp, Emmanuel Desbiot va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Emmanuel Desbiot est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Son numéro d’immatriculation à Auschwitz n’est pas connu. Le numéro "45459 ?" figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) et signalé comme incertain, correspond à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules, qui n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il est donc hasardeux de maintenir ce numéro en l’absence de nouvelles preuves.
Dessin de Franz Reisz, 1946
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. 
Selon le témoignage de Marcel Cimier, il est de ceux des Caennais qui restent à Birkenau.
Emmanuel Desbiot meurt à Birkenau le 25 août 1942 d’après les registres du camp. Pour Marcel Cimier, il a été battu à mort par un Kapo polonais.
Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué (délivrée le 11 déc. 1952).
Son nom est inscrit sur une plaque commémorative dans la cour intérieure du Lycée Charles de Gaulle rue de Bayeux (ancienne Ecole Primaire Supérieure). Elle a ét inaugurée le 31 mai 1995 en présence du sénateur-Maire de Caen.
Une rue proche de la Faculté de Caen porte son nom.
André Montagne, un des 8 rescapés Caennais et calvadosiens du convoi du 6 juillet 1942 à destination d’Auschwitz a rédigé de nombreux témoignages concernant la mort de ses 72 camarades à l’intention de leurs familles. Il se souvenait de beaucoup d’entre eux. Voici ce qu’il écrit d’Emmanuel Desbiot : « mon professeur d'anglais à l'Ecole Primaire Supérieure de Caen de 1935 à 1939. De santé fragile, il a été emporté dès le 25 août 1942, âgé de 51 ans ». 

Sources

  • Renseignements fournis par son fils Jean-Paul (questionnaire du 10 octobre 1987)
  • Fiche FNDIRP établie par sa veuve (N°21345).
  • Journal de Lucien Colin in «Cahiers de mémoire : Déportés du Calvados », 1995. Ouvrage publié par le Conseil général du Calvados (direction des archives départementales).
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les certificats de décès établis au camp pour les registres - aujourd'hui incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, Caen.
  • Archives en ligne de Rennes et d'Ille et Vilaine (état civil et registre matricule militaire)
Biographie rédigée en janvier 2001 et complétée en 2015 et 2017, par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par des enseignants et élèves du collège Paul Verlaine d’Evrecy, le lycée Malherbe de Caen et l’association Mémoire Vive, Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
*Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com  Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

3 commentaires:

Anonyme a dit…

comment ne pas etre fière de son arrière grand pere !!!!
bravo et merci


un arrière petit fils

DESBIOT Ghislaine a dit…

Mon grand père a été très courageux et n'a pas eu la fin qu'il méritait. Je suis déçue de ne pas l'avoir connu. Malheureusement, le destin en a décidé autrement.

Il ne faut jamais revivre une telle horreur.

Manon Brière a dit…

J'aurais voulu connaitre mon arrière
arrière grand père.