Ce blog, hommage aux déportés du convoi du 6 juillet 1942, est à la croisée de l’Histoire et de la Mémoire. Il est basé sur des recherches universitaires prolongeant celles de Roger Arnould, ancien déporté et documentaliste de la FNDIRP.



DELBES Camille Paul


Camille Delbès est né le 4 mars 1892 à Aubin (Aveyron), fils d'un mineur. Il habite au 68 avenue de Verdun, à Issy-les-Moulineaux (ancien département de la Seine) au moment de son arrestation. Il est marié. Coiffeur, puis cantonnier.
Militant communiste, il est élu aux élections municipales du 12 mai 35 sur la liste antifasciste de Victor Cresson. Déchu de son mandat le 9 février 1940, il est arrêté le 26 octobre 1940, interné au camp de « séjour surveillé » d’Aincourt, près de Mantes dans le département de la Seine-et-Oise (aujourd’hui dans le Val d'oise) ouvert spécialement, en octobre 1940, pour y enfermer les communistes arrêtés dans la région parisienne par le gouvernement de Vichy. Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne, le 9 mai 1942, en vue de sa déportation comme otage.

Il est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.

On ignore son numéro d'immatriculation à Auschwitz.
Camille Delbès meurt à Auschwitz le 31 août 1942 d’après les registres du camp ("Death books"). Son état civil établi dans les années d'après guerre et un arrêté du 28 janvier 1988 publié au JO du 10 mars 1988 portant apposition de la mention "mort en déportation" portent néanmoins une autre date "mort à Auschwitz en 1942" (jugement déclaratif de décès). La raison en est simple : afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés, l’état civil français n’ayant pas eu accès dans les années d'après-guerre aux archives d’Auschwitz emportées par les armées soviétiques, a fixé celle-ci à une date fictive (le 1er, 15 ou 30 d'un mois estimé) sur la base du témoignage d'un de ses compagnons de déportation.

Il a été déclaré "Mort pour la France" en 1947.

Son épouse, Jeanne Delbès est arrêtée avant 1944 (elle assurait la liaison avec l'inter-région). Elle a été déclarée "Mort pour la France" avec le grade de sergent.


Sources
- Archives départementales de la Seine (DM3)
- Etat-civil mairie d'Aubin
- Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
- Fichier national du Bureau des archives des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, Caen. Dossier individuel consulté en juillet 1992
- Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom.

Biographie rédigée en novembre 2005 par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par l’association « Mémoire vive » et la municipalité de Gennevilliers.
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