L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


COLIN Lucien








45378


Lucien Collin est né le 1er juillet 1923 à Lamballe (Côtes du Nord-22). Il habite à Caen, (Calvados) au moment de son arrestation. Son père est le directeur de l'Ecole Primaire Supérieure Gambetta. Etudiant en sciences, il vient de passer son PCB (prépa’ médecine).
Il est arrêté une première fois le 11 novembre 1941, pour avoir fleuri le Monument aux Morts de la ville, en compagnie de son frère et d’Emmanuel Desbiot, professeur d'anglais.
Il est conduit au Commissariat de Caen, jugé aussitôt par le Tribunal de simple police et relâché.
Mais il est arrêté de nouveau, le 7 mai 1942, par deux Feldgendarmes, Son arrestation a lieu en représailles au déraillement de deux trains de permissionnaires allemands à Moult-Argences (38 morts et 41 blessés parmi les permissionnaires de la Marine allemande à la suite des sabotages par la Résistance, les 16 et 30 avril 1942, de la voie ferrée Maastricht-Cherbourg où circulaient deux trains militaires allemands. Des dizaines d’arrestations sont effectuées à la demande des occupants. Pour lire « le double déraillement de Moult-Argences et les otages du Calvados », cliquer sur « Article » dans « Rubriques » du blog.
Lucien Collin est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne, le 9 mai, en vue de sa déportation comme otage.
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A Compiègne il tient un journal où il écrit que le convoi venu de Caen passe par la gare des Batignolles à Paris, et stationne "2 ou 3 heures" en gare de la Chapelle, parvenant à Compiègne à 19 heures. Durant la première nuit, les Caennais sont enfermés dans le camp de transit situé près "du camp juif." Le jeune homme note les moindres détails de sa vie, et confie ses pensées. Il prie avec ferveur, trouve quelque réconfort auprès de prêtres du "camp américain", parle avec tendresse de ses parents. Il cite le député Jean Robert Philippot, Lucien Siouville. Il ne quitte guère son frère, et ses amis proches : le professeur Desbiot, le doyen Musset, Maurice Mondhard. 
Il participe aux activités du camp, décrit le bombardement, et évoque "le tunnel" de l'évasion du 22 juin. Le 1er juillet, il note, avec tristesse : "J'ai 19 ans". Il a passé une visite médicale "succincte" et sait qu'il va quitter le camp. Son journal s'interrompt le samedi 4 juillet.
Lucien Colin est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 45378. Il soigne son frère au block 12 (infirmerie). Lucien Colin meurt à Birkenau, le 18 janvier 1943 d’après les registres du camp, après un séjour à l’infirmerie, où il est entré le 12 janvier 1943.
Une rue de Caen a été nommée « rue des frères Colin ».


Sources
  • Témoignage de leur père dans "Après Auschwitz" (juillet-août 1947).
  • Recherche et témoignage de David Badache.
  • Journal de Lucien Collin tenu à Compiègne.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, Caen.

Biographie rédigée en janvier 2001 par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par des enseignants et élèves du collège Paul Verlaine d’Evrecy, le lycée Malherbe de Caen et l’association Mémoire Vive,
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