L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


CHEVALLIER Raymond


Raymond Chevallier à Auschwitz
Matricule "45368" à Auschwitz


Raymond Chevallier est né le 18 août 1894 au Hameau de La Pérelle, au domicile de ses parents, à Hébécourt (Eure). Il habite 92 rue de Neuilly à Puteaux (ancien département de la Seine / Hauts-de-Seine) au moment de son arrestation. . Raymond Chevallier et son épouse sont restaurateurs à cette période.
Il est le fils de Marie-Claire Danger, sans profession et d’Auguste, Ernest, Chevallier, 40 ans, propriétaire, son époux.
Lors du conseil de révision, Raymond Chevallier habite à Saint-Denis-le-Ferment (canton de Gisors). Il y travaille comme meunier. Son registre matricule militaire indique qu’il mesure 1m 79, a les cheveux châtain, les yeux marrons, le front haut, le nez rectiligne et le visage long. Il a un niveau d’instruction « n°2 » pour l’armée (« sait lire et écrire »).
Conscrit de la classe 1914, à la déclaration de guerre, il est mobilisé le 1er septembre 1914 et incorporé au 11ème Régiment de cuirassiers où il arrive le 4. Le 8 octobre 1914 il passe au 74ème régiment d’infanterie. 
Le village de Souchez en 1915
Pendant l'offensive de l'Artois, il est blessé à l’omoplate droite par éclat d’obus au nord d’Arras le samedi 26 juin 1915 au village d’Aix-Noulette (près de Souchez, Pas-de-Calais). Il est cité à l’ordre du jour du régiment le 30 juillet 1915. Il sera après- guerre classé « service auxiliaire » pour la réserve de l’armée à la suite de cette blessure (en 1923, il en a des séquelles (pleurite traumatique de la base droite) et sera pensionné à 10%). Sorti de l’hôpital, il passe au 119ème régiment d’infanterie le 15 mars 1916. Il est évacué « des armées » (le front) pour maladie le 28 septembre 1916.
Le 6 octobre 1917 à Hébécourt Raymond Chevallier épouse Marguerite, Hyacinthe, Augustine Tournant. Il retourne au dépôt du 119ème régiment d’infanterie le 20 mars 1918. Il passe au 8 ème Régiment de cuirassiers le 15 avril 1918. Le 22 juin 1918, la commission de réforme de Tours le déclare « inapte à pied » mais « apte à cheval ».
Le 24 juillet il passe alors au 109ème Régiment d’artillerie lourde. Puis au 105ème RAL le 29 septembre 1918. Transféré ensuite au 113ème RAL le 8 octobre 1918. Il terminera enfin au 16ème régiment d’artillerie de campagne le 16 mai 1919.
Il est démobilisé le 4 septembre 1919, et « se retire » au rue de la Gabelle à Mantes.
Fin décembre 1921, ils ont déménagé au 45 rue Dunois à Paris 13ème.
En juillet 1922, ils sont revenus à Hébécourt.
Le couple Chevallier a un fils, René, qui nait en 1923.
Rue de Neuilly à Puteaux
En novembre 1927, ils habitent au 92 rue de Neuilly à Puteaux.
Il est sans affectation en mars 1939 pour la réserve de l’armée (blessure et passé dans la classe 1912 pour 1 enfant).
Membre du parti Communiste, il a aussi des responsabilités à la Confédération du petit commerce et de l'artisanat (CGT).
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Il est arrêté le 26 juin 1941 par la police française "sur dénonciation établie à la mairie de Puteaux, avec une trentaine de militants communistes et syndicalistes (…)" (article de 1958 du journal de la section communiste). En tout état de cause, qu'il s'agisse ou nom d'une dénonciation, Raymond Chevallier est connu des Renseignements généraux, et la liste des Renseignements généraux répertoriant les communistes internés administrativement le 26 juin 1941, mentionne pour Raymond Chevallier : « Meneur particulièrement actif ». 
Cette arrestation a lieu dans le cadre de la grande rafle commencée le 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique. Sous le nom « d’Aktion Theoderich», les Allemands arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy, ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui ce jour là devient un camp de détention des “ennemis actifs du Reich”. Il y est enregistré à son arrivée sous le numéro matricule "406".
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Il est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Immatriculation le 8 juillet 1942
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 45368.
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 

Raymond Chevallier meurt à Auschwitz le 21 août 1942 d’après les registres du camp. L'état-civil de Puteaux porte le 15 septembre 1942 comme date de décès. Cette date est fictive. En effet, pour établir les pensions aux familles, et dans l'ignorance des dates précises, les services français d'Etat Civil ou les ACVG, ont souvent fixé des dates fictives dans les années qui ont suivi la guerre (le jour du départ, le 1° du mois, le 15, le 30, le 31).
Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué. Son nom figure sur le monument aux Martyrs de la résistance (Puteaux, 1970). L'association Nationale des anciens FFI-FTP l'a proposé pour la médaille commémorative, remise le 14 juillet 1949. En mai 1970, son nom est gravé sur le monument à la mémoire des Martyrs de la Résistance (mai 1970).
Une cellule du PCF portait encore son nom dans les années 1970-1991.

Sources

  • Plaquette mai 1981, "La Résistance à Puteaux, Juin 1940 à Août 1944". Témoignages vécus et recueillis par Jean Nennig,
  • M. Philippe Buyle, historien (février 1991).
  • Mlle Chabot, archiviste (juin 88 et février 1991).
  • Témoignage de Mme Marie-Louise Pairiere, veuve de Lucien Pairiere, un des "45000" de Puteaux, juillet 72.
  • Témoignage d'Emile Bouchacourt, 45 000 rescapé.
  • Archives municipales de Puteaux (88, 91). Avis de décès avril 92.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, Caen. Juin 92.
  • ©  Carte postale 1915, mairie de Souchez.
  • Photo rue de Neuilly. @ ville de Puteaux.
  • © Etat civil et Registres matricules militaires de l’Eure et de Seine-Maritime.
Biographie rédigée en novembre 2007 et complétée en 2015 et 2016 par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com   Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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