L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


BOURNEIX Pierre Roger


Pierre Bourneix, le 8 juillet 1942 à Auschwitz

Matricule 45290 à Auschwitz


Pierre Bourneix est né le 16 juillet 1922 à Paris (VIII°), où son père Pierre Bourneix est chauffeur (1).  Il est le fils
Maria Guillemenot, mariée à Pierre Bourneix le 2 décembre 1921 à Paris. 
Il habite au 29 rue Cartault à Puteaux (ancien département de la Seine) au moment de son arrestation. Il est marié à Marie Bourneix, il est père d'un fils. 
Pierre Bourneix est ouvrier cordier.
Avec ses camarades René Maroteaux et Georges Capliez, il forme un groupe de jeunes communistes, actifs dès juin 1940 : tracts aux Halles de Paris après l'Appel du général de Gaulle, manifestations anti-allemandes à Rueil, à Nanterre, à la SNECMA, attaque d'un soldat allemand à Neuilly.

Arrêté le 7 septembre 1940, selon le lieutenant-colonel Scolari (alias Froger), par la police française, Pierre Bourneix est interné à la 3° division de la Santé, dirigée par un capitaine SS. En fait il est arrêté le 11 septembre 1940, avec Georges Capliez, René Maroteaux et trois autres jeunes militants de Suresnes et Puteaux par la police française et écroués à la Maison d’arrêt de la Santé pour « propagande communiste clandestine ». Ils sont libérés peu de temps après. Vraisemblablement filé il est arrêté à nouveau pour avoir continué ses activités.
Le 9 novembre, le Préfet de Paris ordonne l’internement administratif de 66 suspects d’activité communiste. 
Pierre Roger Bourneix fait partie de ces militants arrêtés par la Police française. Il est transféré au camp de « Séjour surveillé » d’Aincourt, ouvert le 5 octobre 1940 par le gouvernement de Vichy pour y enfermer les communistes du département de la Seine. Lire dans le blog Le camp d’Aincourt .


Sur la liste des militants communistes internés administrativement le 9 novembre 1940 reçue des Renseignement généraux par le directeur du camp, figurent des mentions caractérisant les motifs de leur internement (C 331/7). Pour Pierre Roger Bourneix on lit : «18 ans. A été arrêté pour apposition de papillons. Continue son activité ».
Puis il est interné aux camps de Gaillon et Voves. 
Le 21 avril 1942, son nom est inscrit par les services préfectoraux de la Seine sur une liste de trente otages « fusillables », en représailles du sabotage de deux trains militaires (dem SF-Zug 906 und dem Gegenzug SF 806) dans le Calvados (parmi ces noms eux on trouve ceux d’André Tollet, René Perrottet, Georges Guinchan, Jean Berthoud). Lire à ce sujet dans le blog Le double déraillement de Moult-Argences et les otages du Calvados (avril-mai 1942)Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne, en mai 1942 (il y reçoit le matricule "5360"), en vue de sa déportation comme otage.
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Pierre Bourneix est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Il est immatriculé le 8 juillet 1942
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45290".
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz (2) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.  Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Pierre Bourneix meurt le 19 septembre 1942, à la suite d’une «sélection» des «inaptes au travail» destinés à être éliminés dans les chambres à gaz de Birkenau.
Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué en 1954.
Une plaque commémorative, prévue rue Cartault, pour honorer la mémoire des 3 jeunes déportés qui y habitaient, n'a jamais été posée.

Leur nom figure sur le monument aux Martyrs de la Résistance, érigé en 1970 à Puteaux.
Internement en date du 26 juin 1941

  • Note 1 : dans les archives des Brigades spéciales, figure une note concernant l'internement de Pierre, Roger, Bourneix, né le 13 mars 1898 à Puteaux, domicilié au 29 rue Cartault. Militant communiste, il est interné le 26 juin 1941. Il s'agit très vraisemblablement du père de Pierre Bourneix. Il décède à Paris 10ème le 13 octobre 1955.
  • Note 2 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, alors vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 

Sources
  • Témoignages et attestations :
  • Attestation du Lt-colonel Scolari, Etat-Major FFI Ile de France.
  • Auguste Celerier, résistant et déporté.
  • Emile Bouchacourt, 45000 rescapé.
  • Plaquette mai 1981, "La Résistance à Puteaux, Juin 1940 à Août 1944". Témoignages vécus et recueillis par Jean Nennig,
  • M. Philippe Buyle, historien (février 1991).
  • Mlle Chabot, archiviste (juin 88 et février 1991).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen, octobre 1993.
Biographie rédigée en novembre 2005 par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par l’association « Mémoire vive » et la municipalité de Gennevilliers. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com  Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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