L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


BESNIER Joseph



Joseph Besnier le 8 juillet 1942
Matricule 45238 à Auschwitz


Joseph Besnier est né le 26 mai 1921 à Trun (Orne).
Joseph Besnier habite route de Rouen à Mondeville (Calvados) au moment de son arrestation. Il est célibataire.
Il travaille comme cordonnier.

Membre des Jeunesses communistes, il est actif dans la clandestinité.
Le 28 janvier 1941, il est arrêté à son domicile, par la police de Caen. 

Inculpé, avec sept de ses camarades dont et Raymond Guillard et André Montagne qui seront déportés à Auschwitz avec lui) pour «reconstitution de ligue dissoute, propagation des mots d’ordre de la IIIe Internationale, détention de tracts et collage de papillons», il est détenu à la prison de Caen en attente de leur procès qui a lieu le 14 mars : il est condamné à condamné à 4 mois de prison, qu’il effectue à Falaise (Calvados). 

Il est condamné à 4 mois de prison 
Il est libéré à l’expiration de sa peine. Mais il figure désormais dans les fichiers de la Préfecture, qui utilisera cette condamnation lorsque les autorités allemandes réclameront le nom de communistes actifs destinés à devenirs des otages.
Il est à nouveau arrêté par la police française, dans la nuit du 1er au 2 mai 1942 (1) 
Il figure en effet sur la liste de 120 otages «communistes et Juifs» établie par les autorités allemandes : leur arrestation a lieu en représailles au déraillement de deux trains de permissionnaires allemands à Moult-Argences (38 morts et 41 blessés parmi les permissionnaires de la Marine allemande à la suite des sabotages par la Résistance, les 16 et 30 avril 1942, de la voie ferrée Maastricht-Cherbourg où circulaient deux trains militaires allemands. Des dizaines d’arrestations sont effectuées à la demande des occupants. Lire dans le blog : Le double déraillement de Moult-Argences et les otages du Calvados (avril-mai 1942)
Il est emmené de nuit à la Maison centrale de la Maladrerie de Caen, entassé avec d’autres militants et son frère arrêtés le même soir, au sous-sol dans des cellules exiguës.  A la demande des autorités allemandes, Joseph Besnier et ses codétenus sont conduits en autocars le 3 mai au «Petit lycée» de Caen occupé par la police allemande, où sont regroupés les otages du Calvados. On leur annonce qu'ils seront fusillés. Par la suite, un sous-officier allemand apprend aux détenus qu’ils ne seront pas fusillés mais déportés.  Après interrogatoire, ils sont transportés le 4 mai 1942 en cars et camions à la gare de marchandises de Caen. Le train démarre vers 22 h 30 pour le camp allemand de Royallieu à Compiègne le Frontstalag 122 (témoignage André Montagne). Joseph Besnier et son frère y sont internés le lendemain soir en vue de leur  déportation comme otages.
Joseph Besnier est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp Allemand de Royallieu à Compiègne, le 4 mai, en vue de sa déportation comme otage. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Joseph Besnier est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Il est immatriculé le 8 juillet 1942
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45238". 
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz (2) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.  Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Dessin de Franz Reisz, 1946
Joseph Besnier meurt à Auschwitz le 19 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz et destiné à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 82). Comme cent quarante huit «45000» ont été déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz les 18 et 19 septembre 1942 et qu’un nombre important d’autres détenus du camp ont été enregistrés à ces mêmes dates, il est vraisemblable qu’ils aient été tous morts gazés à la suite d’une vaste «sélection» interne des «inaptes au travail», opérée sans doute dans les blocks d’infirmerie.
Le titre de «Déporté politique» lui a été attribué.
André Montagne, un des 8 rescapés caennais et calvadosiens du convoi du 6 juillet 1942 à destination d’Auschwitz a rédigé de nombreux témoignages concernant la mort de ses 72 camarades à l’intention de leurs familles. Il se souvenait de beaucoup d’entre eux. Voici ce qu’il écrit de Joseph Besnier (45238) et de Raymond Guillard (45641) : "mes deux camarades. impliqués comme moi en 1941 dans la même affaire des Jeunesses communistes clandestines et comme moi condamnés à de longs mois de prison. Joseph, le doux, le gentil cordonnier de Mondeville est décédé le 19 septembre 1942. Il n'avait que 21 ans. Raymond, Caennais, handicapé léger, ne pouvait survivre aux conditions de Birkenau où il est mort à une date imprécisée, sûrement courant octobre 1942. Il avait 25 ans". 
Arrestations de 3 militants nommés Besnier
  • Note 1 : Dans le livre "De Caen à Auschwitz", pour la notice biographique concernant Joseph Besnier il est fait mention de "deux frères Besnier" arrêtés en même temps. Trois Calvadosiens portant le nom de Besnier ont bien été arrêtés dans la nuit du premier au 2 mai 1942 et tous trois ont déportés. Deux le sont dans le convoi des "45.000", Joseph et BESNIER EUGENE. Le troisième, Gaston, né le 25 mars 1905 à Caen, ancien métallo, est déporté par le convoi du 24 janvier 1943. Il est décédé en janvier 1945 à Sachsenhausen. Il est bien le frère cadet d’Eugène Besnier.
    Pour ce qui concerne Joseph Besnier que 26 ans séparent d’Eugène Besnier et 16 ans de Gaston, les vérifications sont en cours avec la mairie de Trun (état civil non disponible sur internet) : s’ils étaient frères leur mère aurait eu 48 ans.

  • Note 2 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis par Kazimierz Smolen à André Montagne, alors vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 
Sources
  • Fiche FNDIRP établie au nom de sa grand'mère. N° 5488 / 8382.
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, déc.1992, Caen.
  • Articles d'Ouest Eclair in sgmcaen.free.fr/resistance/guillard-raymond.htm
Biographie rédigée en janvier 2001 (complétée en 2015 et 2017) par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par des enseignants et élèves du collège Paul Verlaine d’Evrecy, le lycée Malherbe de Caen et l’association Mémoire Vive. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com / 

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