L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


BESNIER Eugène, Léon, Charles



Matricule "45237" à Auschwitz

Eugène Besnier est né le 4 avril 1895 à Méry-Corbon (Calvados). 

Eugène Besnier habite au 20 rue Ernest Manchon (Route de Rouen) à Caen (Calvados) au moment de son arrestation.
Il est le fils d'Elisa Cingal, 22 ans, journalière et de Georges Besnier, 32 ans, journalier, son époux (le frère de Georges et la sœur d'Elisa ont épousé chacun le frère et la sœur de l'autre). Il a un frère Paul, né le 7 juin 1993 dans la même commune.
Eugène Besnier travaille comme ouvrier maçon.
En 1914, il habite au n° 7 place de l’ancienne Halle à Caen. Il est maçon, lorsque, conscrit de la classe 1915, il signe un engagement volontaire pour quatre ans le 9 septembre 1914 à la Mairie de Caen.
Il arrive au 6ème Régiment du Génie. Il passera successivement aux 2ème et 5ème Génie. Il est blessé au pied par éclat d’obus à Talune au cours de l’offensive de Champagne, le 25 septembre 1915. Il sort de l’hôpital le 11 janvier 1916 et retourne au Front. Devant Douaumont, il est blessé au mollet gauche par éclat d’obus le 10 avril 1916. Hospitalisé, il rejoint son régiment le 13 mai 1916.
Il est à nouveau blessé par éclat de bombe dans la région frontale le 16 avril 1917 devant Troyon (Aisne). Evacué, il rejoint son régiment le 20 mai 1917. 
Une nouvelle fois blessé le 20 mars 1918, il rejoint sa compagnie au bout d’une semaine, le 28 mars. Après l’Armistice, il est envoyé avec son régiment à Salonique (armée d’orient). Il en est rapatrié le 4 avril 1919. Après un court séjour à l’hôpital, il est libéré le 9 septembre 1918.
En février 1920 il habite à Barbery par Bretteville-sur-Laize.
Le 1er février 1920, à Caen, il épouse Maria, Louise Le Vannier, née Ferrières (Seine-Inférieure) le 9 octobre 1891. Le couple s’installe alors en août à Caen, au 136 route de Blainville. Le couple aura deux enfants.
Il déménagent à nouveau en novembre pour le 44 rue de Vaucelles à Caen.
En 1922, ils habitent dans la région de Laon, à Saint Aubin.
En juillet 1929, il est revenu à Caen et habite au 20 rue Ernest Manchon.
Eugène Besnier est « rappelé aux Armées » le 21 mars 1940 et mobilisé le même jour au dépôt d’artillerie 303 stationné à Vernon (Eure).
Après l'entrée des Allemands à Caen, il est arrêté une première fois à son domicile en mars 1942, iemprisonné à Caen et libéré 2 jours après.
Il est à nouveau arrêté (1), par la police française, dans la nuit du 1er au 2 mai 1942. 
Il figure en effet sur la liste de 120 otages «communistes et Juifs» établie par les autorités allemandes : leur arrestation a lieu en représailles au déraillement de deux trains de permissionnaires allemands à Moult-Argences (38 morts et 41 blessés parmi les permissionnaires de la Marine allemande à la suite des sabotages par la Résistance, les 16 et 30 avril 1942, de la voie ferrée Maastricht-Cherbourg où circulaient deux trains militaires allemands. Des dizaines d’arrestations sont effectuées à la demande des occupants. 
Lire dans le blog : Le double déraillement de Moult-Argences et les otages du Calvados (avril-mai 1942).
Il est emmené de nuit à la Maison centrale de la Maladrerie de Caen, entassé avec d’autres militants et son frère arrêtés le même soir, au sous-sol dans des cellules exiguës.  A la demande des autorités allemandes, Eugène Besnier et ses codétenus sont conduits en autocars le 3 mai au «Petit lycée» de Caen occupé par la police allemande, où sont regroupés les otages du Calvados. On leur annonce qu'ils seront fusillés. Par la suite, un sous-officier allemand apprend aux détenus qu’ils ne seront pas fusillés mais déportés.  Après interrogatoire, ils sont transportés le 4 mai 1942 en cars et camions à la gare de marchandises de Caen. Le train démarre vers 22 h 30 pour le camp allemand de Royallieu à Compiègne le Frontstalag 122 (témoignage André Montagne). Eugène Besnier et son frère y sont internés le lendemain soir en vue de leur  déportation comme otages.
Eugène Besnier est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp Allemand de Royallieu à Compiègne, le 4 mai, en vue de sa déportation comme otage. Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Eugène Besnier est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Dessin de Franz Reisz, 1946
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 45237. Il entre le 27 août 1942 à l'infirmerie d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit du premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale".
Eugène Besnier meurt à Auschwitz le 18 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz et destiné à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 82). Le titre de «Déporté politique» lui a été attribué.
Arrestation de 3 militants nommés Besnier.
Note 1 Dans le livre "De Caen à Auschwitz", la notice biographique concernant  Eugène Besnier il est fait mention de "deux frères Besnier dans le convoi du 6 juillet 1942" (page 127). Trois Calvadosiens portant le nom de Besnier ont bien été arrêtés dans la nuit du premier au 2 mai 1942 et tous trois ont déportés. Deux le sont bien dans le convoi des "45.000", Eugène et BESNIER JOSEPH . Mais Joseph Besnier n'est pas le frère d'Eugène. Par contre le troisième calvadosien, Gaston Besnier, né le 25 mars 1905 à Caen est le frère cadet d’Eugène Besnier. Ancien métallo, est déporté par le convoi du 24 janvier 1943. Il est décédé en janvier 1945 à Sachsenhausen.  

Sources
  • Archives en ligne du Calvados, registres matricules militaires.
  • Fiche FNDIRP remplie par sa veuve, Maria (N° 5473).
  • Fiche CAL (Jean Quellien) février 1992.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), ministère de la Défense, Caen, déc. 1992.
  • © Archives en ligne du Calvados, acte de naissance et registre matricule militaire.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • Marie de Trun (acte de naissance de Joseph Besnier), remerciements à Mme Aurélie Lobry.
Biographie rédigée en janvier 2001 (modifiée en 2015 et 2017) par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par des enseignants et élèves du collège Paul Verlaine d’Evrecy, le lycée Malherbe de Caen et l’association Mémoire Vive, Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com  

Aucun commentaire: