L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


BADACHE David

Matricule "46267" à Auschwitz

David Badache (1) est né à Vilno le 28 avril 1918, il quitte sa Lituanie natale à 17 ans pour fuir l'antisémitisme qui y sévit.

Ingénieur chimiste de formation, directeur d'une usine de produits chimiques à Venoix (quartier de Caen) en 1938 (il a 29 ans).
Il est marié, père de deux enfants (Véronique et Charles), et habite au 216 rue Caponière à Caen (Calvados) au moment de son arrestation. 

Engagé volontaire en 1939, il a regagné Caen après la défaite, bien décidé à poursuivre la lutte contre les nazis.
Il se fait engager comme ouvrier peintre sur l'aérodrome de Rocquancourt, près de Caen, occupé par la Luftwaffe.
Il y observe les mouvements et les emplacements des avions et des leurres pour la Résistance.
David Badache avait l'intention de rejoindre la Grande-Bretagne, via l'Afrique du Nord. Il devait profiter d'un séminaire religieux prévu le 10 mai 1942 pour quitter le pays. Mais, le 2 mai, il est arrêté à son domicile, par la police française.
En effet il figure sur la liste de 120 otages « communistes et Juifs » établie par les autorités allemandes. Son arrestation a lieu en représailles au déraillement de deux trains de permissionnaires allemands à Moult-Argences (38 morts et 41 blessés parmi les permissionnaires de la Marine allemande à la suite des sabotages par la Résistance, les 16 et 30 avril 1942, de la voie ferrée Maastricht-Cherbourg où circulaient deux trains militaires allemands. Des dizaines d’arrestations sont effectuées à la demande des occupants. Pour lire « le double déraillement de Moult-Argences et les otages du Calvados », cliquer sur « Article » dans « Rubriques » du blog. Retenu dans le sous-sol de la maison d'arrêt de Caen, David Badache est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne, le 4 mai, en vue de sa déportation comme otage. Il est interné dans le camp juif et porte l'étoile jaune. 

Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
David Badache est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "46267".
A Birkenau, il est affecté au Block 4 (magasin d'habillement) où sa connaissance de l'allemand et du polonais (il parle douze langues et dialectes) est utilisée.
Atteint de la malaria, puis du typhus, il est sauvé de la sélection par des détenus polonais. Grâce à l'intervention d'un camarade déporté autrichien, son statut de "Mischling" qui figure dans son dossier rempli à Caen, (père orthodoxe et mère juive), lui fait recevoir le triangle rouge des politiques.
David Badache est transféré à Auschwitz 1 vers la mi-mars 1943. Il pense avoir été le seul Juif interné, pendant la quarantaine, au Block 11.
Il est ensuite affecté au Block 12 TWL (Kommando de ravitaillement pour l'Armée) avec 7 autres français, dont Aimé Obœuf.
1992 à Auschwitz avec Marceau Lannoy
Ses connaissances professionnelles amènent les SS à transférer David Badache au camp de Plaszow, le 15 mai 1944. Il y est employé à des travaux de recherche en chimie alimentaire au Kommando de recherche en chimie de l'Ecole Supérieure des Mines, dépendant de l'Université de Cracovie.
Courant octobre 1944, il est transféré à Flossenburg, au Kommando des ingénieurs chimistes.
Il est ramené à Auschwitz le 16 janvier 1945. Le 17, c'est l'évacuation du camp, à pied, jusqu'à Gleiwitz, à l'est de Cracovie.
Devant l'avance de l'armée rouge, les SS qui les ont fait embarquer dans des wagons à charbon à destination de l'Allemagne, font descendre les déportés en lisière de forêt et fusillent la majeure partie de ses camarades. Il réussit à se cacher. Libéré le 23 janvier 1945 par les Soviétiques, il s'occupe du centre de regroupement des étrangers, jusqu'au 30 avril, date à laquelle il est rapatrié, depuis le port d'Odessa, par un bateau anglais.
Avec Jules Polosecki, ils sont les seuls rescapés de la "liste juive".
De retour en France, David Badache fonde sa propre entreprise de peinture, sur le boulevard Yves-Guillou, jusqu’à sa retraite.
Il est membre actif de la LICRA du Calvados
Le titre de « déporté politique » lui a été attribué. 

David Badache est titulaire de nombreuses décorations : Chevalier de la Légion d'Honneur, croix de Chevalier, puis d'Officier du Mérite Social, Dévouement et services rendus à l'Humanité, officier d'Académie de l'Education Nationale, inscription au Livre d'Or de la Médaille d'Europe, Croix d'honneur de la Société française d'Education Civique, croix de commandeur du PAHC.
Une place de Caen (quartier de la Folie) porte son nom.

David Badache est décédé le 3 octobre 1999 à l’âge de 87 ans. II a été inhumé à Kyriat-Shaud en Israël.

(1) Certaines pièces - dont les listes allemandes - le désignent comme Badasas Davydas. C’est une lithuanisation des noms, pratiquée en 1921 lors de la reconnaissance de l’État de Lithuanie.

Sources

  • Témoignages écrits, lettres et cassettes audio.
  • Rencontres à Caen.
  • Résistance et sabotages en Normandie (Jean Quellien pages 57 à 63).
  • Le Moniteur du Calvados. 30/06/1938
Biographie rédigée en janvier 2001 par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par des enseignants et élèves du collège Paul Verlaine d’Evrecy, le lycée Malherbe de Caen et l’association "Mémoire Vive".
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