L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


AUMONT Roger



Roger Aumont est né le 13 décembre 1903 à Saint-Sever-en-Calvados (14). Il habite route de Vire à Sourdeval-la-Barre (Manche) au moment de son arrestation. 
Il est le fils de Maria, Augustine, Desbouillans, 26 ans, « occupée au ménage » et de Paulo, Albert Aumont, 26 ans, coiffeur, son époux.
Le 25 novembre 1924, il épouse Irène, Marie, Jeanne Tréhoux, à Saint-Sever-en-Calvados. Le couple aura deux enfants.
Fromager, il effectue les livraisons auprès des épiciers détaillants, ce qui lui permettra de circuler dans le secteur pendant l’Occupation.
Il est adhérent du Parti communiste depuis 1930, secrétaire de la cellule communiste de Sourdeval.
En 1940, il aide André Defrance et la direction de son parti à reprendre des contacts dans la région.
Il prend liaison avec le groupe “Jean Fresnay” de Saint-Michel-de Montjoie (Manche). Sa mère, coiffeuse, est en caonatct avec un groupe dont faisait partie son garçon-coiffeur, André Blouet, 
Roger Colace, de Saint-Sever. 5ils seront en 1943, memebre du groupe Jean Turmeau). Ce groupe confectionne des tracts anti-allemands qu’il distribue ou adresse par voie postale. 
Roger Aumont crée plusieurs groupes d’action à Sourdeval, qui sans se rencontrer, agissent. "Le percepteur Marcel Gombert et son employé Petitpas, le transporteur Pierre Cheruau avec le bourrelier Eugène Fortin et le chauffeur Champagnac, l'ouvrier Jacques Bazin avec le boucher " Pierre " et l'hôtelier Jules Lansade fils" (Jean Quellien).
Pendant les vacances scolaires de 1941, ils sabotent la ligne aérienne comptant 24 fils, à usage exclusivement militaire allemand (elle est coupée entre Champ-du-Boult et Gathémo, route de Vire sur la commune de Gathémo). L'action est conduite par Henri Corbin.
« A Mortain, Roger Aumont, par ses relations personnelles, avait fait la connaissance de la famille Tyrel qui gérait une succursale de "la Ruche". Catholiques pratiquants, les Tyrel étaient aussi de fervents patriotes et ils avaient trouvé chez Roger Aumont un profond écho à ce qu'ils ressentaient eux-mêmes. Aussi, leur adhésion au Front National ne posa-t-elle aucun problème. Le magasin "la Ruche", lieu de rencontre par excellence, constitua, à partir de ce moment-là, un centre de propagande particulièrement efficace, Madame Tyrel n'hésitant pas à glisser les tracts du Front National au fond des paniers des ménagères, sous les denrées achetées » (Jean Quellien).
André Aumont prépare avec son groupe le sabotage d’un train de matériel mais la tentative échoue, "faute d'expérience sans doute".
Apprenant avec indignation l'exécution, le 22 octobre 1941, des otages de Châteaubriant, Nantes et Bordeaux,
Roger Aumont organise avec l'hôtelier Jules Lanssade et l'ouvrier Jacques Bazin, et quelques autres, une collecte dont le produit est destiné à l'achat d'une gerbe portant sur le ruban : "Aux fusillés de Nantes et de Bordeaux".
Elle est déposée le  premier novembre 1941 au Monument aux Morts.

Fiche d'otage de Roger Aumont
Traduction de la fiche d'otage © montage Pierre Cardon
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Ce fait est mentionné sur sa fiche d’otage par les autorités allemandes (document ci-dessous).
Le Maire fait retirer le ruban, mais la population manifeste sa solidarité, si bien que Roger Aumont renouvelle son geste le 11 novembre.
C'est alors que le Maire informe les Renseignements généraux de Saint-Lô, qui dépêchent un inspecteur à Sourdeval et qui arrête Roger Aumont (le 12 ou le 14 novembre). Il est interné au camp français de Gaillon (Eure). 

"Sa femme, Irène, a continué la lutte après l’arrestation de son mari. Elle reçoit les responsables clandestins de passage, accueille des réunions clandestines et entretient un réseau d'information par voie postale et par des distributions personnelles auprès des personnes qu'elle connaissait bien" (André Debon et Louis Pinson).
Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne, le Frontstalag 122. Depuis le camp de Compiègne, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Roger Aumont est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Roger Aumont meurt à Auschwitz le 15 octobre 1942 d’après les registres du camp d’après les registres du camp (in Death Books from Auschwitz, Tome 1 page 36).
A Sourdeval
Il est homologué au titre de la Résistance intérieure française (RIF) comme appartenant à 
l’un des mouvements de Résistance dont les services justifient une pension militaire pour ses ayants droit.
Un lotissement neuf de Sourdeval honore son nom, sous le vocable "résidence Roger Aumont". Son nom est également gravé sur le monument aux morts de la commune, sur le monument commémoratif de Saint-Martin-Don et sur celui de Saint-Lô intitulé : «Aux Victimes de la répression nazie» (porte de l'ancienne prison détruite lors du bombardement du 6 juin 1944).

Sources
  •  Fiche d'otage (C-A, p. 22).
  • La Résistance du Bocage. André Debon et Louis Pinson, Alençon. 1988.
  • Jean Quellien, "André Defrance organise la Résistance".
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Bureau de la Division (ou Pôle) des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen (dossier individuel).
  • Archives en ligne du Calvados.
Biographie rédigée en avril 2001, complétée en 2018, par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Autrement, Paris 2005) pour le livre "De Caen à Auschwitz" (Collège Paul Verlaine d'Evrecy, Lycée Malherbe de Caen et Association Mémoire vive) juin 2001, Ed. Cahiers du temps. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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