L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


AUGUSTE Georges, Alphonse, Théophile

Document Allemand avec les noms de cheminots communistes

A Auschwitz le 8 juillet 1942
Matricule 45184 à Auschwitz


Georges Auguste est né le 9 août 1896 à Fontenay-le-Pesnel (Calvados). Il habite rue Beau Soleil à Caen (Calvados) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Marie-Désirée Marie, 40 ans "occupée à son ménage" et de Jean, Baptiste Auguste, 36 ans, journalier, son époux. 
Ses parents habitent Carpiquet (banlieue de Caen).
Après avoir été journalier, Georges Auguste est embauché aux Chemins de fer comme « chauffeur de route » (le chauffeur s'occupe de la « conduite du feu » et de la production de vapeur en fonction des besoins).
Conscrit de la classe 1916, il est mobilisé par anticipation comme tous les jeunes gens de sa classe. 
Il est incorporé au 119ème Régiment d’infanterie le 11 avril 1915. Le 18 novembre 1915, il passe au 1er Régiment de Zouaves, puis au 5ème Régiment de Tirailleurs le 18 juin 1916. Il est cité à deux reprises à l’ordre du régiment. Le 27 mars 1916 « Ayant perdu sa compagnie, il s’est joint au Bataillon d’Afrique, avec lequel il a chargé à la baïonnette avec un sang-froid remarquable ».En avril 1917 : « Excellent tirailleur : a fait l’admiration de ses camarades par un sang-froid remarquable et un absolu mépris du danger au cours des opérations des 17-18 et 19 avril 1917 (Verdun côte 304). Il est décoré de la Croix de Guerre.
Georges Auguste est démobilisé le 17 septembre 1919 et se retire à Caen au 27 rue de Vaucelles. 
En 1935 il habite rue Eustache Restout à Caen.
Il est placé dans la Réserve au titre d’Affecté spécial (comme brigadier-ouvrier à la 4ème section des chemins de fer de campagne).
Georges Auguste est marié, père de 4 enfants.
Il est cheminot, mécanicien à la SNCF, militant communiste connu des services de police (c.f. le document allemand reproduit plus haut, en date du 5 avril 1942, référencé en juin 1942 par la Place Bauveau).

Georges Auguste est arrêté sur le quai de la gare alors qu’il descendait de sa locomotive, le 2 mai 1942, par la police française.
Son arrestation a lieu en représailles au déraillement de deux trains de permissionnaires allemands à Moult-Argences (38 morts et 41 blessés parmi les permissionnaires de la Marine allemande à la suite des sabotages par la Résistance, les 16 et 30 avril 1942, de la voie ferrée Maastricht-Cherbourg où circulaient deux trains militaires allemands. Des dizaines d’arrestations sont effectuées à la demande des occupants. Lire l’article du Blog : " le double déraillement de Moult-Argences et les otages du Calvados".
Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne, le 4 mai, en vue de sa déportation comme otage.

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Il est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». 
Il est dans le même wagon que son camarade Marcel Cimier, auquel il raconte qu'il a conduit, comme mécanicien sur le réseau d'Etat, le train spécial d'Hermann Goehring. Il déduit rapidement que le train se dirige vers l'Allemagne.
Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Georges Auguste est le premier du wagon à descendre à Auschwitz. 

Comme il tarde à prendre la valise que lui tend  Marcel Cimier, il reçoit un formidable coup de cravache sur la tête "mais il ne tomba pas, car malgré sa petite corpulence, il était robuste". 
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45184".
Il fait partie des français qui restent à Birkenau le 13 juillet 1942. 
Validation au titre des FFC
Il meurt le 12 mars 1943 à Birkenau, d’après les registres du camp. Quelques jours à peine avant le transfert des derniers survivants français de Birkenau au camp principal.
Il a été déclaré Mort pour la France et semble avoir été homologué "Déporté Résistant" le 15 mai 1958.

Sources

  • Registre matricule militaire de Georges Auguste (archives du Calvados).
  • Lettres de sa veuve à André Montagne : nov-déc. 1945.
  • Témoignages de rescapés : Charles Lelandais de Caen (45774), Eugène Beaudouin de Mondeville (45207).
  • Plusieurs citations dans les 83 pages dactylographiées du carnet de René Cimier ("les incompris")
  • Lettres du service du Personnel SNCF à André Montagne : mars-avril 46.
  • Fiche CAL (remise par Jean Quellien en février 1992)
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P). Fiche N° 21351.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, Caen.
Biographie rédigée en janvier 2001 (modifiée en octobre 2015) par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par des enseignants et élèves du collège Paul Verlaine d’Evrecy, le lycée Malherbe de Caen et l’association Mémoire Vive,
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