L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


AUBERT Victor Gaston


Gaston Aubert au camp de Rouillé
Matricule 45181 à Auschwitz

Gaston Aubert est né le 11 juin 1897 à Montrouge (Seine / Hauts-de-Seine). Il est le fils de Maria Bouvet, laveuse et de Désiré Aubert son époux (1). 
Gaston Aubert est titulaire du certificat d’Etudes, il commence à travailler en août 1910 comme ébéniste. Il mesure 1 m 74. Il est mobilisé en 1914, puis réformé définitif. 
« En 1915-1916, croyant lutter contre la guerre, il refusa de travailler dans l’aviation et fut successivement manœuvre, staffeur, charbonnier... avant de redevenir ébéniste » (Le Maitron). Il est domicilié au 23 rue Sadi-Carnot à Montrouge dès 1924.
« Militant du syndicat unitaire du Bois, il adhéra au Parti communiste en 1925 (…). Ses qualités de propagandiste lui valurent d’être appelé, en avril 1930, au secrétariat du travail antimilitariste de la CGTU, fonctions qu’il quitta l’année suivante, en mai, pour diriger, comme permanent, l’association des Amis de l’Union soviétique. Après un certain succès à sa création (25 000 adhérents en 1928), cette organisation serait tombée à trois cents membres et Aubert fut l’artisan de son redressement. Le congrès national, réuni le 8 juin 1935 au Palais de la Mutualité (Paris), élut Fernand Grenier secrétaire national, Gaston Aubert secrétaire adjoint. Gaston Aubert était en outre secrétaire des Amis de l’Union soviétique de la région parisienne". "
Gaston Aubert a épousé Antoinette Richardeau, mais le couple est séparé de fait depuis août 1939, et il vit chez son amie Suzanne Baillès, elle-même séparée de Marcel Paul (3) au 22 rue Rambuteau à  Paris 4ème au moment de son arrestation. Il est alors ébéniste « au salaire horaire de 10 F 25 ». 
Au moment de la dissolution du Parti communiste, "Gaston Aubert approuva le Pacte germano-soviétique et l’expliqua dans une affiche qui lui valut une condamnation à treize mois de prison en septembre 1939"» pour infraction aux décrets concernant le contrôle de la presse (décrets des 24 et 27 août 1939. (Le Maitron). 
Il est arrêté, en effet, le 29 août 1939 et condamné le 5 septembre 1939 à 13 mois de prison. 
Registre BS1
Selon la notice biographique du Maitron, il se serait évadé pendant la débâcle. Mais il affirmera devant la Brigade Spéciale des Renseignements généraux (2) avoir été libéré le 2 juin 1940 (ce qui est confirmé par un document manuscrit des RG avec la date du 3 juin 1940). 
Il reprend alors la publication clandestine de la revue "Russie d'aujourd'hui".
Gaston Aubert est arrêté une seconde fois par la police française le 8 janvier 1941 par des inspecteurs de la Brigade Spéciale des Renseignements généraux en même temps que Suzanne Baillès-Paul, à la suite d’une perquisition effectuée par les RG au domicile de celle-ci. 
En effet la Brigade spéciale des RG traque Marcel Paul, ce qui est confirmé dans un des PV de la BS du 8 janvier 1941 : « Des informations ayant fait connaître que Paul a repris ses activités clandestines et se trouve chez son ex-femme 22 rue Rambuteau». Chez Suzanne Paul une centaine de tracts récemment ronéotés sont trouvés, ainsi que de la documentation "d'inspiration communiste" et la somme de 4000 F provenant des "Amis de l'URSS", ainsi que de nombreux timbres postes et des archives concernant le syndicat des Métaux. 
PV d'interrogatoire par la BS,  8 janvier 1941
Au cours de son interrogatoire, Gaston Aubert s’attache à disculper sa compagne de toute activité politique après la dissolution du Parti communiste. Elle-même refuse de divulguer la provenance des tracts et est inculpée d’infraction aux articles 1 et 3 du décret du 26 septembre 1939 (dissolution du Parti communiste), écrouée au Dépôt.
Gaston Aubert est lui aussi inculpé et écroué au Dépôt : « attendu que Aubert, ancien militant communiste important, vivait en concubinage avec la femme Paul depuis de plusieurs mois, et que dans ces conditions il lui était impossible d’ignorer l’activité politique de cette dernière et la présence à son domicile de matériel de propagande, de documentation et de fonds provenant d’associations dissoutes, l’inculpons de complicité par aide et assistance et le transférons au Dépôt ». 
A Rouillé
Le 10 mars 1941, Gaston Aubert est condamné à dix mois de prison par la 12ème chambre du Tribunal correctionnel de la Seine (il fait appel du jugement). Le 8 avril, il est transféré à la Maison d’arrêt de Fresnes. Le 26 mai, la Cour d’appel de Paris confirme le premier jugement. A la date d'expiration normale de sa peine d'emprisonnement, fin décembre 1941, il est envoyé au Dépôt de la Préfecture. En application du décret du 18 novembre 1939 (4), le préfet de police de Paris, François Bard, le fait interner au CIA de Rouillé (5) où il est transféré le 3 janvier 1942. 
Rouillé  © Fernand Grenier
Début mai 1942, les autorités allemandes adressent au directeur du camp de Rouillé une liste de 187 internés qui doivent être transférés au camp allemand de Compiègne (Frontstallag 122). 
A Rouillé (le sixième debout en partant de la gauche)
Le nom de Gaston Aubert (n°22 de la liste) y figure. C’est avec un groupe d’environ 160 internés qu’il arrive à Compiègne le 22 mai 1942. La plupart d’entre eux seront déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet.  Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Gaston Aubert est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Gaston Aubert est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45181» (fiche aux ACVG). Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. 
Photos superposées 45181 et 45172, 
qui est le matricule de Marcel Andréas, de Stains
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
A Auschwitz, il est affecté au Block 18 et au Kommando DAW avec Roger Collignon. Fernand Devaux se souvient avoir repris alors contact avec lui et René Lambolley. 


Carnet de Roger Abada
D’après le carnet de Roger Abada, il fait partie du petit groupe de survivants français qui organisent la solidarité. 

Lire dans le blog : Décembre 1942 : La Résistance à Auschwitz et la création du premier groupe français 
En application d’une directive de la Gestapo datée du 21 juin 1943 accordant aux détenus des KL en provenance d’Europe occidentale la possibilité de correspondre avec leur famille et de recevoir des colis renfermant des vivres, Gaston Aubert, comme les autres détenus politiques français d’Auschwitz, reçoit en juillet 1943 l’autorisation d’échanger des lettres avec sa famille - rédigées en allemand et soumises à la censure - et de recevoir des colis contenant des aliments. 

Ce droit leur est signifié le 4 juillet 1943. Entre le 14 août 1943 et le 12 décembre 1943, il est en quarantaine au Block 11 avec la quasi totalité des Français survivants. Lire l'article du blog "les 45000 au block 11.  Le 12 décembre, les Français quittent le Block 11 et retournent dans leurs anciens Kommandos.
Gaston Aubert est transféré au camp de Gross-Rosen le 7 septembre 1944, avec 29 autres « 45000 ». Il est enregistré sous le matricule « 40 968 ». 
Carnet de Johan Beckmann
Après une quarantaine, les "45 000" sont répartis dans divers kommandos dont une dizaine sont affectés aux usines Siemens. Gaston Aubert travaille au Kommando Siemens où il est gravement affaibli. Roger Abada, Fernand Devaux et Georges Dudal exercent la solidarité, mais ne parviennent pas à lui redonner force.
Le 9 février 1945, le camp de Gross-Rosen est évacué sur plusieurs camps. Gaston Aubert est transféré avec quatorze "45 000" à Dora-Mittelbau où ils sont enregistrés. Le camp de Dora est évacué le 11 avril 1945. Gaston Aubert, Raymond Boudou et Lucien Ducastel sont dirigés vers le camp de Ravensbrück.
Gaston Aubert y meurt le 15 avril 1945.
Il est homologué «Déporté politique». La mention Mort en déportation est apposée sur son acte de décès (arrêté du 15 novembre 2011 paru au Journal Officiel du 27 décembre 2011).
  • Note 1 : Alexandre Aubert, tonnelier, avait participé à la Commune de Paris. Proscrit, il vécut en Suisse jusqu’à l’amnistie.
  • Note 2 : La Brigade spéciale des Renseignements généraux remonte à la « Drôle de guerre », en mars 1940, quand la lutte anti-communiste était d’autant plus à l’ordre du jour que le PCF était interdit. La structure ne fut réactivée pleinement qu’à l’été 1941 pour répondre à l’engagement des communistes dans la lutte armée. En théorie elle était rattachée à la Première section des RG, en charge de la surveillance de l’extrême gauche. Dans les faits, elle était sur un pied d’égalité (…). Si toutes les forces de police furent mobilisées peu ou prou dans ce que (le directeur de la police municipale) Hennequin appela une « lutte à mort », c’est la Brigade spéciale des RG qui joua un rôle central (…). En janvier 1942, elle fut même dédoublée, la BS2 étant plus spécialement chargée de la « lutte anti-terroriste ». (Denis Peschanski, « La confrontation radicale. Résistants communistes parisiens vs Brigades spéciales »), oai:hal.archives-ouvertes.fr:hal-00363336).
  • Note 3 : Suzanne Baillès, employée de commerce, née en 1902 à Paris avait épousé Marcel Paul en 1923. Le couple s’était rapidement séparé, mais était resté en contact, notamment pendant l’Occupation. 
  • Note 4 : Classée «secret», la circulaire n°12 du 14 décembre 1939, signée Albert Sarraut, ministre de l’Intérieur, fixe les conditions d’application du décret du 18 novembre 1939 qui donne aux préfets le pouvoir de décider l’éloignement et, en cas de nécessité, l’assignation à résidence dans un centre de séjour surveillé, des «individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique». Lire l’article très documenté et illustré sur le blog de Jacky Tronel (Histoire pénitentiaire et justice militaire) : Circulaire d'application du décret-loi du 18 novembre 1939.
  • Note 5 : « Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «Centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles ». In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.
Sources
  • Témoignages de rescapés cités plus haut.
  • Cartons Brigades Spéciales des Renseignements généraux (BS1), archives de la Préfecture de police de Paris.
  • Liste de détenus transférés du camp de Rouillé vers celui de Compiègne en mai 1942. Archives du Centre de documentation juive contemporaine : XLI-42.
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen.
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, Tome 17, page 283, notice de Fernand Grenier et notice de Marcel Paul.
Biographie rédigée en novembre 2007, complétée en 2012 et 2017 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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