L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


TORTORA Joseph


Matricule "46151" à Auschwitz

Joseph Tortora est né le 20 mars 1896 à La Calle (Constantine, Algérie). 
Il habite au 27 Villa Emile à Clichy-la-Garenne (ancien département de la Seine) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Maria Farella, 27 ans, née à Resina (Italie) et de Luigi, Vincente Tortora, 33 ans, né à Gaeta (Italie), jardinier, son époux. 
Ouvrier du bâtiment, Joseph travaille ensuite chez Moreuil (chocolaterie), rue du Landy a Clichy comme charpentier-mécanicien.
Joseph Tortora qui est inscrit sur les listes électorales de Clichy, habite au 5 bis rue des Écoles en 1933. 
En 1934 et 1936 il habite au 20 rue Villeneuve. En 1939 il vient habiter au 27 villa Émile. Il vit maritalement avec Lucie.
Il est membre du Parti communiste, ainsi que son frère Raymond. 
Le 28 novembre 1940 à Clichy, Joseph Tortora est arrêté en flagrant délit par la police française au cours d'un affichage de papillons et distribution de tracts «à tendance communiste, en compagnie d’un autre individu qui n’a pu être retrouvé». Il s’agit d'Amand Danesse, militant communiste domicilié villa Emile. "On collait l'appel au peuple de France", témoignage oral recueilli auprès d'Amand Danesse par Pierre Cardon.
Joseph Tortora est inculpé d’infraction au décret du 26 septembre 1939 (dissolution du Parti communiste). Le 3 décembre 1940, il comparaît devant la 12ème chambre du Tribunal correctionnel de la Seine qui le condamne à six mois d’emprisonnement. Il est écroué à la Maison d’arrêt de Poissy.
Depuis le début mai 1941, le directeur de la Maison centrale de Poissy transmet au Préfet, « en exécution des notes préfectorales des 14 novembre 1940 et 18 février 1941 », les  dossiers des détenus communistes de la Seine devant être libérés à l’expiration de leur peine au cours des mois suivants. Le Préfet les transmet alors au secrétaire général de la Police à Paris. 
Le 23 mai 1941, jour prévu de sa libération à la fin de sa peine d'emprisonnement, le préfet de police de Paris, François Bard, ordonne son internement administratif, en application de la Loi du 3 septembre 1940 (1). Joseph Tortora est conduit le même jour au "centre de séjour surveillé » d’Aincourt ouvert spécialement, le 5 octobre 1940, par le gouvernement de Vichy pour y enfermer les communistes arrêtés. Lire dans le blog Le camp d’Aincourt.
Fiche d'internement de la préfecture de police
Du camp d'Aincourt, il aurait été  transféré au camp de Rouillé (fiche au DAVCC à Caen. Mais je n'ai pas trouvé trace pour l'instant de cet internement dans les archives de la Préfecture).
Il est transféré au camp de Voves, le 26 avril 1942.
Dans deux courriers en date des 6 et 9 mai 1942, le chef de la Verwaltungsgruppe de la Feldkommandantur d’Orléans envoie au Préfet de Chartres deux listes d’internés communistes du camp de Voves à transférer au camp d’internement de Compiègne à la demande du Militärbefehlshabers Frankreich, le MBF, commandement militaire en France.
Transfert le 10 mai 1942
Joseph Tortora figure sur la première liste de 81 noms qui vont être transférés le 10 mai 1942 à Compiègne.
Le directeur du camp a fait supprimer toutes les permissions de visite « afin d’éviter que les familles assistent au prélèvement des 81 communistes pris en charge par l’armée d’occupation ».  La prise en charge par les gendarmes allemands s’est effectuée le 10 mai 1942 à 10 h 30 à la gare de Voves. Il poursuit « Cette ponction a produit chez les internés présents un gros effet moral, ces derniers ne cachent pas que tôt ou tard ce sera leur tour. Toutefois il est à remarquer qu’ils conservent une énergie et une conviction extraordinaire en ce sens que demain la victoire sera pour eux ». Il indique également « ceux qui restèrent se mirent à chanter la «Marseillaise» et la reprirent à trois reprises ».
Sur les deux listes d’un total de cent neuf internés, arrivés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) les 10 et 22 juin 1942, 87 d’entre eux seront déportés à Auschwitz.
A Compiègne il y reçoit le matricule 5718.
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Joseph Tortora est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Joseph Tortora est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «46151» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942.
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n'a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Joseph Tortora meurt le 20 novembre 1942 selon la liste par dates de décès et matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz.
Il est déclaré "Mort pour la France" le 25 mai 1948, et homologué comme "Déporté politique" le 5 mai 1948. 
Une cellule du PCF à Clichy (92) a rappelé sa mémoire, jusque dans les années 1980, ainsi que celle de son frère Raymond.
  • Note 1 : La loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l'internement administratif sans jugement de "tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique". Les premiers visés sont les communistes.

Sources
  • Fichier national de la Division des archives des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen.
  • Archives de la Préfecture de police, cartons occupation allemande, BA 2374. 
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Témoignages de René Petitjean, rescapé du convoi du 6 juillet 1942 et de Pierre Cardon, secrétaire de la section du PCF dans les années 1970.
  • Photo Meunier in nouveau blog de Dan Jubert-Bizien
Biographie modifiée en 2013 et 2017. Rédigée en novembre 2005 par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par l’association « Mémoire vive » et la municipalité de Gennevilliers. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com  Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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