L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


THOMAS Jean





A Auschwitz, pendant la quarantaine au Block 11, Jean Thomas a tatoué un panier fleuri autour de son numéro matricule. Il en a reproduit le dessin pour Roger Arnould

Photo prise à son retour de déportation, le 25 mai 1945.


46 144
Rescapé


Jean Thomas est né le 21 juin 1920 au Mans (Sarthe). Il habite au 2 rue des Tilleuls à Boulogne-Billancourt (ancien département de la Seine) au moment de son arrestation.
Célibataire, il est chaudronnier à la SNCF, au dépôt de la Folie-Nanterre.
Membre des Jeunesse communistes et de la CGT, il est le secrétaire des Amis de l'URSS pour son atelier.
Jean Thomas est arrêté une première fois avant l'exode. Lors de l'évacuation de la prison de la Santé, il se trouve dans l’une des deux colonnes dont l’évacuation passe par Montargis (camp de Cepoy) et Gien. Entre Cepoy et Neuvy-sur Loire, la « colonne de Cépoy » subit les bombardements allemands. Jean Thomas s’évade comme de nombreux autres prisoniers.
Il revient chez lui, trouve du travail au dépôt des Batignolles, en utilisant des faux papiers.
A l'Occupation, il distribue des tracts, aidant ses amis à trouver du travail et leur fournissant de fausses identités. Mais, dès le 30 novembre 1940, il est repris par la police française "pour activités communistes", à Boulogne, avec son père : jugé et condamné, il fait appel et doit être libéré, mais il est "gardé par la Préfecture" au Dépôt, puis à la Santé et transféré à la Maison centrale de Clairvaux. Lire dans le blog : La Maison centrale de Clairvaux.
Jean Thomas est transféré au camp de Rouillé (1) le 27 septembre 1941 dans un groupe de 56 internés de Clairvaux.
Début mai 1942, les autorités allemandes adressent au directeur du camp de Rouillé une liste de 187 internés qui doivent être transférés au camp allemand de Compiègne (Frontstallag 122). Le nom de Jean Thomas (n° 175 de la liste) y figure et c’est au sein d’un groupe de 168 internés (2) qu’il arrive au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) le 22 mai 1942. La plupart d’entre eux seront déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet.  
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Jean Thomas est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.

Jean Thomas est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "46 144". Il est affecté à la Schlosserei, puis à la DAW.

Plan du Block 11 par Gustave Remy
Au Block 11, il a l'idée "d'orner les tatouages" sur le bras de ses camarades, entourant les chiffres de motifs fleuris. Il tatoue même un petit bateau sur la poitrine d'Henri Marti. Après la quarantaine du Block 11, il est affecté au block 4, avec Gabriel Lejard, Armand Saglier et Joseph Freund (62.660), qui en a témoigné.  Il travaille alors au kommando "Béton-Colonne". Il y est gravement blessé à la main. 
Transféré le 27 février 1944 à Sachsenhausen avec Armand Saglier, dans un groupe de 11 détenus, puis dans le camp annexe de Lieberose, puis à Falkenhager : "un vieux théâtre désaffecté" et une usine souterraine où il sabote sa production.

L'évacuation de Sachsenhausen débute le 21 avril 1945.
Il est libéré à Schwerin, dans la baie de Lübeck par les Américains, après une longue marche et est rapatrié le 25 mai (centre de rapatriement de l'hôtel Lutétia).
Jean Thomas s'est marié, est père de deux enfants.
Il habite Villecresnes depuis 1969, est membre du bureau de l'ADIRP du Val-de-Marne, secrétaire de la section Villecresnes-Limeil Brévannes.
Jean Thomas meurt le 26 décembre 1999. Il n’a pas voulu que ses derniers compagnons de déportation assistent à son enterrement, car, il a eu trop de peine quand il est venu à celui de ses camarades disparus. Il veut épargner cette souffrance à ses amis.

Note 1 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. In site de l’Amicale de Chateaubriant-Voves-Rouillé.
Note 2 : Dix-neuf internés de la liste de 187 noms sont manquants le 22 mai. Cinq d’entre eux ont été fusillés (Pierre Dejardin, René François, Bernard Grimbaum, Isidore Pertier, Maurice Weldzland). Trois se sont évadés (Albert Belli, Emilien Cateau et Henri Dupont). Les autres ont été soit libérés, soit transférés dans d’autres camps ou étaient hospitalisés. 

Sources

  • Liste d'otages XLI 42, N0 175
  • Très nombreux contacts : lettres et communications téléphoniques avec Roger Arnould et Claudine Cardon-Hamet.
  • Un dessin de tatouage "orné par Jean Thomas".
  • Plusieurs récits et descriptions
  • Mairie du Mans, 15 mars 1994
  • Fichier national du Bureau des archives des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, Caen.
Biographie rédigée en janvier 1999, par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com
Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

Aucun commentaire: