L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


SILLIEN Désiré, Pierre




Désiré Sillien est né le 7 juin 1904 à Saulnes (Meurthe-et-Moselle), il habite 53 Cité Tresson à Herserange (54) au moment de son arrestation. 

Il est le fils de Françoise, Annie Keyser, 31 ans, sans profession, et d'Auguste, Joseph Sillien, 25 ans, ouvrier Mineur.
Désiré Sillien épouse Paulette Wagner le 18 février 1928, à Herserange. Il en est divorcé.
Le 53 Cité Tresson. On aperçoit la plaque commémorative
Ajusteur à l'usine de Lachère, il est un "militant d'extrême-gauche" selon un rapport de Police cité par les frères Magrinelli dans leur ouvrage. 
Il est délégué syndical en 1936.
Il est arrêté le 21 février 1942, avec un grand nombre de métallurgistes, (75 personnes au total), à Herserange, par la Feldgendarmerie. Il aurait été dénoncé "par Toni" (jugé à Nancy après-guerre et mort en prison).  
Il est néanmoins possible qu'il ait été arrêté comme otage, après que le transformateur électrique d’Homécourt ait été saboté par la Résistance dans la nuit du 4 au 5 février 1942 (lire Le sabotage du transformateur électrique d'Auboué (février 1942). Les arrestations de militants commencent dès le lendemain dans plusieurs sites industriels de la région : par vagues successives, du 5 au 7 février, puis entre le 20 et le 22, et au début de mars. Elles touchent principalement des mineurs et des ouvriers de la métallurgie. 16 d’entre eux seront fusillés à la Malpierre.
Désiré Sillien est incarcéré à la prison de Melun (Seine-et-Oise), avant d'être transféré à la demande des autorités allemandes. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), en vue de sa déportation comme otage.
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Désiré Sillien est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Son numéro d’immatriculation lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Lire dans le blog le récit du premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Le numéro « 46104 ? » figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon dernier livre Triangles rouges à Auschwitz.
Après l’enregistrement, Désiré Sillien passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. 
Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. 
On ignore dans quel camp il est affecté à cette date, mais il est néanmoins possible qu'il ait été affecté à Auschwitz I compte tenu de sa profession d'ajusteur.
Désiré Sillien meurt à Auschwitz le 20 février 1943 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 1116 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec son matricule, ses dates, lieux de naissance et de décès, avec l’indication « Katolisch » (catholique).  
Sur son acte de décès, l’état civil de Briey avait porté en 1947, la date du 13 janvier 1943, vraisemblablement à partir du témoignage d’un camarade rescapé. Date reprise (avec erreur) par un arrêté ministériel du 6 décembre 2002 paru au Journal Officiel du 22 février 2003 portant apposition de la mention «Mort en déportation» sur ses actes et jugements déclaratifs de décès.
Il reçoit la mention "Mort pour la France" en 1947 et il est homologué comme "Déporté politique".
Le Républicain Lorrain du 30 avril 1991
Une plaque a été apposée à son domicile le 28 avril 1991 par la municipalité d’Herserange à l'occasion de la "journée du souvenir consacrée aux victimes et aux martyrs de la Déportation". La famille de Désiré Sillien était représentée par M. Piquet. Le Maire d'Herserange, M. Zaffagni a prononcé une allocution. 
Le nom de Désiré Sillien est inscrit sur le Monument aux Morts, dans l'Eglise et dans l'escalier de la Mairie d'Herserange.

Sources
  • Etat civil en ligne de Meurthe-et- Moselle.
  • Communication de son beau-frère, M. Roger Piquet (1991).
  • Mairie d'Herserange (1991).
  • M. Fabrisy, FNDIRP (mai 1991).
  • " Antifascisme et Parti communiste en Meurthe-et-Moselle " (Jean Claude et Yves Magrinelli) page 345.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Courriels de Madame Claude Favre, communication d'une remarque de Mme et M. Biz à propos du matricule de Désiré Sillien (septembre 2014).
Biographie (complétée en 2014) rédigée en 1997 pour la conférence organisée par la CGT et le PCF de la vallée de l’Orne, à Homécourt le 5 juillet 1997 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005.
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