L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


SALMON Fernand



Fernand Salmon à Auschwitz
Matricule "46093" à Auschwitz

Fernand Salmon est né le 16 juin 1897 à Genneton près de Thouars (Deux-Sèvres). Il habite 5 rue Henri Martin à Asnières (ancien département de la Seine/ Hauts-de-Seine) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Constance, Henriette Guillemin, 25 ans, marchande et d’André, Célestin Salmon, 31 ans, tailleur, son époux décédé le 25 mai 1997 (22 jours avant la naissance de son fils).
Son registre matricule militaire indique qu’il habite à Genneton au moment du conseil de révision et y travaille comme charron.
Fernand Salmon mesure 1m 60, a les cheveux bruns, les yeux jaune foncé, le front haut, le nez moyen, et le visage long. Il a un niveau d’instruction « n° 2 » pour l’armée (sait lire, écrire et compter). Conscrit de la classe 1917, Fernand Salmon est mobilisé par anticipation en 1916, comme tous les jeunes hommes de sa classe le sont après la déclaration de guerre d’août 1914. Le 9 janvier 1916 il mobilisé au 20ème Régiment d’artillerie. Après 7 mois d’instruction, il est affecté le 7 juillet au 109ème Régiment d’artillerie lourde, qui est engagé sur les fronts d’Artois, Oise, Meuse, Somme, à Verdun, Craonne, puis en Champagne en 1916. Le 7 mai 1917, à Épernay, Fernand Salmon est blessé à la main droite par un éclat de bombe et évacué vers l’arrière jusqu’au 2 mai 1918. Il retoure «  aux armées » du 3 mai au 15 juillet. Le 16 juillet 1918, il « passe » au 21ème Régiment d’artillerie, jusqu’au 9 juin 1919. Il passe dans la réserve de l’armée active le 7 janvier 1919, mais est maintenu sous les drapeaux (suites du décret du 1er août 1914). Le 30 mai, il « passe » au 38ème Régiment d’artillerie. Le 10 juin, il entre à l’hôpital d’Avignon puis réintègre le dépôt le 18 juillet. Il est mis en congé illimité de démobilisation le 27 septembre 1919, et « se retire » à Genneton, « certificat de bonne conduite accordé ».
Le 19 décembre 1920, Fernand Salmon est embauché comme homme d’équipe par les Chemins de fer de l’État, réseau de l’Ouest à Thouars. Pour l’armée (5/10/1921), cet emploi le fait alors « passer » théoriquement dans la réserve de l’armée active, à la 5ème section des chemins de fer de campagne en tant qu’« affecté spécial » (il serait mobilisé à son poste de travail en cas de conflit). Le 13 juin 1921, il habite avenue de la Gare, dans cette ville.
Le 16 septembre 1921, Fernand Salmon épouse, à Thouars, Marie, Julia, Augustine Revault (elle est née le 11 novembre 1899 à Saint-Maurice-la-Fougereuse). Le couple aura trois enfants (« Suzette », « Gigi » et « Dédé »), âgés de 19, 15 et 9 ans en décembre 1940.
Fernand Salmon adhère à l’Association républicaine des Anciens combattants (ARAC).
Le 22 février 1927, la famille Salmon habite au 63 rue de la Porte-aux-Prévosts, à Thouars.
Le 1er mars 1930, ils déménagent à Courtalain (Eure et Loir) à 1 km de la gare Courtalain-Saint-Pèlerin (ligne de Chartres à Bordeaux). Fernand Salmon reçoit la carte du Combattant le 11 mars 1930. En août, la famille habite à Saint-Pellerin, le village voisin. En 1931, il passe le permis de conduire auto et poids lourds.
En 1932, Fernand Salmon est muté comme agent technique principal au dépôt des Batignolles (Paris Nord, service du camionnage-Ouest) 163 bis avenue de Clichy de Paris 17ème. La famille Salmon emménage dans un groupe d’habitations à bon marché (HBM) qui vient d’être construit  pour la Société immobilière des chemins de fer de l’État au 5 rue Henri-Martin à Asnières, face au marché Flachat, et proche du dépôt des chemins de fer et gare de Bois-Colombes. Fernand Salmon y sera domicilié jusqu’au moment de son arrestation.
Fernand Salmon est adhérent au Syndicat CGTU de la Fédération des Chemins de Fer, délégué syndical de son service et membre du Parti communiste. 
La police connaît ses engagements militants : membre de la cellule Batignolles-camionnage, de la cellule du quartier Flachat à Asnières à partir de 1935, adhérent à la section d’Asnières du Secours rouge international et au Comité départemental d’Eure-et-Loir (section de Courtalain), membre du groupe d’Asnières des Amis de L’Humanité et du Travailleur et de L’Union nationale des Comités de défense de L’Humanité (CDH), « parrain du 10ème bataillon des Brigades internationales lors de la guerre d’Espagne ».
Après la dissolution du Parti communiste (269 septembre 1939), il continue de militer clandestinement.
Fernand Salmon est arrêté le 6 janvier 1941(selon son fils) ou le 14 (Ministère des Anciens combattants).
Il est incarcéré au Dépôt, puis à la Santé jusqu’au 16 janvier. Il est ensuite interné à Aincourt du 17 au 23 janvier, « séjour surveillé », dans le département de la Seine-et-Oise (aujourd’hui dans le Val d’Oise), ouvert spécialement, en octobre 1940, pour y enfermer les communistes arrêtés dans la région parisienne par le gouvernement de Vichy.
Il est transféré à la prison de Rambouillet du 27 janvier au 26 septembre 1941, puis au camp de Gaillon (du 27 septembre 1941 au 24 mars 1942). A cette date il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) en vue de sa déportation comme otage. Il y reçoit le matricule "3692". 
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Fernand Salmon est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Le 8 juillet 1942
A son arrivée à Auschwitz, il reçoit le numéro matricule "49093", selon les historiens polonais du camp.
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz (1) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
On ignore la date exacte de son décès à Auschwitz. Selon un témoignage recueilli par sa veuve auprès d’un survivant, il serait mort du typhus à Birkenau. Dans l'ignorance des dates précises de décès les services d'état civil français ont souvent fixé des dates approximatives dans les années qui ont suivi la guerre. Ainsi l'acte de décès du 20 avril 1946 porte une date de décès à Auschwitz le 15 décembre 1942.
Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué. 

La mention "Mort pour la France" est inscrite sur son acte de décès le 6 juillet 1946.


  • Note 1 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, alors vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 
Sources
  • Archives municipales d'Asnières.
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen.
  • Archives familiales et lettre de son fils Gilbert (du 16 décembre 1993).
  • Certificat d’appartenance à la Résistance intérieure (Front national).
  • registres matricules militaires des deux-Sèvres.
Biographie rédigée en novembre 2005 (en cours de modification - juin 2016) par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par l’association « Mémoire vive » et la municipalité de Gennevilliers.  Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com * Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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