L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


SALESSE Camille Edouard


Camille Salesse à Auschwitz
Matricule "46091" à Auschwitz

Rescapé


Camille Salesse est né le 27 juin 1912 à Condat-en-Feignes (Cantal) où son père est menuisier. Il habite au 82 avenue d'Argenteuil à Colombes (ancien département de la Seine / Hauts-de-Seine) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Marie Papon, 36 ans et de Jean-Baptiste Salesse, 38 ans, menuisier. 
Il se marie le 28 mai 1932 en la mairie d'Argenteuil avec Marcelle, Marguerite, Marie Le Bouquin et a deux fils de ce premier mariage. 
Il est monteur en pylônes, puis cafetier (à son retour des camps il deviendra artisan-peintre en bâtiment).
Militant du Parti communiste, sa première arrestation, le 18 juillet 1941, à Colombes est motivée "pour détention d'armes". Jugé par un Tribunal allemand à Paris, il est condamné le 11 août 1941 à 3 mois de prison.
Il est emprisonné successivement au Dépôt, puis à la Santé le 14 août 1941 et à Villeneuve St-Georges le 21 août, Il est ensuite interné à Fresnes à partir du 20 octobre.
Après l’expiration de sa peine, le 20 octobre, du fait de ses emprisonnements antérieurs, il est libéré le 31 "sur intervention de M. Van Porten, ingénieur de la Société France-Radio".
Mais Camille Salesse est désormais sur les listes de suspects surveillés par la police. Aussi, lorsque les Allemands ordonnent des représailles à la suite d’une série d’attentats à Paris (le 20 avril un soldat de première classe est abattu au métro Molitor, deux soldats dans un autobus parisien, le 22 avril un militaire est blessé à Malakoff), Camille Salesse fait partie des 387 militants arrêtés le 28 avril 1942. Ce jour-là une rafle est effectuée par l’occupant dans tout le département de la Seine. Lire dans le blog La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942). Suivant cette politique des otages, les autorités d’occupation ordonnent l’exécution d’otages déjà internés et arrêtent 387 militants, dont la plupart avaient déjà été arrêtés une première fois par la police française pour « activité communiste » depuis l’armistice et libérés à l’expiration de leur peine. Il est remis aux autorités d'occupation à leur demande. 
Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), en vue de sa déportation comme otage.
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Il est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Il est immatriculé à Auschwitz le 8 juillet 1942
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "46091".
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz (1) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.  
Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
En application d’une directive de la Gestapo datée du 21 juin 1943 accordant aux détenus des KL en provenance d’Europe occidentale la possibilité de correspondre avec leur famille et de recevoir des colis renfermant des vivres, Pierre Monjault, comme les autres détenus politiques français d’Auschwitz, reçoit en juillet 1943 l’autorisation d’échanger des lettres avec sa famille - rédigées en allemand et soumises à la censure - et de recevoir des colis contenant des aliments. Ce droit leur est signifié le 4 juillet 1943. 
Entre le 14 août 1943 et le 12 décembre 1943, il est en quarantaine au Block 11 avec la quasi totalité des Français survivants. Lire l'article du blog "les 45000 au block 11.  Le 12 décembre, les Français quittent le Block 11 et retournent dans leurs anciens Kommandos.
Le 28 août 1944, Camille Salesse est transféré à Flossenbürg en Haute-Bavière (il y reçoit le matricule "19.898") avec 30 autres "45.000". C'est un camp de "nouvelle génération" où les déportés extraient le granit destiné aux plans colossaux de constructions nazies, qui à partir de 1943 travaille pour l'avionneur Messerschmitt. Il est ensuite transféré à Leitmeritz, un camp extérieur dépendant de Flossenbürg en janvier 1945, avec Georges Hanse et Etienne Pessot. 
Camille Salesse est libéré le 8 mai 1945, et regagne la France, via Longuyon, le 22 mai.
À son retour, il témoigne auprès de la FNDIRP pour établir les dates de décès de ses camarades morts à Auschwitz. 
Il devient artisan-peintre en bâtiment et travaille notamment pour la Ville de Paris (sur la Tour Eiffel et au Parc Monceau). Il habite en 1953 au 41 rue Nollet, puis en 1955 au 45 rue Truffaut (17ème).
Il est homologué "Déporté politique" en 1954. 
Il a une fille avec sa compagne Monique Bidaut, Mireille, qui naît le 16 décembre 1958. Un jour, il lui écrit : "Tu es ma plus belle revanche sur les nazis".
Il se remarie le 17 mars 1970 à Paris 17è avec Monique, Georgette Bidaud.
Camille Salesse meurt d'un cancer à Paris (17è) le 23 février 1971. Il avait 59 ans.
  • Note 1 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, alors vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 
Sources
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen (dossier individuel). Val de Fontenay 1993.
  • Carnets de Roger Abada.
  • Témoignage de René Aondetto.
  • Etat civil de la mairie de Condat.
  • Mail de Mireille Salesse-Castor (2010).
Biographie rédigée en novembre 2005, complétée en 2017, par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par l’association « Mémoire vive » et la municipalité de Gennevilliers. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com * Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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