L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


RENAUDIE Camille, Fernand


Camille Renaudie le 8 juillet 1942 à Auschwitz
Matricule "46050" à Auschwitz


Camille Renaudie est né le 23 décembre 1897 à Tonnay-Charente (Charente-Maritime). Il est le fils d’Augustine Cornet (36 ans) et de Joseph Renaudie, (42 ans) son époux. Son père est camionneur.
Camille Renaudie habite au 8 rue du Tintoret à Asnières (Seine / Hauts-de-Seine) au moment de son arrestation.
Il est serrurier de formation.
Sa fiche du registre matricule militaire indique qu’il a les cheveux châtain, les yeux marron, mesure 1 m 65 et a un niveau d’instruction n° 2 (« sait lire et écrire »).
Conscrit de la classe 1917, il est mobilisé par anticipation au centre de recrutement de La Rochelle. Le 8 janvier 1916 il est affecté au 38ème Régiment d’Artillerie de Campagne jusqu’au 6 janvier 1919.  
A l’instruction du 8 janvier 1916 au 24 janvier 1917, il est affecté au 3ème groupe d’artillerie d’Afrique et est envoyé « aux armées » (dans la zone des combats) du 25 janvier 1917 au 29 novembre 1918. Après l’Armistice, Camille Renaudie est volontaire pour terminer son service militaire dans l’armée d’Orient. Le 7 décembre 1918, il est dirigé vers le dépôt du 38ème Régiment d’Artillerie d’Afrique et arrive en Palestine le 18 février 1919. Il est démobilisé le 6 octobre 1919. 
Il commence sa carrière de cheminot en septembre 1920 à La Garenne-Colombes, puis travaille aux Ateliers de la Folie (Nanterre) où il est ajusteur.(il est nettoyeur à Batignoles le 5 août 1921, puis serrurier aux Ateliers de La Garenne, rue des Carrières à Nanterre, jusqu'au 11 août 1927). Cheminot, il est classé automatiquement dans la réserve militaire comme « Affecté Spécial » à la 4ème section des Chemins de fer de campagne.
Il épouse Anne Marie Couteron le 21 juillet 1921 à Tonnay-Charente.
Camille Renaudie est élu trésorier général du syndicat (CGTU) des cheminots de La Garenne-Colombes en 1928. Il adhère au Parti communiste en 1934 (à la cellule communiste des Ateliers de la Folie en 1939, rattachée à la section d'Aubervilliers de la Région Paris-nord du Parti communiste).
il est "affecté spécial" aux Ateliers de chemin de fer de La Folie (Nanterre) pendant la deuxième guerre mondiale.
Il est arrêté le 9 avril 1940 pour « propagande communiste et distribution de tracts ». « Deux machines à écrire, des caractères d’imprimerie, un lot récent de tracts » sont saisis à son domicile (procès verbal du 9 avril 1940). Il est emprisonné à la Santé le même jour. La direction de la SNCF le licencie aussitôt, le 9 avril 1940. Son épouse, arrêtée en même temps que lui, bénéficie d’un non lieu un mois après et sera relaxée.
Le 10 juin 1940, il n’est pas encore passé en jugement.
Devant l’avance des armées allemandes, l’évacuation de la prison militaire de Paris est ordonnée par le ministre de l’Intérieur Georges Mandel. Au départ de Paris, quelque 1 865 prisonniers empruntent les routes de l’exode à bord de bus de la TCRP et de camions militaires qui se dirigent en direction d’Orléans. Le 11 juin la colonne se remet met en route. Au cours d’une alerte aérienne entre Cosne et Briare, les gardiens se mettent à l’abri et de nombreux prisonniers, dont Camille Renaudie s’échappent. 
Revenu en région parisienne, il se présente spontanément au commissariat de Courbevoie et à la Santé, où il touche son pécule en en donnant décharge (le tribunal de Périgueux le condamnera par défaut à 2 ans de prison et 1000 F d'amende, le 13 janvier 1941, mais cette décision ne lui sera pas connue… ni semble-t-il aux Renseignements généraux). 
Il recherche du travail chez Hattfort à Poissy, par l’intermédiaire d’une amie, Mme Bourguet, et tente d’obtenir sa réintégration à la SNCF (il a fait un brouillon de lettre retrouvé par la police). "Il appartint à partir d’octobre 1940 au réseau « ISOLES nef » "Le Maitron. 
Il retrouve du travail aux Etablissements Willems (camions), à Nanterre.
Camille Renaudie est arrêté une seconde fois le 22 février 1941 par la Brigade Spéciale des Renseignements généraux pour avoir « organisé des collectes en faveur des emprisonnés politiques, et diffusé des mots d'ordre émanant de la IIIème Internationale ». Lire dans le blog La Brigade Spéciale des Renseignements généraux
Le PV du 22 février, signé par le commissaire André Cougoule stipule : « Au cours de surveillances et d’enquêtes effectuées à Asnières dans le but d’identifier les auteurs de la propagande communiste s’exerçant dans cette commune, les inspecteurs avaient eu leur attention alertée par le nombre insolite de visites que recevait le sieur Renaudie à son domicile. Renaudie était connu de nos servies pour être un ancien militant commuiste très actif (…). Par les surveillances et enquêtes exercées aux abords du domicile du sieur Renaudie, nous avons remarqué de nombreuses allées et venues et avons acquis la certitude que le sus-nommé participait à la propagande clandestine en faveur de l’ex Parti communiste en collectant pour le parti et pour les militants internés. Au moment de son arrestation Renaudie a été trouvé porteur d’une feuille indiquant le montant d’une collecte » (347 Francs).
Au cours des interrogatoires, Camille Renaudie expose clairement avoir appartenu au Parti communiste jusqu’à la dissolution et avoir depuis quatre ou cinq mois décidé de son propre chef de faire des collectes auprès de ses anciens camarades de travailde la SNCF en faveur des familles des emprisonnés politiques. « Le but de ces collectes était d’apporter un secours en argent aux familles de ces emprisonnés, suivant leur situation matérielle et leurs charges de famille. J’ai ainsi reçu sept mille ou sept mille cinq cents francs que j’ai remis moi-même par dons de cent à trois cents francs à ces familles. Je n’ai jamais exigé de reçu. Ces versements ont été versés plusieurs fois à une dizaine de familles environ. Ce sont d’anciens camarades des ateliers qui se chargeaient de recueillir les fonds auprès des autres ouvriers, qu’ils me remettaient à l’extérieur de l’atelier. J’affirme que j’ai versé intégralement toutes ces sommes aux familles et que je n’en ai jamais distrait  la moindre somme, soit pour la propagande, soit pour le parti communiste auquel j’ai cessé toute relaton depuis mon arrestation d’octobre 1940» (PV d’interrogatoire du 23 février 1941).
Inculpé d’infraction aux articles 1 et 3 du décret du 26 septembre 1939 (dissolution du Parti communiste) il est déféré au Dépôt. 
Mention manuscrite de Cougoule
L'ex inspecteur André Cougoule, devenu commissaire de la ville de Paris, a la responsabilité de la 1ère brigade spéciale en 1941. il joint le mot suivant au PV : « je propose le camp ». 
Camille Renaudie fait alors l’objet d’un arrêté d’internement du Préfet de police de Paris, François Bard, daté du 24 février 1941.
Il est interné à la maison centrale de Clairvaux le 27 février, Lire dans le blog : La Maison centrale de Clairvaux.
Le 17 septembre 1941, il est transféré au camp de « séjour surveillé » de Rouillé (1).
Début mai 1942, les autorités allemandes adressent au directeur du camp de Rouillé une liste de 187 internés qui doivent être transférés au camp allemand de Compiègne (Frontstallag 122). Le nom de Camille Renaudie (n°155 de la liste) y figure. 
C’est avec un groupe d’environ 160 internés (2) qu’il arrive à Compiègne le 22 mai 1942. 
La plupart d’entre eux seront déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Camille Renaudie est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro « 46050 » selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942.
Immatriculation le 8 juillet 1942
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz (3) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 

Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Selon le témoignage d'un rescapé Camille Renaudie meurt à Auschwitz le 10 décembre 1942 en sortant des douches par une température de - 16°. La date portée sur son certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 1002) celle du 13 janvier 1943. La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès, arrêté du 31 juillet 1997, paru au Journal Officiel du 14 décembre 1997, avec  la date « décédé le 10 janvier 1943 à Auschwitz (Pologne) ».
Son nom est inscrit sur le monument aux morts d’Asnières.
  • Note 1 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. Il a été fermé en juin 1944. In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.
  • Note 2 : Dix-neuf internés de cette liste de 187 noms ont été soit libérés, soit transférés dans d’autres camps, ou sont hospitalisés. Trois se sont évadés. Cinq d’entre eux ont été fusillés.
  • Note 3 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, alors vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 
Sources
  • Liste de Rouillé, in archives du © CDJC (XLI-42).
  • © Photo de la porte d’entrée du camp d'Auschwitz : Musée d’Auschwitz-Birkenau.
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb.
  • © Site Internet Légifrance.gouv.fr
  • © Site Internet WWW. Mortsdanslescamps.com
  • Archives de la Préfecture de police, Cartons occupation allemande, BA 2374. 
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Registre matricule militaire de Charente Maritime (2015).
Biographie rédigée en novembre 2005 et remaniée en 2012, 2015 et 2017 par Claudine Cardon-Hamet docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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