L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


PHILIBERT Jean Henri

Jean Philibert D.r. JP Favrel


Jean Philibert est né le 17 décembre 1892 à l’hospice de Romans-sur-Isère (Drôme). Il est domicilié 3 rue du Docteur Albert Calmette à Clichy-la-Garenne (département de la Seine, aujourd'hui Hauts-de-Seine) au moment de son arrestation. 
Il est le fils de Mélanie Philibert, 26 ans, domestique, née à Courcouron (Ardèche) et domiciliée à Valence.
Le 25 février 1919, Jean Philibert épouse Anne, Marie, Léocadie Pinon, à Puteaux (Seine).
Le 15 janvier 1921, il est nommé concierge titulaire à la ville de Puteaux.
Le 27 juin 1925 à Puteaux, Jean Philibert épouse en secondes noces Louise, Marie Hinault, née le 20 janvier 1899 à Trégeux (Côtes-du-Nord). Elle est née le 20 février 1899 dans ce département. Le couple aura deux enfants : Ginette, née le 18 juillet 1926 à Paris 8ème, et Serge, né le 2 juin 1932 à Paris 18ème.
Le 21 avril 1926, il est nommé cantonnier titulaire à la ville d’Ivry (Seine / Val-de-Marne).
Le 1er août 1926, il est nommé cantonnier à Clichy-la-Garenne, et son épouse est femme de service en 1929, faisant fonction de concierge à l’école Paul Bert (source J.P. Favrel). Le couple est logé à l’école Paul Bert, 3 rue Gobert, renommée rue du Dr Calmette après le décès du médecin immunologiste en 1933 (l'ancienne école est aujourd’hui l'espace Henry Miller).
Militant communiste, il est arrêté une première fois à Clichy le 6 décembre 1940 par la police française pour "reconstitution de ligue dissoute" (activité communiste) puis de nouveau le 24 juin 1941 sur ordre des Allemands. Il est pourtant presque aveugle. Son arrestation a lieu dans le cadre d’une grande rafle concernant les milieux syndicaux et communistes. En effet, le 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique, sous le nom «d’Aktion Theoderich», les Allemands arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française. 
D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy (ici l’Hôtel Matignon), ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht.

Extrait de la liste des RG du 24 juin 1941, montage avec l'en-tête de la liste
La liste des Renseignements généraux répertoriant les communistes internés administrativement le 24 juin 1941, mentionne pour Jean Philibert : « militant notoire de l’ex Parti communiste. Meneur des plus actifs. Elément dangereux ».
Ceux-ci le transfèrent au camp de détention allemande de Compiègne le 27 juin 1941. Il y reçoit le matricule 386. Durant son internement à Compiègne, il est hospitalisé au Val-de-Grâce. Selon le témoignage de René Petitjean, rescapé clichois du convoi, il est presqu'aveugle.
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Jean Philibert est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». 

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au total au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Son numéro d’immatriculation à Auschwitz n’est pas connu. 

Le numéro matricule figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) et signalé comme incertain (voir l’avertissement précédant la liste alphabétique) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Elle avait notamment pour objectif de faciliter l’identification des 524 photos anthropométriques de « 45000 » préservées de la destruction par des résistants du camp et retrouvées après la libération d’Auschwitz. Cependant, cette reconstitution n’a pu complètement aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. 
Il serait donc imprudent de maintenir le numéro 46058 à Jean Philibert en l’absence de nouveaux éléments.
Dessin de Franz Reisz, 1946
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Jean Philibert meurt à Auschwitz le 14 octobre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz et destiné à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 924).
Il est homologué "Déporté politique" en 1954.
A Clichy, une cellule du Parti communiste a porté son nom pendant de nombreuses années après la Libération.

Sources

  • Témoignage de René Petitjean, Clichois rescapé du convoi.
  • Témoignage de sa fille Ginette.
  • Fichier national de la Division des Archives des Victimes des Conflits Contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen (dossier).
  • Archives municipales de Clichy.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • Courrier de Jean-Pierre Favrel son petit-fils (6 01 2010).
  • Archives en ligne de Romans, état civil.
  • Recherches dans les registres matricules du département (et des limitrophes) de son lieu de naissance.
Biographie réalisée initialement pour l’exposition sur les 45000 de Gennevilliers de novembre 2005 (mise à jour en 2010, 2016 et 2017), par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, Paris 2005.
Prière de mentionner les références (auteur et coordonnées du blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com * Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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