L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


PENNER Lucien


L'Aube Nouvelle, 2 juin 1945
Montage photo
Matricule "45962" à Auschwitz

Rescapé

Lucien Penner est né à Paris (14°) le 11 mars 1912. Il habite à Vanves (ancien département de la Seine) au moment de son arrestation. Il est marié, ouvrier d'Etat (ajusteur) à l'Atelier de Construction AMX d'Issy-les-Moulineaux, une usine d'armement dépendant du camp de Satory (Versailles). 

Il est adhèrent au Parti communiste. Il est arrêté une première fois en novembre 1939.
Combattant pendant la deuxième guerre mondiale, il est fait prisonnier. Il s'évade (il a reçu une médaille pour cette évasion).
Sous l'occupation, il fait partie d'un groupe de combat qui effectue de nombreuses missions : ainsi le sabotage de voitures et de chenillettes destinées à l'occupant (éloge funèbre de M. Gelée, secrétaire général de l'Association des Services extérieurs de la guerre).

Le 28 avril 1942, des policiers allemands l’arrêtent à 4 heures 45, à son domicile, alors qu'il venait de distribuer des tracts anti-allemands. 
Après une incarcération à l'Ecole Militaire, il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), le 30 avril, en vue de sa déportation comme otage. 
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Lucien Penner est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Georges Penner est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45962".
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a été pas retrouvée parmi les 522 photos que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi). Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. 
Lucien Penner est affecté au Block 16 A et aux Kommandos Schlosserei et DAW. Entre le 14 août et le 12 décembre 1943, il est en quarantaine au Block 11avec la quasi-totalité des français survivants.  Lire l'article du blog "les 45000 au block 11.

Comme son meilleur ami, Robert Lambotte, il est transféré à Buchenwald le 23 février 1944 (il y porte le matricule 34161). Il est affecté  au block 14, dont le responsable est Roger Arnould. Cheminot résistant, devenu à sa retraite documentaliste de la FNDIRP, il a initié les premières recherches sur le convoi du 6 juillet 1942. 
Le 26 octobre 44, nouveau transfert à Neuengamme (près de Hambourg, sous-camp de Sachsenhausen). Puis retour à Buchenwald. 
Lucien Penner fait partie de la « Brigade française d’action libératrice » du camp de Buchenwald, homologué du 15 janvier 1945 au 15 avril 1945 (la brigade française a été classée « unité combattante » le 26 novembre 1947 par la commission de l’Etat major général, 3ème bureau, n° 10776 bis). Il est affecté à la brigade d'action qui participe à la libération le camp de Buchenwald le 11 avril 1945. Un document atteste de son affectation au bataillon Saint-Just (2ème bataillon, commandant Artous, de la Garde républicaine de Paris) à la 3ème compagnie (capitaine Dangelle).
L'Aube Nouvelle
9 juin 1945
Rapatrié par le rail le 28 avril 1945, Lucien Penner reprend très vite ses activités. Dès son retour à Vanves, il prend contact avec la section communiste. Son témoignage très fort sur Auschwitz est publié dès les 2, 9 et 16 juin 1945 dans le journal local du Parti communiste, l'Aube Nouvelle, édition de Vanves.
Lire dans le blog son récit : Lucien Penner retour d'Auschwitz, raconte...
Maurice Rideau ("46056") travaille avec lui aux ateliers AMX contruction d'Issy-les-Moulineaux depuis le 1er juin 1945 : Lucien Penner est "responsable de la métrologie". Parallèlement, il est secrétaire d'une association d'anciens combattants
Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué en 1951.
Il est titulaire de la Croix de guerre, de celle du Combattant, de la médaille des Evadés et celle de la Déportation.

L'Aube Nouvelle , février 1955
Toujours actif, Lucien Penner proteste en février 1955 avec d'autres victimes vanvéennes de la barbarie nazie contre le réarmement de l'Allemagne et la reconstitution de la Werhmacht en 1955.
Lucien Penner meurt à l'hôpital Villemain (Paris 10°) le 10 décembre 1958.
M. Gelée prononce son éloge funèbre.

Sources

  • Témoignages : Maurice Rideau, compagnon de travail et de déportation, Roger Arnould, qui lui aussi était au Block 14 à Buchenwald.
  • Certificat d'appartenance à la Résistance armée, signée du Colonel Manhès
  • Texte de l'éloge funèbre (M. Gelée).
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen, novembre 1993.
  • L'Aube nouvelle 2 /9/16 juin 1945 / BNF.
Biographie rédigée en novembre 2005, complétée en 2017 par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par l’association « Mémoire vive » et la municipalité de Gennevilliers. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com  Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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