L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


MOLINIE Antoine Albert



Matricule 45883 à Auschwitz
Antoine Molinié est né au domicile de ses parents le 19 janvier 1894 à Chartres (Eure-et-Loir). Il habite au 115 ou 116 boulevard Saint Aignan à Nantes (Loire-Atlantique) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Léontine, Angéline Martin, 27 ans, sage-femme, et d’Alexis Molinié, 32 ans, agent de police, son époux. Ses parents habitent au 8 rue de la Mairie à Chartres. Antoine a une sœur cadette, Denise, qui naît le 29 mars 1900 à Chartres.
Son registre matricule militaire indique qu’il habite Chartres au moment du conseil de révision et travaille comme journalier. Il mesure 1m 63, a les cheveux châtains, les yeux bleus jaunâtre, le front moyen, le nez rectiligne. Il a un niveau d’instruction « n° 3 » pour l’armée (sait lire, écrire et compter, instruction primaire développée). Ses parents ont déménagé au 14 rue de la Pie.
De la classe 1914, il est d’abord « exempté définitivement pour tuberculose pulmonaire, cachexie ». Mais, le 4 octobre 1914, la commission de réforme le classe «  service armé » - arrêté du Ministre de la guerre du 15 septembre 1914 (1). Le 5 novembre, Antoine Molinié est incorporé au 129ème régiment d’infanterie. Après 3 mois d’instruction, il part « aux armées » le 17 février 1915. Il participe à la deuxième offensive d’Artois. 
Souchez. La sucrerie après les bombardements
Le 22 juin 1915 lors des combats pour la reprise de la ville de Souchez (Pas-de-Calais), qui est en zone allemande depuis an, Antoine Molinié est blessé à la face par un éclat d’obus. Il est évacué. Il perd l’œil gauche. Ces combats ont été évoqués par Henri Barbusse et Jean Galtier-Boissière (1)
Croix de guerre
avec palme
Le 11 décembre 1915, Antoine Molinié est cité à l’ordre de l’armée (Oj 2.168) : « Très bon soldat, donnant toujours le bon exemple ». Il reçoit la Médaille militaire à compter de cette date, et il est décoré de la Croix de guerre avec palme.
Le 15 février 1916, la commission de réforme de Chartres le propose pour une pension de 5ème classe pour « perte définitive de la vision de l’œil gauche par atrophie papillaire (…)». Le même jour, il est « réformé n° 1 » (décret ministériel).
La commission de réforme de Nantes lui attribuera un taux d’invalidité de 65 % porté à 75 % en 1938, ouvrant droit à pension. 
Membre de l'ARAC, il adhère aussi à l'Association des Mutilés des yeux.
Il milite dans la cellule communiste de Chantenay, près de Nantes. Il s'occupe notamment de l'accueil des réfugiés espagnols pendant et après la guerre d'Espagne. Pendant l'occupation, il poursuit ses activités au Parti communiste clandestin, rédige et distribue des tracts et des journaux clandestins.
Le 17 décembre 1940, il est arrêté une première fois, à la suite d'une lettre anonyme. Après une perquisition à son domicile, il est emprisonné à Nantes à la prison Lafayette, puis le 7 janvier 1941 au centre de séjour surveillé du Croisic. "
Le 11 décembre 1940, alors qu'une première série d'arrestations a déjà eu lieu, la préfec­ture reçoit l'autorisation de la Feldkommandantur de Nantes de créer « un camp de concentration pour les communistes arrêtés par M. le Préfet dans la station balnéaire du Croisic »'.(…). L’ouverture du centre de séjour surveillé est prévue le mardi 7 janvier 1941. Le transfèrement des prisonniers de la prison Lafayette de Nantes vers Le Croisic se fait par camions et est assuré par la gendarmerie (…) A leur bord 18 détenus, 12 communistes et « 6 individus dangereux ». Ces derniers sont transférés le 20 février 1941 à la maison d'arrêt de Saint-Nazaire. Une note, en date du 15 janvier 1941 du préfet de la Loire-Inférieure à la délégation générale du gouvernement français en territoire occupé précise les identités des « militants communistes ou extrémistes». Parmi eux Antoine Molinié (in «La répression anticommuniste en Loire Inférieure» Op cité)".
Il est mis en liberté provisoire le 1er mai 1941, pour raisons de santé.
Il est arrêté de nouveau le 23 juin 1941. Cette arrestation a lieu dans le cadre de la grande rafle commencée le 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique. Sous le nom «d’Aktion Theoderich», les Allemands arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy (ici la prison du Champ de Mars de Nantes), ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui ce jour là devient un camp de détention des “ennemis actifs du Reich”.
Antoine Molinié est interné au camp de Royallieu à Compiègne, le 13 juillet 1941 où il reçoit le n° 1242 (Bâtiment A2, chambre 13). 
Dans ce camp, les communistes mettent en place un Comité des Loisirs qui sert également à organiser la solidarité et la résistance parmi les internés. Antoine Molinié y donne des leçons d'architecture et participe aux cours de littérature, d'allemand (donnés par Georges Cogniot) et de breton. 
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages.
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Antoine Molinié est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45883". 
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a été pas retrouvée parmi les 522 photos que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Antoine Molinié meurt le 24 août 1942 d’après les registres du camp. Il est déclaré "Mort pour la France" et est homologué comme "Déporté politique" et non «déporté Résistant», malgré un certificat d'appartenance à la Résistance Française Intérieure en date du 20 avril 1949.
  • Note 1 : Henri Barbusse : chapitre XII du « Feu » et Jean Galtier Boissière, fondateur du Crapouillot et collaborateur du Canard Enchaîné, auteur de : « un hiver à Souchez (1915-1916)». Lire les citations dans Wikipédia.
Sources
  • Témoignages de Gustave Raballand et d'Eugène Charles.
  • Questionnaire rempli par sa fille Evelyne, épouse Pécot, le 19 novembre 1990.
  • « La répression anticommuniste en Loire Inférieure » Dominique Bloyet et Jean Pierre Sauvage, Geste éditions.
  • Notification "Mort pour la France" du 10 janvier 1950
  • Attestation d'appartenance au Front National pour la libération et l'indépendance de la France du 2 octobre 1946
  • Certificat d'appartenance à la Résistance Française Intérieure du 20 avril 1949.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés). 
  • © Musée d'Auschwitz Birkenau. L'entrée du camp d'Auschwitz 1.
Biographie (complétée en 2016) rédigée en 2002 et mise à jour pour l’exposition de 2009 de la FMD de Nantes par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com
Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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