L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


MARTY Marcel


Marcel Marty est né le 18 septembre 1901 à Bordeaux (Gironde). Il est domicilié au 105 Quai d'Asnières (devenu quai du Docteur Dervaux à la Libération) à Asnières (ancien département de la Seine / Hauts-de-Seine) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Charlotte, Henriette Forestier et de Pierre Georges Marty, mécanicien son époux.
Son registre matricule militaire indique qu’il habite Bordeaux au moment du conseil de révision et travaille comme ajusteur-mécanicien. Il mesure 1m 62, a les cheveux blonds et les yeux gris, le front moyen, le nez petit, le visage ovale. Il a un niveau d’instruction « n° 2 » pour l’armée (sait lire, écrire et compter).
Conscrit de la classe 1921, il est ajourné pour « faiblesse » en 1921, et pour « insuffisance respiratoire » en 1922.
Marcel Marty épouse Odette Gravier, sans profession, le 19 septembre 1922. Le couple aura deux enfants.
Il est appelé au service militaire le 11 mars 1923 et incorporé au 58ème Régiment d’infanterie en garnison en Avignon et Arles. Il est classé « soutien de famille » par l’armée en novembre 1923 et sera libéré le 7 mai 1924, « certificat de bonne conduite accordé » (il effectue 14 mois au lieu des 18 fixés par la Loi du 1er avril 1923). Il est affecté au 50ème RI , au titre du « plan A » en tant que réserviste de l’armée de Terre.
En octobre 1927, le couple habite au 3 impasse Descoin à Asnières.
En juillet 1930, ils ont déménagé au 13 rue Novion, et en octobre 1932 au 105 quai d’Asnières, jusqu’à la date de l’arrestation de Marcel Marty.
Marcel Marty est mécanicien-ajusteur de profession, puis « régleur-rectificateur ». il travaille à la SA française Timlien à Asnières, est à ce titre « affecté spécial durée illimitée » en tant que réserviste de l’armée de Terre le 20 avril 1939, tableau III (en cas de conflit armé, il est mobilisé à son poste de travail). 
Militant communiste connu de la Police, il est arrêté à son domicile le 26 juin 1941. Cette arrestation a lieu dans le cadre de la grande rafle commencée le 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique. Sous le nom «d’Aktion Theoderich», les Allemands arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy (pour lui à l'hôtel Matignon), ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui ce jour là devient un camp de détention des “ennemis actifs du Reich”. Il est interné au Frontstalag 122 de Compiègne, le 28 juin 1941. Il y reçoit le matricule "288". 
Un rapport de police indique qu'il "n'y a pas été accepté" et qu'il a été transféré au camp de Rouillé, mais il s'agit certainement d'une erreur, qui a eu comme conséquence de faire figurer son nom sur la liste des internés de Rouillé à transférer à Compiègne le 22 mai 1942, liste raturée par la direction du camp de Rouillé pour y faire figurer le nom de son homonyme de Nanterre (voir dans sa biographie le registres raturé : Marty Marcel, Ferdinand). 
Depuis le camp de Compiègne, Marcel Marty va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Marcel Marty est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Entrée du camp d'Auschwitz
Son numéro d’immatriculation lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. 
Le numéro "45852 ?" figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage Triangles rouges à Auschwitz.

Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Dessin de Franz Reisz, 1946
Marcel Marty meurt Auschwitz le 4 novembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 785). Cette date de décès est consultable sur le site du Musée d'Auschwitz. 
A la Libération, le ministère des Anciens combattants lui a attribué par erreur  une date de décès largement postérieure (18 juillet 1944), survenue dans un autre camp (Magdebourg). En effet, un homonyme, Marcel Marty né à Figeac est décédé en 1944 au camp de Falkensee.
Le titre de « Déporté politique » a été attribué à Marcel Marty. Il est déclaré "Mort pour la France" (23 octobre 1947). 

Son nom est inscrit sur le monument "A la mémoire des déportés, internés et résistants de la ville d'Asnières-sur-Seine - le 27 avril 2003".

Sources
  • Archives du CDJC (XLI-42).
  • Etat civil d'Asnières.
  • Fichier national de la Division des Archives des Victimes des Conflits Contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen.
  • "Livre des déportés ayant reçu des médicaments à l'infirmerie de Birkenau, kommando d'Auschwitz" (n° d'ordre, date, matricule, chambre, nom, nature du médicament) du 1.11.1942 au 150.7.1943.
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb. Relevé René Richard.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • © Registres matricules militaires de Gironde.
Biographie rédigée en novembre 2005, mis à jour en 2016 et 2017, par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par l’association « Mémoire vive » et la municipalité de Gennevilliers. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com  * Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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