L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


LEPETIT Arthur, Emile, Etienne


Homologué au grade de Sergent dans la RIF

Matricule "45782" à Auschwitz

Arthur Lepetit est né le 2 mars 1907 au Mont d'Aubusson (Creuse). Il habite au 110 rue Jules Ferry à Colombes (ancien département de la Seine) au moment de son arrestation. 
Il est le fils de Marie, Eugénie Pauly et de Emile, Maurice Lepetit son époux.
Il est maçon à l'entreprise Chaize d'Asnières. 
Marié avec Marthe, Thérèse Testard, il est père de deux enfants.
Militant communiste "de base", écrit sa veuve qui précise ses activités : "service d'ordre, garde à la maison de l'Huma", diffuseur CDH (Comité de défense de l'Humanité), et membre d'une amicale de Locataires affiliée à l'Union Confédérale des Locataires.
Attestation du PCF
Il continue son action pendant l'occupation : il cache des ronéos chez un paysan, tire et diffuse des tracts, colle des affiches.
Selon son épouse, il est arrêté le 11 février 1941 à 11 heures du soir, chez lui. Il est roué de coups par la police pour lui faire avouer ses activités clandestines (son nom aurait été donné sous les coups par un de ses camarades, arrêté la veille, "avec un pot de colle" dit son épouse. La mention de cette dénonciation est confirmée sur la fiche de Gabriel Royer au DAVCC, arrêté la veille). 
Le 13 février 1941, Arthur Lepetit, inculpé d’infraction au décret du 26 septembre 1939 (reconstitution de ligue dissoute), est conduit au Dépôt de la préfecture de police (Conciergerie) et mis à la disposition de la Justice. Le 4 juin, la 12ème chambre du Tribunal correctionnel de la Seine le condamne à un an de prison, 100 francs d’amende et cinq ans d’interdiction de droits civiques et politiques. Le même tribunal condamnera le lendemain Alphonse Guyot, considéré comme le chef des militants clandestins de Colombes à 3 ans de prison. Il sera condamné à mort à huit clos à la demande de Vichy et guillotiné le 24 septembre 1941 dans la cour de la Santé.
Le 17 juin 1941, Arthur Lepetit est transféré à la Maison d’arrêt de Fresnes (n° 8668). Il fait appel de sa condamnation, que confirme en appel le tribunal d’État, le 20 septembre.
Le 9 octobre 1941, Arthur Lepetit est transféré à la Maison centrale de Poissy.
À l’expiration de sa peine, il n’est pas libéré : le 13 février 1942, il est transféré au Dépôt de la préfecture de police de Paris avec vingt-trois autres militants communistes détenus à Poissy avec lui.

Le 25 mars 1942, le préfet de police de Paris ordonne son internement administratif et  le 16 avril, il fait partie d’un groupe de détenus enregistrés au “centre de séjour surveillé” de Voves (Eure-et-Loir), où il reçoit le numéro matricule n° 85.
Le 16 avril 1942, à 5 h 50, il fait partie d’un groupe de 60 militants « détenus par les Renseignements généraux » qui est transféré de la permanence du dépôt au camp de Voves (Eure-et-Loir), convoyé par les gendarmes de la 61ème brigade. Ce camp (Frontstalag n° 202 en 1940 et 1941) était devenu le 5 janvier 1942 le Centre de séjour surveillé n° 15.
Arthur Lepetit y a le numéro de dossier 402.817
Transfert de Voves pour Compiègne
Dans deux courriers en date des 6 et 9 mai 1942, le chef de la Verwaltungsgruppe de la Feldkommandantur d’Orléans envoie au Préfet de Chartres deux listes d’internés communistes du camp de Voves à transférer au camp d’internement de Compiègne à la demande du Militärbefehlshabers Frankreich, le MBF, commandement militaire en France.
Arthur Lepetit  figure sur la première liste de 81 noms qui vont être transférés le 10 mai 1942 à Compiègne.
Le directeur du camp a fait supprimer toutes les permissions de visite « afin d’éviter que les familles assistent au prélèvement des 81 communistes pris en charge par l’armée d’occupation ».  La prise en charge par les gendarmes allemands s’est effectuée le 10 mai 1942 à 10 h 30 à la gare de Voves. Il poursuit « Cette ponction a produit chez les internés présents un gros effet moral, ces derniers ne cachent pas que tôt ou tard ce sera leur tour. Toutefois il est à remarquer qu’ils conservent une énergie et une conviction extraordinaire en ce sens que demain la victoire sera pour eux ». Il indique également « ceux qui restèrent se mirent à chanter la «Marseillaise» et la reprirent à trois reprises ».
Sur les deux listes d’un total de cent neuf internés, arrivés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) les 10 et 22 juin 1942, 87 d’entre eux seront déportés à Auschwitz. 
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Il est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45782".
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a été pas retrouvée parmi les 522 photos que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Arthur Lepetit meurt à Auschwitz le 10 mai 1943 d’après les registres du camp. Cause "officielle" de sa mort : tuberculose. Lire dans le blog : Des causes de décès fictives.
Son épouse apprend sa mort "par un camarade rescapé". "Il serait mort d'une piqure de phénol dans le cœur".
Ses camarades de déportation rescapés du convoi, Fernand Devaux et Camille Salesse ont témoigné en avril 1946 de sa mort au camp d'Auschwitz à la date du 12 avril 1943.
Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué.
Il a été déclaré "Mort pour la France".
Il est homologué au grade de sergent de la Résistance Intérieure Française le 9 octobre 1949, notification 2176.

Sources

Lettre de Marthe Lepetit, âgée de 81 an en 1991
  • Lettre de Robert Guérineau, ancien résistant qui a effectué des recherches dans les registres d’état civil de la mairie de Colombes.
  • Etat civil de la mairie de Colombes.
  • Questionnaire biographique (contribution à l’histoire de la déportation du convoi du 6 juillet 1942), envoyé aux mairies, associations et familles au début de mes recherches, en 1987, rempli par sa veuve le 22 février 1991 accompagné d’attestations (photos ci-dessus).
  • Biographie d'Alphonse Guyot in Le Maitron
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national de la Division des archives des victimes de conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen.
Biographie rédigée en novembre 2005 par Claudine Cardon-Hamet (, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par l’association « Mémoire vive » et la municipalité de Gennevilliers. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com  Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

Aucun commentaire: