L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


LECOMPTE André


Matricule "45750" à Auschwitz

André Lecompte est né le 20 janvier 1910 à Paris 6ème. Il est domicilié 36 rue du Gros Orme à Gennevilliers (Seine /  Hauts-de-Seine). Au camp de Rouillé, cette adresse est rayée pour le 67 rue du Ménil à Asnières (Seine /  Hauts-de-Seine). 

Il est le fils de Juliette Levillain et de René Lecompte son époux.
Il est métallurgiste (fraiseur). Il a une soeur cadette, Juliette, née le 24 janvier 1925 à Bois-Colombes. Domiciliée à Colombes en 1949, c'est elle qui sera destinataire de sa carte de Déporté politique.
André Lecompte est arrêté le 12 décembre 1940 pour "activité communiste". Incarcéré  à la Santé, il est condamné le 28 avril 1941 à 10 mois de prison pour infraction au décret du 26 septembre 1939 par la 12ème Chambre correctionnelle. Le 18 juillet, il est condamné à 6 mois de prison pour escroquerie par la 13ème Chambre.  Il est transféré à Fresnes le 1 août 1941. Il y reçoit le matricule 9612. Il semble avoir transité par le camp de Romainville (mention sans date au DAVCC). A la date d'expiration normale de ses peines d'emprisonnement (confondues), il n'est pas libéré. Début janvier 1942, le Préfet de Police de Paris, François Bard, ordonne  l’internement administratif d’André Lecompte, en application de la Loi du 3 septembre 1940 (1).
Il est interné administrativement le 3 janvier 1942 au camp de Rouillé (2). Il fait partie d’un groupe de 50 internés administratifs (38 internés politiques (RG) et 12 indésirables (PJ) transférés du Dépôt vers le CSS de Rouillé. Un avis du 31 décembre stipule les conditions de ce transfert : Ils seront conduits en autocars par la rue Sauvage jusqu’à la gare d’Austerlitz, où ils pourront pénétrer jusqu’à la voie 23 au train de voyageurs n° 3. Le chef du convoi disposera d’une voiture avec 10 compartiments. Le départ est fixé à 7 h 55, l’arrivée à Rouillé à 18 h 51, après un arrêt de 45 minutes à Poitiers.
Liste des transférés à Compiègne. Son adresse de Gennevilliers est modifiée
Début mai 1942, les autorités allemandes adressent au commandant du camp de Rouillé une liste de 187 internés qui doivent être transférés au camp allemand de Compiègne (Frontstallag 122). 
Le nom d'André Lecompte (n° 110 de la liste) y figure. Le 22 mai 1942 c’est au sein d’un groupe de 168 internés (3) qu’il est transféré au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122). La plupart d’entre eux seront déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet. 
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Il est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45750".
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a été pas retrouvée parmi les 522 photos que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Il meurt à Auschwitz le 25 août 1942 selon les registres du camp. Son acte de disparition par jugement déclaratif de décès du 13 juillet 1950 indiquait la date du 31 juillet 1942 car dans l'ignorance des dates précises de décès les services d'état civil ont souvent fixé des dates approximatives dans les années qui ont suivi la guerre.
Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué.

  • Note 1 : La loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l'internement administratif sans jugement de "tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique". Les premiers visés sont les communistes.
  • Note 2 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. / In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.
  • Note 3 : Dix-neuf internés de la liste de 187 noms sont manquants le 22 mai. Cinq d’entre eux ont été fusillés (Pierre Dejardin, René François, Bernard Grimbaum, Isidore Pertier, Maurice Weldzland). Trois se sont évadés (Albert Belli, Emilien Cateau et Henri Dupont). Les autres ont été soit libérés, soit transférés dans d’autres camps ou étaient hospitalisés. 
Sources
  • Transfert de Rouillé à Compiègne. Archives du CDJC (XLI-42).
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
Biographie rédigée en novembre 2005 (complétée en 2017) par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par l’association « Mémoire vive » et la municipalité de Gennevilliers. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

1 commentaire:

Jocelyne a dit…

Je m'appelle Jocelyne, Andrée LECOMPTE, mes parents m'ont donné ce prénom, il y a 60 ans en hommage et souvenir à leur frère et beau-frère, mais ils n'ont jamais su ce qu'il était advenu de lui après son arrestation. Ils sont aujourd'hui décédés, je viens de découvrir avec stupéfaction sa destination finale grâce à internet et ce gigantesque travail de fourmi réalisé pour rechercher tous ces disparus.
Je vous remercie de tout cœur, c'est enfin une page qui se tourne, je prends conscience aujourd'hui de l'importance de savoir.