L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


Le sabotage du transformateur électrique d’Auboué


Le transformateur d'Auboué
Le sabotage du transformateur électrique d’Auboué, dans la nuit du 4 au 5 février 1942, se situe dans la période où Otto Von Stülpnagel sanctionne les attentats par des avis annonçant des fusillades d’otages, accompagnées de déportations de représailles.
Le sabotage a demandé trois réunions préparatoires.
La première s’est tenue à Auboué, en décembre 1941, dans le café de Joseph Schneider, qui sera déporté à Auschwitz, le 6 juillet 1942. La seconde réunion a lieu en janvier 1942 et la troisième le 2 février, deux jours avant l’opération
Un groupe d’action, composé Giovanni Pacci, Maurice Henry et Narcisse Ippolito, vide les containers d’huile du transformateur, servant à conduire l’électricité.
Ces résistants sont couverts par un groupe de protection formé de Franco Foriani, Henri Koziol, Gino Parentelli, et d’un résistant venu de Paris (qui n’était pas Pierre Georges, le futur colonel Fabien, contrairement à ce qui a été écrit à la Libération). Entre minuit et une heure du matin, de grands éclairs sillonnent le ciel au moment où se produit le court-circuit : l’usine et la ville d’Auboué et 17 mines de fer du bassin de Briey et sont plongées dans le noir. La panne dure plusieurs jours.
Hitler ordonne que 20 otages soient fusillés. 
Otto von Stülpnagel reporte d'un mois leur exécution, le temps de retrouver les vrais responsables. 
C’est ce qu’annonce l’avis du 24 février, signé par le Commandant de la Région militaire C du Nord-est de la France dont le siège est à Dijon.
Au cas où les coupables ne seraient pas arrêtés jusqu'au 10 mars 1942, 20 communistes seront fusillés en représailles et dans le but d'empêcher le retour de tels crimes.
Un document interne de l’administration militaire mentionne la déportation à l'Est de 50 autres personnes.
Les arrestations commencent dès le lendemain du sabotage : par vagues successives, du 5 au 7 février, puis entre le 20 et le 22, et au début de mars. Elles touchent principalement des mineurs et des ouvriers de la métallurgie, des militants connus de la CGT, communistes pour la plupart.
Mais l’occupant ne fait pas de détail. Pour lui, militants de la CGT et communistes sont synonymes.
Ce qui n’est pourtant pas le cas d’Arsène Dautreaux, socialiste et cégétiste. Secrétaire du syndicat confédéré des métaux en 1935, vice-président de la section de Briey de la ligue des Droits de l'Homme, il avait participé à la constitution des syndicats CGT de la division d'Auboué, de la Solpa à Homécourt et en 1936, à celle du syndicat du Bâtiment d'Homécourt et de ses environs. Il était en 1937 le trésorier de l'union locale CGT de Joeuf-Homécourt. Il est arrêté le 20 février 1942, et déporté dans le convoi du 6 juillet 1942.
A la suite des interventions de l'ambassadeur d'Italie, du gouvernement français et de Speer, ministre allemand de l'Armement qui redoute les conséquences prévisibles des exécutions d’otages sur la production du bassin minier de Briey, Hitler accepte le 2 avril 1942, de renoncer aux fusillades.
Les auteurs ont été retrouvés et arrêtés en mai et juin. 16 d’entre eux sont jugés par un tribunal militaire allemand, condamnés à mort et fusillés le 29 juillet 1942 à la Malpierre.
Les otages destinés à être déportés sont emprisonnés à la prison Charles III de Nancy, puis internés le 24 février au camp d’Ecrouves, avant d’être transférés à Compiègne au début de mars 1942, certains le 2 mars.

Claudine Cardon-Hamet (extrait de la conférence organisée par la CGT et le PCF de la vallée de l’Orne, à Homécourt le 5 juillet 1997).

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