L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


Le double déraillement de Moult-Argences et les otages du Calvados




L'exemple des sabotages des 16 et 30 avril 1942, que réussit un petit groupe de communistes du Calvados, près de Caen, illustre la politique de répression menée à cette date par Karl Heinrich von Stülpnagel (MBF. Chef du commandement militaire en France).
Le 16 avril 1942, le train Maastricht-Cherbourg déraille près de Moult-Argences, à la suite du déboulonnage des rails sur plusieurs mètres [1].

Note du Préfet de police de Paris
Le sabotage du 16 avril fait 28 morts et 19 blessés parmi les permissionnaires de la marine allemande. Hitler ordonne que 28 otages soient immédiatement fusillés, puis 28 autres chaque jour jusqu'à l'arrestation des coupables. Il exige également la déportation de 1000 communistes.
Le MBF n'applique pas à la lettre les instructions du Führer. L'avis du 18 avril, que publie le chef de la région militaire A, annonce des mesures de couvre-feu, l'exécution de 30 communistes, Juifs et personnes appartenant aux mêmes milieux que les auteurs de l'attentat et menace de fusiller 80 nouveaux otages et d'en déporter vers l'Est 1000 autres, au cas où les coupables ne seraient pas retrouvés dans les trois jours.
Le préfet du Calvados, Henri Graux, obtient un sursis en attendant les conclusions de l’enquête de police. Il refusera son concours pour la deuxième vague d’arrestation les 8 et 9 mai qui suivent le deuxième sabotage. Il sera révoqué par le gouvernement Laval (1).
Au 21 avril, la police n'a pas encore arrêté les auteurs du sabotage, malgré l'importance des moyens déployés : une vingtaine d'inspecteurs, plusieurs centaines d'agents et de gendarmes français et des membres de la police militaire allemande.
Sur les 30 otages annoncés, 24 otages sont fusillés, le 30 avril (six d'entre eux ont été écartés peu de temps avant l'exécution) [2].
Les 80 otages supplémentaires sont épargnés. Laval, qui vient de revenir au pouvoir, est intervenu en leur faveur. Comme pour prouver l'inutilité de ces représailles, le train Maastricht-Cherbourg déraille une seconde fois, au même endroit, dans la nuit du 30 avril au premier mai : 10 soldats allemands sont tués, 22 sont blessés.
Le MBF annonce l'exécution de 30 nouveaux otages et la déportation d'un grand nombre de communistes, de Juifs et de personnes appartenant aux milieux proches des auteurs des attentats. 28 otages sont fusillés le 9 mai et 80 otages seront déportés dans le convoi du 6 juillet 1942 (57 politiques et 23 Juifs - près de la moitié des otages juifs du convoi).



* André Montagne et David Badache (2 des 8 caennais survivants) sont à l'origine de la première stèle rendant hommage aux otages de 1942 (photo ci-contre). 

* Une autre stèle en hommage aux déportés du convoi du 6 juillet 1942  a été apposée à l'initiative de l'association "Mémoire Vive", de la Municipalité de Caen et de l'atelier patrimoine  du collège d'Evrecy 
* Une plaque a été apposée le 8 mai 1995 rue Montaigu sur le mur du siège de la Fédération du Parti Communiste Français du Calvados : "En hommage aux communistes du Calvados qui sont tombés pour la libération de la France ou ont péri dans les camps nazis". Elle fut apposée par "la fédération du Calvados du PCF". 

Lire également la note du Préfet de Police de Paris à propos du sabotage de Moult-Argences : Collaboration de la Police français (note du Préfet de police, François Bard).

Claudine Cardon-Hamet (in Mille otages pour Auschwitz p. 130-131). Completé en mai 2010. 
  • Note 1 : Lire à ce sujet, Jean Quellien, Résistance et sabotage en Normandie, Condé-sur-Noireau, Ed. Charles Corlet, 1992.
  • Note 2 : Archives du CDJC, VII-3.
  • Photographie : premier déraillement du 16 avril. Collection R Commault - Mémorial de Caen, in De Caen à Auschwitz, par le collège Paul Verlaine d’Evrecy, le lycée Malherbe de Caen et l’association Mémoire Vive, éditions Cahiers du Temps, Cabourg (14390), juin 2001.
  • Photo de la plaque : André Montagne.
  • www.caen.fr/tourisme/histoire/.../plaquetteResistance.pdf
  • Note du préfet de police de Paris © Dossier pédagogique « La répression durant la seconde guerre mondiale «  Archives nationales. Annick Pegeon, Christophe Barret.

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