L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


LAUNAY Constant, Marie, Joseph


Matricule 45731 à Auschwitz


Constant Launay est né le 17 janvier 1898 au lieu-dit La Corvaiserie à Guipry (Ille-et-Vilaine). Il habite 7 bis rue de Neuilly à Clichy (ancien département de la Seine / Hauts-de-Seine) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Jeanne Marie Rigaud, 30 ans, cultivatrice et de Pierre, Marie, Sébastien Launay, 34 ans, cultivateur son époux.
Au moment du conseil de révision, ses parents sont décédés. Constant Launay habite alors Saint-Ganton (canton de Pipriac). Il y travaille comme cultivateur.
Son registre matricule militaire indique qu’il mesure 1m 68, a les cheveux châtain foncé, les yeux bleus, le front ordinaire, nez moyen et le visage ovale. Il a un niveau d’instruction « n°3 » pour l’armée (sait lire, écrire et compter, instruction primaire développée).
Conscrit de la classe 1918, il est mobilisé par anticipation en mai 1917, comme tous les jeunes hommes de sa classe depuis la déclaration de guerre. Le 2 mai 1917, il est incorporé au 70ème régiment d’infanterie, caserné à Vitré. Le 12 juin de la même année, il « passe » au 118ème régiment d’infanterie et part au front le 18 décembre 1917.
Le 18 octobre 1918 au cours de la bataille de l’Aine, il est victime d’un des bombardements chimiques de l’armée allemande. Un obus à gaz l’intoxique « fortement ». Il refuse d’être évacué. Le 8 décembre, il est cité à l’ordre du régiment : « Intoxiqué assez fortement par un obus à gaz, est resté à sa pièce et a continué d’en assurer le service, malgré la gêne produite par son intoxication ». Il est décoré de la Croix de guerre avec étoile de bronze.
Le 23 novembre 1919, Constant Launay est nommé caporal.   
Le 13 juin 1920, il est « renvoyé dans ses foyers » et se retire à Saint-Ganton (arrondissement de Redon Ille-et-Vilaine), « certificat de bonne conduite accordé ».
La famille Launay a été durement éprouvée par le conflit : L’ainé des frères Launay, Emile, est grièvement blessé en 1915 et restera handicapé du bras gauche. Il décède en 1924. L’autre frère, Sébastien, est tué devant Rancourt en 1916.
Constant Launay épouse Louise, sexagésime, Renée, Eugénie, Joy le 4 novembre 1922 à Serquigny (Eure). Elle est née le 24 octobre 1906.Le couple aura trois enfants (André né en 1923, Irène née en 1924 et Lucienne née en 1925).
Le 21 septembre 1920, Constant Launay entre aux Chemins de fer de l’État comme « homme d’équipe à l’essai » à Cormeilles-en-Parisis (Seine / Seine-et-Oise).
« Il fut muté à Serquigny (Eure) trois mois plus tard et y entra au cadre permanent en septembre 1921 » (Le Maitron).
Il est « affecté spécial » des chemins de fer de l’Etat le 30 avril 1921, comme homme d’équipe à Serquigny), dans la réserve de l’armée active (4ème section de campagne).
« Il accéda au grade de manœuvre en novembre 1925 aux Batignolles, où il travaillait à partir de juillet 1937 comme conducteur de locotracteur » (Le Maitron) .
Locotracteur aux Batignoles (collection Roger Pichon)
Le couple habite d’abord au 1 rue Valiton à Clichy-la-Garenne (Seine / Hauts-de-Seine). En 1936 et jusqu’à l’arrestation de Constant Launay, la famille habite au 7 bis rue de Neuilly à Clichy. Ces deux adresses sont situées à quelques dizaines de mètres des ateliers SNCF.
Militant communiste, il est (peut-être) secrétaire-adjoint du Syndicat des cheminots pour Paris-Nord en 1927.
On sait que les brigades de répression anticommuniste infiltrent dès 1940 des entreprises où la propagande clandestine communiste est diffusée ! Ainsi l'inspecteur André Orset, de la brigade de Clichy / Courbevoie fut embauché dans les ateliers de la SNCF de Levallois pour y identifier les propagandistes (1)...
Constant Launay est arrêté une première fois le 23 octobre 1940 par les Renseignements généraux, qui trouvent chez lui une liste de souscription en faveur des Jeunesses communistes. Il aurait alors été écroué à la prison de la Santé. « Soupçonné d'activité communiste, il fit l'objet d'une visite domiciliaire le 23 octobre 1940, opération au cours de laquelle la police découvrit et saisit des listes de souscriptions organisées en faveur des Jeunesses communistes » (Le Maitron).
Il est sur la liste des Fonctionnaires arrêtés
Après sa libération, le 1er novembre, les noms de Constant Launay, de son épouse Louise et de sa fille Irène figurent sur une liste de 25 noms relevés à la suite événements rapportés par la police (« chants révolutionnaires et distribution de tracts ») survenus à l’occasion d’une sortie cyclo-touriste comprenant une cinquantaine de cyclistes entre la place Voltaire à Asnières et le rond-Point de la Défense à Puteaux.
Constant Launay est arrêté le 6 décembre 1940 par des agents du commissariat de Clichy, considéré comme « propagandiste très actif » en même temps que 4 autres militants clichois : Alexandre Antonini, Joseph Berthucat, André Duthil et Camille Lang. 
Leur arrestation s’inscrit dans le cadre d’une importante rafle de 69 militants communistes de la région parisienne, opérée conjointement par 8 commissariats de banlieue et 8 commissariats parisiens. D’abord conduits à la caserne des Tourelles (boulevard Mortier à Paris 20ème) ils sont internés « administrativement » au camp de « Séjour surveillé » d’Aincourt (Seine-et-Oise), ouvert le 5 octobre 1940 par le gouvernement de Vichy pour y enfermer les communistes du département de la Seine. Lire dans le blog : Le camp d’Aincourt. Son dossier y porte le n° 19538.
Exposé des motifs de l'arrestation par les RG
Sur la liste « des militants communistes internés le 6 décembre 1940» reçue des Renseignement généraux par le directeur du camp, figurent des mentions caractérisant les motifs de leur internement (C 331/7). Pour Constant Launay on lit : «42 ans. Employé à la SNCF. Propagandiste très actif ».
Il est remis aux autorités allemandes à leur demande : le 11 février 1942, il fait partie d’un groupe de 21 internés qui sont transférés d’Aincourt au camp allemand de Compiègne. Le clichois René Petitjean est également dans ce groupe.
Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), en février 1942, en vue de sa déportation comme otage. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Constant Launay est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45731" 
selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a été pas retrouvée parmi les 522 photos que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 

Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Louise launay effectue des démarches auprès de la délégation générale du gouvernement français dans les territoires occupés afin d’obtenir des nouvelles de son mari (une mention « dossier Brinon » est portée dans son dossier au DAVCC. Fernand Brinon (dit marquis de Brinon) représente le gouvernement français auprès du Haut-Commandement allemand dans le Paris de l’Occupation).
C'est par une lettre du Clichois Henri Mathiaud adressée à sa femme depuis Auschwitz (1943) que Louise Launay apprend que son mari y a été déporté.
Constant Launay meurt à Auschwitz le 10 août 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz et destiné à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 698).
Le titre de «déporté politique» lui a été attribué.
Il a reçu la Mention "Mort pour la France".

Les cellules des cheminots du PCF de Clichy et Levallois ont porté son nom. 
En 1973, pendant la campagne des élections législatives, son épouse Louise ("Louisette") Launay, qui tient un café à côté de la gare, accueille une réunion organisée par les deux cellules "Launay" des cheminots de Clichy et Levallois, en présence d'un cheminot résistant qui a connu son mari (surnommé "l'Ours") et du député communiste Parfait Jans (témoignage de Pierre Cardon alors secrétaire de la section de Clichy et candidat député suppléant).
La mention «Mort en déportation» est apposée sur l'acte de décès de Constant Launay(arrêté du 6 octobre 1993 paru au Journal Officiel du 8 décembre). Cet arrêté porte toujours la date inexacte du 11 août 1942, mais la date de décès de cette mention sur son acte de naissance a été corrigée.
  •  Note 1 : Jean Marc Berlière et Franck Liaigre « Ainsi finissent les salauds » Robert Laffont Ed.
Sources
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, Caen.
  • Archives municipales de Clichy.
  • Témoignage de René Petitjean, clichois (45976) rescapé.
  • Marie-Louise Goergen :  Dictionnaire biographique des militants cheminots.
  • © Etat civil et Registres matricules militaires d’Ille et Vilaine 
Biographie rédigée en novembre 2005, complétée en 2016) par Claudine Cardon-Hamet (, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par l’association « Mémoire vive » et la municipalité de Gennevilliers. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com  Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

Aucun commentaire: