L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


KRAEMER Jules, Israël (ou Krämer Julius)




Matricule 46289 à Auschwitz

Une très intéressante étude de Thierry Marchand, apporte de nombreux et précieux éléments sur l’histoire de Jules Kraemer et de sa famille. Elle est publiée par la Société historique de Lisieux, sous le titre « Histoire d’une famille allemande exilée en Pays d’Auge ». La famille Kraemer, chronique d’une persécution et d’une aryanisation économique dans le Pays d’Auge pendant les « Années noires » in  Bulletin n° 73, novembre 2012, pp. 49-110). 

Collection particulière
Jules Kraemer (Julius Krämer) est né le 18 février 1897 à Nieder-Weisell, en Allemagne.
Il fait partie de ces réfugiés, antinazis et Juifs, réfugiés en France.
En 1926 il est marchand de bétail dans en Hesse, Bas Weisel, Bahnhofstrasse 7. Il fuit son village avec sa femme Irma et son fils Kurt (né à Nieder-Weisell le 3 septembre 1926), à la suite d'un progrom des S.A. en 1938. Ils habitent Le Mesnil-Eudes, au sud de Lisieux (Calvados), au moment de son arrestation. Jules Kraemer se déclare cultivateur.
La famille a trouvé refuge 
dans une grande ferme du Mesnil Eudes près de Lisieux.

Kurt, Irma et Julius Kraemer
La famille Kraemer a été fichée par la préfecture du Calvados, à la demande des autorités allemandes en 1940 (ordonnance du 27 septembre 1940 - Commissariat Général aux Questions Juives, état des personnes de race israélite).
Le 1er mai 1942, 
Jules Kraemer est arrêté à Lisieux, comme otage juif : il figure sur la liste de 120 otages « communistes et Juifs » établie par les autorités allemandes.
Son arrestation a lieu en représailles au déraillement de deux trains de permissionnaires allemands à Moult-Argences (38 morts et 41 blessés parmi les permissionnaires de la Marine allemande à la suite des sabotages par la Résistance, les 16 et 30 avril 1942, de la voie ferrée Maastricht-Cherbourg où circulaient deux trains militaires allemands. Des dizaines d’arrestations sont effectuées à la demande des occupants. 
Jules Kraemer est incarcéré le 2 mai à la prison centrale de Beaulieu (La Maladrerie) à Caen. Le 4 mai, remis aux autorités d'occupation, il est enfermé au “petit lycée” où sont rassemblés les otages qui viennent de tout le Calvados. On leur annonce qu’ils seront fusillés. 80 d’entre eux seront déportés. Julius Krämer fait partie du groupe de détenus transféré le 4 mai au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise).
Jules Kraemer est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ».
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages». 
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Le 8 juillet 1942, il est enregistré à Auschwitz sous le numéro "46289". Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a été pas retrouvée parmi les 522 photos que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet ils sont interrogés sur leurs professions. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi). Les autres, dont tous les Juifs, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Dessin de Franz Reisz, 194
Jules Kraemer meurt à Auschwitz le 7 août 1942, d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 636 et © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau).
Sa femme et son fils sont arrêtés en juillet 1942 et incarcérés au camp de Pithiviers. Ils sont déportés à Auschwitz dans le convoi n° 13 du 31 juillet 1942. Ils y décéderont. Kurt est mort le 19 octobre 1942.


2017 : comme tous les ans, le mémorial de la Shoah et le conseil régional de Normandie organisaient un voyage d'étude à Auschwitz.  Cette année, c'est une classe du Centre Interprofessionnel de Formation de l'Artisanat du Calvados (Cifac) qui participait (élèves de brevet professionnel boulanger). Les photos de la famille et de la fermes sont parues dans le reportage de FR3 Normandie (Le magazine du Samedi /  T.Cléon/G.Le Gouic). Elles sont tirées de « Histoire d’une famille allemande exilée en Pays d’Auge ».

Sources



  • Archives départementales du Calvados (Liste d'otages juifs du Calvados arrêtés en mai 1942).
  • Liste des détenus ayant reçu des médicaments à l'infirmerie de Birkenau, kommando d'Auschwitz" (n° d'ordre, date, matricule, chambre, nom, nature du médicament) du 1.11.1942 au 15.07.1943. (1992)
  • Fichier national national du Bureau des archives des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, Caen, consulté en octobre 1993.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés)
  • Thierry Marchand, recherches sur les exilés allemands réfugiés en Normandie entre 1933 et 1940 pour le bulletin de la Société Historique de Lisieux (mai et juillet 2010).
  • Photo de Jules Kraemer. Envoi de Thierry Marchand, janvier 2013.
  • Il n’y a aucune photo de déportés de ce convoi postérieure au matricule 46172.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
Biographie réalisée en février 2001 (complétée janvier 2013 et 2017) par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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