L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


JOLY Francis



Matricule 45690 à Auschwitz
Rescapé

Francis Joly est né à Dinan (ancien département des Côtes du Nord) le 7 juin 1912. Il habite au 28 rue Barbès à Montrouge (ancien département de la Seine) au moment de son arrestation. 
Il est marié, père de deux enfants.
Il travaille aux Usines Sanders, 50 rue Benoît Malon à Gentilly (Val-de-Marne) comme ajusteur de précision.
­Adhérent du Parti communiste, il participe à une grève en février 1942.
Le 6 février, tôt le matin, des policiers français en civil l'arrêtent à son domicile : il avait dénoncé le marché noir en vigueur parmi les directeurs de l'Usine, et a toujours pensé que l'un d'eux avait prévenu la police du mouvement de grève.
16 ouvriers sont arrêtés ce même jour. 13 feront partie du convoi du 6 juillet 1942 vers Auschwitz. Seul Francis Joly survivra.

Transporté par le Métro au Palais de Justice, il est interné à Voves le 16 avril 1942. Il compte parmi les 80 prisonniers qui, le 10 mai 1942, sont à la demande des autorités allemandes, dirigés sur Compiègne en vue de leur déportation comme otages. 
Le 8 juillet 1942, immatriculation à Auschwitz
A Compiègne, il reçoit le matricule 5738 (Bâtiment 5, chambre 13).
Il est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 45690.

A Auschwitz, il est affecté successivement aux Blocks 5A, 25,17,10. Après le Block 11, il se retrouve dans un Kommando avec Gustave Remy. Il s'affaiblit : "ce que j'ai vu et enduré n'est pas croyable. En 1942 j'ai pesé 43 kilos» écrit-il, de Dachau où il a été transféré (lettre du 8 mai 1945). Et il décrit "la monstrueuse machine hitlérienne".
Libéré en mai par les troupes américaines, il regagne la France profondément traumatisé. Il tente de réclamer justice à la Sanders pour ses camarades morts, ne reçoit que des humiliations. Son état dépressif s'aggrave ; claustrophobe, il ne peut plus travailler, subit des cures de sommeil et fait une première tentative de suicide. Son désastre financier s'aggrave.
Et, le 6 décembre 1957, au Val-André, il se tire une balle dans la tempe. Il avait été homologué "Déporté politique" en 1957 (N° 1101 23302).

Sources

  • Témoignages de Maurice Rideau et de René Aondetto, qui a assisté à l'arrivée des "13 de la Sanders" au Dépôt.
  • La fille de Francis Joly, Renée, a rempli le questionnaire biographique en 1989, et fourni des documents poignants : les dernières lettres d'adieu de son père, ses annotations à propos d'une oeuvre qui l'avait bouleversé : Le Mythe de Sisyphe d’Albert Camus.
  • Elle a, elle aussi, tenté d'obtenir des éclaircissements sur les causes de l'arrestation, s'adressant en dernier lieu aux Archives de France.
Biographie rédigée en novembre 2005 par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par l’association « Mémoire vive » et la municipalité de Gennevilliers.
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