L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


JOLY Francis



Matricule "45690" à Auschwitz

Rescapé

Francis Joly est né à Dinan (ancien département des Côtes du Nord) le 7 juin 1912. Il habite au 28 rue Barbès à Montrouge (ancien département de la Seine) au moment de son arrestation. 
Il est le fils d’Azeline Hérisson, 27 ans et de Ferdinand Joly, 30 ans, son époux.
Le 22 juillet 1933, Francis Joly épouse à Paris Annette Bacher, âgée de 22 ans.
Le couple a deux enfants, Renée qui est née en 1932 et Pierre, qui naît en 1934.
Il travaille aux Usines Sanders, 50 rue Benoît Malon à Gentilly (Val-de-Marne) comme ajusteur de précision. Il a une formation de ferronnier d'art.
Manifestation de la section syndicales  de chez Sanders
Fancis Joly est à droite de la pancarte
Adhérent du Parti communiste, il participe à une grève le 9 février 1942.
Lire dans ce blog : La grève de l'usine Sanders de Gentilly (9 février 1942). Les circonstances de la grève, l’arrestation des 9 ouvriers qui seront tous déportés à Auschwitz. Des extraits du livre de  Frédéric Couderc (« Les R.G. sous l'occupation. Quand la police française traquait les Résistants » qui a repris pour son récit les travaux de la commission d’épuration et les minutes du procès du directeur de l’usine Sanders le 10 mai 1946 par la Cour de Justice de Paris.
Le 6 février, tôt le matin, des policiers français en civil l'arrêtent à son domicile : il avait dénoncé le marché noir en vigueur parmi les directeurs de l'Usine, et a toujours pensé que l'un d'eux avait prévenu la police du mouvement de grève.
16 ouvriers sont arrêtés ce même jour. 9 feront partie du convoi du 6 juillet 1942 vers Auschwitz. Seul Francis Joly survivra.

Transfert à Voves
Transporté par le Métro au Palais de Justice, il est interné à Voves le 16 avril 1942. 
Il compte parmi les 80 prisonniers qui, le 10 mai 1942, sont à la demande des autorités allemandes, dirigés sur le camp allemand de Compiègne (Frontstalag 122) en vue de leur déportation comme otages. 
A Compiègne, il reçoit le matricule 5738 (Bâtiment 5, chambre 13).
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Francis Joly est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45690".
Le 8 juillet 1942, immatriculation à Auschwitz
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz (1) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.  Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"

Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
A Auschwitz, il est affecté successivement aux Blocks 5A, 25,17,10. 
Du 14 août 1943 au 12 décembre 1943, il est regroupé avec la quasi totalité des survivants du convoi au Block 11. Lire dans le Blog : Les "45000" au Block 11 - (14 août-12 décembre 1943).
Après le Block 11, il se retrouve dans un Kommando avec Gustave Remy. Il s'affaiblit : "ce que j'ai vu et enduré n'est pas croyable. En 1942 j'ai pesé 43 kilos» écrit-il, de Dachau où il a été transféré (lettre du 8 mai 1945). Et il décrit "la monstrueuse machine hitlérienne".
Libéré en mai par les troupes américaines, il regagne la France profondément traumatisé. 
Francis Joly divorce d’avec Annette le 13 décembre 1948.
Il tente de réclamer justice à la Sanders pour ses camarades morts, ne reçoit que des humiliations. Son état dépressif s'aggrave ; claustrophobe, il ne peut plus travailler, subit des cures de sommeil et fait une première tentative de suicide. Son désastre financier s'aggrave.
« Submergé d'amertume pour avoir vainement tenté d'obtenir la condamnation de celui qu'il considère comme responsable de son arrestation, allant de dépression en cure de sommeil, sans travail, désespéré, Francis Joly met fin à l’âge de 45 ans à des souffrances qu'il ne peut plus maîtriser » (in Triangles rouges à Auschwitz).
Et, le 6 décembre 1957, à Pléneuf - Val-André, il se tire une balle dans la tempe.
Il avait été homologué "Déporté politique" le 3 mai 1957 (n° 1101 23302).
  • Note 1 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, alors vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 
Sources
  • Témoignages de Maurice Rideau et de René Aondetto, qui a assisté à l'arrivée des "13 de la Sanders" au Dépôt.
  • La fille de Francis Joly, Renée, a rempli le questionnaire biographique en 1989, et fourni des documents poignants : les dernières lettres d'adieu de son père, ses annotations à propos d'une oeuvre qui l'avait bouleversé : Le Mythe de Sisyphe d’Albert Camus.
  • Elle a, elle aussi, tenté d'obtenir des éclaircissements sur les causes de l'arrestation, s'adressant en dernier lieu aux Archives de France.
  • Photo de la section syndicale Sanders, in © "Vivre à Gentilly n° 170, avril 2002.
Biographie rédigée en novembre 2005 par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par l’association « Mémoire vive » et la municipalité de Gennevilliers. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com
Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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