L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


GUILLAUME Eugène, Bertrand


Eugène Guillaume à Auschwitz
Matricule "45642" à Auschwitz 

Eugène Guillaume est né le 3 septembre 1907 à Moullery-Turny (Yonne). Il est domicilié 5 rue de Neuilly à Clichy (ancien département de la Seine/ Hauts-de-Seine) au moment de son arrestation. Il est le fils d'Eugénie Denis et de Fernand Guillaume son époux.

Eugène Guillaume s'est marié à Clichy le 30 juin 1932 avec France, Elianne, Chenais (née le 21 octobre 1914 à Paris 10ème) employée de commerce. Le couple a un garçon, Jean, Lucien, né le 6 juin 1933 à Paris 18ème 
Eugène Guillaume travaille comme employé de commerce. Il est membre du Parti communiste. 
Adhérent du Parti communiste, il est arrêté à son domicile le 14 octobre 1940 le même jour que les frères Mathiaud et René Petitjean. Qualifiés de "meneurs communistes actifs" ils sont inculpés d'infraction au décret du 26 septembre 1939, et sont condamnés à 6 mois de prison (leurs peines seront confirmées en appel le 10 mars 1941). Ils sont écroués à la Santé (le 16) puis à Fresnes le 17 mars 1941. 
Petits sabots sculptés à Aincourt par Eugène Guillaume
A la date d'expiration normale de sa peine d'emprisonnement, et en application du décret du 18 novembre 1939 (1) le préfet de police de Paris, Camille Marchand, fait interner « administrativement » Eugène Guillaume au camp de «Séjour surveillé» d’Aincourt, ouvert spécialement, en octobre 1940, pour y enfermer les communistes arrêtés dans la région parisienne par le gouvernement de Vichy (lire dans le blog Le camp d’Aincourt). 
Montage photo : liste des communistes internés à Aincourt le 18 mars 1941
Il y est interné avec les clichois les frères Mathiaud le 18 mars 1941. Ils y retrouvent un autre communiste clichois, René Petitjean, interné depuis le 16 janvier.
Puis, comme eux, il est transféré au camp de "Séjour surveillé" de Rouillé le 6 septembre 1941.
Début mai 1942, les autorités allemandes adressent au directeur du camp de Rouillé (2) une liste de 187 internés qui doivent être transférés au camp allemand de Compiègne (Frontstallag 122). Le nom d’Eugène Guillaume (n°95) y figure, comme ceux de ses deux camarades clichois, Henri Mathiaud et René Petitjean. C’est avec un groupe d’environ 160 internés (3) qu’il arrive à Compiègne le 22 mai 1942. La plupart d’entre eux seront déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet.
Eugène Guillaume est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne, en vue de sa déportation comme otage. A Compiègne il reçoit le n° matricule "5886".
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
L'entrée du Camp d'Auschwitz
Eugène Guillaume est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Eugène Guillaume immatriculé le 8 juillet 1942
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45642" selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz.
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz (1) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.  Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet ils sont interrogés sur leurs professions. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi). Les autres, dont tous les Juifs, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Selon un témoignage de René Petitjean page 34 de "Témoignages sur Auschwitz", Eugène Guillaume est mort à la suite du supplice de la Schlague (25 coups de baguette métallique assénés par les SS). La date de décès du certificat du camp d'Auschwitz destiné à l'état civil de la municipalité d'Auschwitz est le 13 août 1942 (in Death Books from Auschwitz, Tome 2, page 409).
La mention "Mort en déportation" est apposée sur son acte de décès (arrêté du 6 mai 1994 paru au Journal Officiel du 21 juin 1994). Cet arrêté porte néanmoins une date erronée : décédé le 15 mars 1943 à Auschwitz. Il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte par un nouvel arrêté la date portée sur son certificat de décès de l’état civil de la municipalité d’Auschwitz, accessible depuis 1995 (Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau). Lire dans le blog l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans les «Death books» et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français) Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.
Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué (carte n° 35.480).
  • Note 1 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. Il a été fermé en juin 1944. In site de l’Amicale de Chateaubriant-Voves-Rouillé. 
  • Note 2 : Dix-neuf internés de cette liste de 187 noms ont été soit libérés, soit transférés dans d’autres camps, ou sont hospitalisés. Trois se sont évadés. Cinq d’entre eux ont été fusillés.
Sources
  • Archives municipales de Clichy.
  • Archives du CDJC (XLI-42).
  • Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Archives de Caen du ministère de la Défense).
  • Internés au camp d’Aincourt / Archives de la préfecture de police / BA 2374.
  • Liste du 22 mai 1942, transfert vers Compiègne (Centre de Documentation Juive Contemporaine XLI-42).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Témoignage de René Petitjean, militant communiste, rescapé du convoi, Clichois comme lui.
  • Courriel de son petit-fils, Eric Guillaume (communication du livret de famille d'Eugène Guillaume) / mai 2012.
Biographie rédigée en novembre 2005, complétée en 2017, par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par l’association « Mémoire vive » et la municipalité de Gennevilliers. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com
Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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