L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


GUILBERT Marcel, Emile, Louis dit "Mickey"


Matricule "45640" à Auschwitz


Rescapé


Marcel (MickeyGuilbert  est né à Chartres (Eure-et-Loir) le 5 décembre 1907 rue d'Allonnes. Il habite 10 rue de la Chaussée du pont - Avenue de Lattre (dénomination actuelle) à Boulogne-Billancourt (ancien département de la Seine) au moment de son arrestation. 
Il est le fils d'Irma, Emilienne Durand, 31 ans, épicière et de Jules, Edmond Guilbert, 31 ans, menuisier.
Il épouse Germaine, Maria Deshayes le 2 juin 1932 à Boulogne-Billancourt. Le couple a un enfant.
Mickey Guilbert exerce la profession de tapissier.
Militant communiste et syndicaliste, il est arrêté le 28 avril 1941, à son domicile, par la police française : sa veuve pense qu'il s'agit d'une dénonciation, le réseau auquel il appartenait ayant été démantelé en totalité.
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Emprisonné à la Santé, puis, le premier mai 1941, à Fresnes, il est successivement interné à Poissy puis Fresnes de nouveau (fin juin). Le Préfet ordonne son internement administratif au camp de Voves (Eure et loir) le 17 décembre 1941. 
Il est transféré au camp de "séjour surveillé" de Voves le 16 avril 1942.
Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122), le 10 mai 1942, en vue de sa déportation comme otage.
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Il est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Marcel Guilbert est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 45640. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Il est immatriculé le 8 juillet 1942
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz (1) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.  Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Il est affecté aux Blocks 22 puis 23, et aux Kommandos Sellerie et Construction. Il a presque perdu la vue.  Il est dans le même Block que Gérard Gillot, dont le plus jeune des fils, Hervé, m'a rapporté ce témoignage entendu de son père. « J’ai retrouvé le surnom de la personne qui était au centre des nombreux récits de mon père : Mickey (Marcel Guilbert) qui, peut-être sans s’en rendre compte, a contribué à un énorme mouvement de solidarité au milieu de cette horreur. Par exemple,  je me souviens très bien de mon père me dire "un jour avec Mickey on est passé devant les chiens et là Mickey m’a dit « cours et crie.  Alors j ai fait ce que Mickey m’a dit et là les regards se sont tournés vers moi et pendant ce temps Mickey a pris une gamelle de chien et l’a emporté un peu plus loin ».
Il m’a retrouvé avec d’autres camarade de notre block et là Mickey et mon père ont partagé cette gamelle qui n’était pas un festin, mais qui leur a permis de manger !
Mon père essayait de mettre une pointe d’humour au passage des tragédies pour ne pas trop me choquer, mais il ne pouvait pas dissimuler ses émotions et les scènes d’horreur étaient dans tous ses récits ». 
Il est évacué avec le dernier groupe de 45000. Le soir du 18 janvier 1945, dans la nuit, il fait partie d’une colonne de 2500 détenus évacués d’Auschwitz-I (3 jours à pied dans une de ces terribles "marches de la mort", traversant le Sud de la Silésie jusqu’à Wodislaw. 
Le 22 janvier, les survivants continuent en train, sous la neige, dans dix wagons découverts. Traversant la Tchécoslovaquie, ils sont dirigés sur le camp de Mauthausen, où ils arrivent le 25 janvier. Le 29 janvier Marcel Guilbert arrive à Melk. Le 15 avril il est à nouveau transféré à Ebensee.
Mickey Guilbert en 1972
Il est libéré le 6 mai par les troupes américaines, et est rapatrié le 15 du même mois.
A son retour, il essaie de donner des nouvelles aux familles de déportés qui le sollicitent. Ainsi dans une lettre du 6 novembre 1945, à la veuve de Jean Pomier, de Drancy, il ne peut que dire que s'il a vu son mari à Compiègne, il ne se souviens pas de lui à Auschwitch : il ne peut que lui dire qu'il n'était pas parmi le 128 survivants au Block 11 en s'excusant de ne "plus savoir trouver les mots qu'il faut".
Il habite Viabon (Eure et Loir) à son retour. Son décès survient le 17 janvier 1978 à Viabon. Il aura subi jusqu'au bout les séquelles de sa déportation.
Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué.
Sa veuve a tenu à honorer sa mémoire par une plaque commémorative (1989).

  • Note 1 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, alors vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 

Sources
  • Photographie de 1972 (sa veuve).
  • Marcel Guilbert a enregistré une cassette donnant des témoignages précieux.
  • Questionnaire biographique (contribution à l’histoire de la déportation du convoi du 6 juillet 1942), envoyé aux mairies, associations et familles au début de mes recherches, en 1987, rempli par Madame Germaine Guilbert en 1987.
  • Stéphane Fourmas, Le centre de séjour surveillé de Voves (Eure-et-Loir) janvier 1942 - mai 1944, mémoire de maîtrise, Paris-I (Panthéon-Sorbonne), 1998-1999.
  • Hervé Gillot, mail d'avril 2013
Biographie rédigée en novembre 2005, modifiée en 2017 par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par l’association « Mémoire vive » et la municipalité de Gennevilliers. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com  Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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