L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


GUILBERT Marcel, dit "Mickey"

1972
8 juillet 1942

Matricule 45640 à Auschwitz
Rescapé


Marcel Guilbert (Mickey) est né à Chartres (Eure-et-Loir) le 5 décembre 1907. Il habite 10 Avenue de Lattre (dénomination actuelle) à Boulogne-Billancourt (ancien département de la Seine) au moment de son arrestation. Il est marié, père d’un enfant. Il exerce la profession de tapissier.
Militant communiste et syndicaliste, il est arrêté le 28 avril 1941, à son domicile, par la police française : sa veuve pense qu'il s'agit d'une dénonciation, le réseau auquel il appartenait ayant été démantelé en totalité.
Emprisonné à la Santé, puis, le 1er mai 1941, à Fresnes, il est successivement interné à Poissy, Fresnes de nouveau (fin juin), puis interné au camp de Voves (avril 1942). Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne, le 10 mai 1942, en vue de sa déportation comme otage.
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Il est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Marcel Guilbert est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 45640. 
Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942.
Il est affecté aux Blocks 22 puis 23, et aux Kommandos Sellerie et Construction. Il a presque perdu la vue.  Il est dans le même Block que Gérard Gillot, dont le plus jeune des fils, Hervé, a m'a rapporté ce témoignage entendu de son père. « J’ai retrouvé le surnom de la personne qui était au centre des nombreux récits de mon père : Mickey (Marcel Guilbert) qui, peut-être sans s’en rendre compte, a contribué à un énorme mouvement de solidarité au milieu de cette horreur. Par exemple,  je me souviens très bien de mon père me dire "un jour avec Mickey on est passé devant les chiens et là Mickey m’a dit « cours et crie.  Alors j ai fait ce que Mickey m’a dit et là les regards se sont tournés vers moi et pendant ce temps Mickey a pris une gamelle de chien et l’a emporté un peu plus loin ».
Il m’a retrouvé avec d’autres camarade de notre block et là Mickey et mon père ont partagé cette gamelle qui n’était pas un festin, mais qui leur a permis de manger !
Mon père essayait de mettre une pointe d’humour au passage des tragédies pour ne pas trop me choquer, mais il ne pouvait pas dissimuler ses émotions et les scènes d’horreur étaient dans tous ses récits ». 
Il est évacué avec le dernier groupe de 45000. Le soir du 18 janvier 1945, dans la nuit, il fait partie d’une colonne de 2500 détenus évacués d’Auschwitz-I (3 jours à pied dans une de ces terribles "marches de la mort", traversant le Sud de la Silésie jusqu’à Wodislaw. 
Le 22 janvier, les survivants continuent en train, sous la neige, dans dix wagons découverts. Traversant la Tchécoslovaquie, ils sont dirigés sur le camp de Mauthausen, où ils arrivent le 25 janvier. Le 29 janvier Marcel Guilbert arrive à Melk. Le 15 avril il est à nouveau transféré à Ebensee.
Il est libéré le 6 mai par les troupes américaines, et est rapatrié le 15 du même mois.
A son retour, il essaie de donner des nouvelles aux familles de déportés qui le sollicitent. Ainsi dans une lettre du 6 novembre 1945, à la veuve de Jean Pomier, de Drancy, il ne peut que dire que s'il a vu son mari à Compiègne, il ne se souviens pas de lui à Auschwitch : il ne peut que lui dire qu'il n'était pas parmi le 128 survivants au Block 11 en s'excusant de ne "plus savoir trouver les mots qu'il faut".
Il habite Viabon (28) à son retour. Son décès survient le 17 janvier 1978. Il aura subi jusqu'au bout les séquelles de sa déportation.
Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué.
Sa veuve a tenu à honorer sa mémoire par une plaque commémorative (1989).

Sources
  • Photographie de 1972
  • Marcel Guilbert a enregistré une cassette donnant des témoignages précieux.
  • Questionnaire biographique (contribution à l’histoire de la déportation du convoi du 6 juillet 1942), envoyé aux mairies, associations et familles au début de mes recherches, en 1987, rempli par Madame Guilbert a rempli le questionnaire biographique en 1987.
  • Stéphane Fourmas, Le centre de séjour surveillé de Voves (Eure-et-Loir) janvier 1942 - mai 1944, mémoire de maîtrise, Paris-I (Panthéon-Sorbonne), 1998-1999.
  • Hervé Gillot, mail d'avril 2013
Biographie rédigée en novembre 2005 par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par l’association « Mémoire vive » et la municipalité de Gennevilliers.
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