L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


FROMENT Maurice



Matricule "46237" à Auschwitz

Maurice Froment est né le 4 janvier 1909 à Auboué (Meurthe-et-Moselle) où il réside 
au 66 bis cité du Tunnel, au moment de son arrestation. ­
Il est le fils de Marie Gény, 25 ans, née à Moineville et d’Albert Froment, 36 ans, né à Changy, manœuvre à l’usine d’Auboué, puis mineur, son époux.  Il a six sœurs et deux frères (Rose née en 1902, Léontine, née en 1904, Augustin, né en 1905, Marie née en 1911, Marcelle, née en 1913, René, né en 1922, Albertine , née en 1923, Simone, née en 1926).
Dès octobre 1914 l’armée allemande occupe quasiment toutes les mines lorraines, dont celles d’Auboué. Plusieurs évacuations des habitants (français et italiens) auront lieu en vagues successives (en 1918, il ne reste plus que 35% de la population de 1914). Le 5 décembre 1916, Marie Froment et ses 6 enfants sont évacués sur La Roche-sur-Yon. En 1921, au moment du recensement de population, la famille, avec le chef de famille, est revenue habiter Auboué. Seule la cadette Marcelle n’est pas mentionnée. En 1930, conscrit de la classe 1929, il effectue son service militaire au 94e Régiment d’Infanterie, basé à Bar-le-Duc. 
Le 7 novembre 1936 à Auboué, Maurice Froment épouse Marcelle Piacenti. Ils ont une fille, Gisèle. Il est métallurgiste à l'usine d'Auboué, qui fait partie de la Compagnie Pont-à-Mousson. ("Landwirt", agriculteur, selon l'acte de décès allemand (1). Maurice Froment est membre du Conseil Syndical (Métaux), et sera licencié, le 30 novembre 1938, avec une grande partie du conseil syndical, dont comme Charles Schneider et Valère HenryC'est la vague de répression qui suit l'échec de la grève générale des 29 et 30 novembre 1938 (76 % de grévistes à Auboué, mais seulement 20,6 % de grévistes dans les Métaux, 8 % dans la métallurgie, 20,4 % dans les mines de fer). 
Footballeur, il fait partie de l'US Auboué, affiliée à la FSGT (sur la photo ci-dessous, in page 33 de l'ouvrage d'Alfred Rossolini "Résistance, Engagement d'une cité ouvrière", il est le huitième debout en partant de la droite).  Il a dû être mobilisé à la déclaration de guerre.
l'US Auboué (il est le troisième debout à partir de la gauche).
L'Alsace Moselle est occupée.
« Mario Tinelli, aidé par Maurice Froment, Roger Henry, Joseph Schneider, Pierre Pederzoli et Gino Parentelli, met en place un réseau de résistance communiste, très bien structuré. Affilié au Front National de Lutte pour l'indépendance de la France créé en Meurthe et Moselle en mars 1941, ce réseau obéit à une règle : cloisonnement de groupes constitués de trois personnes dont un responsable ; trois responsables sont placés à leur tour sous les ordres d'un dirigeant qui est en contact avec la direction locale » Alfred Rossolini in "Résistance, engagement d’une cité ouvrière, Auboué 1936-1945" p. 21. Alfred Rossolini. Wotan Ed. Nancy 2016.
"En 1941, les groupes communistes inaugurent une action de résistance, inédite jusqu'ici : la commémoration des grandes fêtes patriotiques nationales, bien sur interdites depuis le début de l'occupation. Les manifestations du 14 juillet 1941 sont les premières du genre. La plus spectaculaire s'est déroulée à Auboué (…). Tous les groupes de trois d'Auboué ont été mobilisés pour organiser cette action durant la nuit du 13 au 14 juillet. Les femmes et les jeunes filles communistes avaient confectionné un drapeau tricolore de 4 mètres sur 4 et une multitude de bandelettes de tissus rouges ou tricolores. Dans la nuit du 13 juillet, un groupe de 3 voltigeurs, protégé par un groupe armé, est allé fixer le drapeau tricolore sur un pylône installé non loin du viaduc traversant Auboué. A cet endroit, il est visible de tous les quartiers de la localité. Pendant ce temps, un autre groupe de voltigeurs, lui aussi protégé, s'est attaché à couvrir les murs de la ville, et même les murs d'enceinte de l'usine, d'inscriptions hostiles à Vichy, à l'Allemagne ou appelant à adhérer la Jeunesse Communiste. Enfin, une partie des groupes de trois composée d'adultes jetaient les bandelettes rouges ou tricolores accrochées à des boulons sur des fils électriques de chaque quartier, pendant que d'autres distribuaient des tracts (…). Au matin, toute la localité était pavoisée L'occupant réagit très tôt le matin du 14 en effaçant toute trace de la manifestation : le drapeau tricolore fut descendu de son pylône par la police française, encadrée pour l'occasion par l'armée allemande et toutes les inscriptions effacées sauf celles « adhérer aux J.C. » faites sur le mur extérieur de l'usine. Le 15 juillet, un certain nombre de militants communistes connus avant guerre furent appréhendés pour interrogatoire par la police française, puis libérés dans la journée faute de preuve. Parmi eux, Maurice Froment, et Charles Mary". In Magrinelli Op. cité p. 234). 
Militant communiste, il participe à des actions de sabotage et de recrutement de militants. Il est ami avec René Favro et Serge Schneider. La résistance communiste, délaissant les incendies de récoltes, impopulaires, effectue (entre 1940 et 1943) plusieurs actes de sabotages à Auboué recensés par la Préfecture : 3 sabotages de voie ferrée, 2 sabotages de lignes téléphoniques et 2 sabotages d’installations industrielles (in Magrinelli, Op. cité, p. 251). Les deux neveux de Valère Henry, membres des jeunesses communistes, "voltigeurs d'Auboué" selon l'appellation de Camille Thouvenin (responsable régional du PC, arrêté le 23 juillet 1941). 
C’est précisément à la suite de l’une d’elles (le 4 février : Lire dans le blog : Meurthe et Moselle Le sabotage du transformateur électrique d'Auboué (février 1942) que  Speidel à l’Etat major du MBF annonce qu’il y aura 20 otages. 
Valère Henry est arrêté par des Feldgendarmen, le 7 février 1942, en même temps que Louis BresolinArsène DautréauxRené FavroMaurice FromentValère HenryCharles MaryJean Pérot, Primo Pasquini (1), Joseph Schneider, Serge Schneider et Emile TunésiSerge Schneider est le fils de Joseph Schneider. Jeune communiste, il raconte leur arrestation : "Le premier jour de mon nouvel emploi (c’est à l’usine d’Homécourt que j’ai pu commencer le 5 février 1942), en rentrant à 17 h 00 deux camarades (Maurice Froment et René Favro) m’interpellent pour m’annoncer qu’il y avait eu sabotage du transformateur à l’usine d’Auboué par un groupe de nos camarades. Nous avons discuté quelques minutes puis rapidement, la maison fut cernée par la gendarmerie française et la police secrète. Ils ont envahi notre café (Joseph Scheider, licencié en 1938 de l'usine d'Auboué a dû prendre la gérance d'un café), personne ne devait bouger, perquisition dans toutes les pièces. Malheureusement ils ont trouvé dans ma chambre un paquet de tracts, un camarade n’était pas venu chercher le paquet deux jours avant. Etant encore à table avec mes deux camarades, nous avons été emmenés tous les trois dans la prison de la gendarmerie d’Auboué, puis le lendemain avons été transférés à la prison de Briey". " Le 7 février un car nous attendait à la porte de la prison de Briey avec 16 camarades, dont mon père qui avaient été arrêté le matin. Une douzaine de « feldgendarmes » nous entouraient pour nous conduire à la prison de Nancy. Mon père fut mis directement au secret, le reste de la troupe a été séparé en deux groupes pour occuper deux cellules. Encore aujourd’hui je me souviens de ce premier repas en prison, le rationnement avait obligé la femme de Maurice à nous cuisiner du chat".   
Maurice Froment soigne Serge Schneider lorsqu'il revient des interrogatoires : « Une semaine après je fus conduit à la kommandantur, interrogatoire musclé, ils voulaient savoir à qui était destiné le paquet de tracts qui avait été trouvé dans ma chambre, je n’ai jamais parlé, mais je revenais dans la cellule le visage en sang. C’est mon camarade Maurice qui m’avait pris sous son aile et me soignait, et cela à plusieurs reprises ». 
L'émotion est grande à Auboué, et plusieurs interventions ont lieu en direction des autorités allemandes (le maréchal Keitel écrit au préfet de Meurthe et Moselle, lui demandant de libérer quelques uns des otages).
Maurice Froment est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand (Frontstalag 122) de Royallieu à Compiègne le 2 mars, en vue de sa déportation comme otage. 
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Maurice Froment est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Il est enregistré à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le matricule "46237" selon les registres du camp. Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a été pas retrouvée parmi les 522 photos que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Il meut à Auschwitz le 2 septembre 1942 selon les registres du camp. Une rue "Maurice Froment" a été inaugurée en 1966 à Radebeul (Saxe, Allemagne) ville jumelée avec Auboué en 1961. 
Son jeune frère, René, né le 29 avril 1922 à Auboué, mineur, a été fusillé le 29 juillet 1942, à la Malpierre. Il est l'un des "voltigeurs d'Auboué" mentionné par les frères Magrinelli dans leur ouvrage.
Le nom de Maurice Froment est gravé sur la stèle en "Hommage aux Francs-tireurs Partisans Français d'Auboué, morts aux camps de déportation d'Auschwitz (Maurice Froment, Valère Henry, Charles Mary, Emile Tunési, René Favro, Joseph Schneider) et Oaranienbourg (Génaro Nanini, Wladislaw Koziol, Dario Mériggiola), située en bas à gauche du monument « Auboué à ses glorieux Fusillés Francs-Tireurs Partisans Français" - Square Jean Moulin près du vieux cimetière. Relevé Bernard Butet.
Chaque année, une cérémonie a lieu en mémoire des 
FTP du groupe Mario, déportés et fusillés à la suite 

du sabotage du transformateur d'Auboué.

Alfred Rossolini, FNDIRP

  • Note 1 : Lors de l'immatriculation, certains détenus ont conseillé aux nouveaux arrivants de se déclarer agriculteurs ou jardiniers, afin d'intégrer un des Kommandos extérieurs, réputés moins pénibles.
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Sources
  • Lettre de Madame Gisèle Do, fille de Charles Schneider à Roger Arnould (1973).
  • "Antifascisme et Parti communiste en Meurthe-et-Moselle, 1929/1945 " (Jean-Claude et Yves Magrinelli). Imprimerie SNIC, Jarville / 1985.
  • Section des Déporté, internés, familles de fusillés d'Auboué (M. Corziani) (mars 1991).
  • Avis de décès (ACVG, avril 1992).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).

Affiche de la conférence du 5 juillet 1997
 salle Pablo Picasso à Homécourt
Auboué : Le Républicain Lorrain 28/ 02 /2002
Notice biographique  rédigée en 1997 (modifiée en  2001, 2016 et 2018),  pour la conférence organisée par la CGT et le PCF de la vallée de l’Orne, à Homécourt le 5 juillet 1997 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteure des ouvrages  : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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