L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


FORGET André Pierre, Émile


André Forget à Auschwitz

Matricule "45551" à Auschwitz

André Forget est né le 4 juillet 1893 à Redon (Ille-et-Vilaine), et habite au 15 rue d’Alger à Nantes (Loire-Inférieure / Loire Atlantique) au moment de son arrestation.
Il est le fils d’Emilie, Julienne, Françoise Bertru, 31 ans sans profession et d’Edouard, Eugène Forget, 43 ans, forgeron, son époux. Ses parents habitent rue des Douves à Redon. Il est l’aîné d’une fratrie de quatre enfants (Henri, né en 1895, René, né en1897 et Geneviève, née en 1900).
Au moment du conseil de révision, il habite Mantes et travaille comme ébéniste. Il y est recensé. En 1938, il est menuisier.
Son registre matricule militaire établi en 1920 indique qu’il mesure 1m 67, a les cheveux noirs, les yeux gris, le front moyen et le visage ovale. Il a un niveau d’instruction « n°3 » pour l’armée (sait lire, écrire et compter, instruction primaire développée).
Conscrit de la classe 1913, André Forget est classé dans la 5ème partie de la liste par la commission de réforme : il est ajourné d’un an. La même commission le déclare « bon pour le service armé » le 6 juillet 1914. Il est incorporé au 28ème régiment d’artillerie de campagne le 5 août 1914 (35ème batterie). Il part « aux armées » (au front) le 17 juin 1915. Son régiment est engagé dans le secteur d’Albert et Bray-sur-Somme. En 1916, campagne de Champagne, Verdun.
Croix de guerre
Le 21 mai 1916, il est cité à l’ordre du régiment (O.j. n° 294) : « Du 23 avril au 11 mai, a comme pointeur ou téléphoniste assuré son service avec le plus grand calme et le plus beau sang-froid. Légèrement blessé par un obus qui a mis son canon hors de service, puis dans son service de téléphoniste, a montré sous le feu l’exemple d’un grand courage ». Il est décoré de la Croix de guerre.
Le 1er avril 1917, André Forget « passe » au 48ème régiment d’artillerie de campagne, 40ème batterie (combats de Maisons-de-Champahne). Le 7 septembre 1917, il est transféré à l’armée d’Orient. Le 5 octobre 1917, il est affecté au 4ème régiment d’artillerie de l’armée d’Orient.
Il rentre en France le 10 février 1919. En 12 avril 1919, il est affecté au 51ème régiment d’artillerie, qui le démobilisé le 22 août 1949, « certificat de bonne conduite accordé ». Il « se retire » à Nantes.
Il épouse Marie, Augustine, Yvonne Cosson le 22 mai 1920 à Nantes. Le couple a un enfant en 1926.
André Forget est un militant communiste et syndical ayant exercé de nombreuses responsabilités.
En 1923, il habite au 1 rue Bonaventure Du Fou à Nantes. 
« Militant très actif, André Forget occupa diverses fonctions dans les organisations syndicales de 1923 à 1940. En 1923, il était déjà responsable du syndicat unitaire du Bâtiment de Nantes. Il devint, en juillet 1924, secrétaire de l’Union locale unitaire et le resta jusqu’à sa démission en janvier 1927. Secrétaire du syndicat unitaire de l’Ameublement en 1928, trésorier de la 15e région unitaire en 1926-1929, trésorier de la Fédération unitaire en 1929, il était aussi, pendant le même temps, un des principaux responsable du Parti communiste de Loire-Inférieure (PCF). Il devint membre de la commission administrative de l’Union départementale de la CGT dès la réunification (1936) et s’imposa, dès lors, au sein du syndicat CGT du Bâtiment dont il devint secrétaire dès 1936. Il fut en même temps membre du conseil intersyndical du Bâtiment puis, très vite, secrétaire de l’intersyndicale de Nantes du Bâtiment et secrétaire régional permanent (Loire-Inférieure et Morbihan) du syndicat confédéré des ouvriers du Bâtiment. Il le resta jusqu’à la guerre » (Le Maitron). 
Il épouse en deuxième noces Joséphine, Armandine Damaud, à Nantes le 4 septembre 1937. Le couple vient habiter au 15 rue d’Alger à Nantes. 
André Forget est élu Conseiller prud'homme (2ème catégorie de la section industrie) jusqu'au 13 février 1940, date à laquelle il est déchu en application de la loi de déchéance du 21 janvier 1940 qui vise les élus communistes (1).
On sait qu'il est père d'un garçon, René.
Il est arrêté par les Allemands le 22 ou le 23 juin 1941 à son travail, chez M. Joseph Duthin, menuisier (2) au 3 rue du Trépied, en même temps que Joseph Duthin et Jules Lambert (3) avec lesquels il travaillait. Il est torturé. Son arrestation a lieu dans le cadre de la grande rafle commencée le 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique. Sous le nom «d’Aktion Theoderich», les Allemands arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française.
D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy, ils sont envoyés à partir du 27 juin au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui ce jour là devient un camp de détention des “ennemis actifs du Reich”. Les nantais, d'abord incarcérés à la prison du Champ de Mars sont transférés à Compiègne, le 13 juillet 1941.
Liste des 17 otages nantais "fusillables". Tischler = charpentier

André Forget y reçoit le matricule "1255".
Il devient un otage "fusillable" le 20 avril 1942 : son nom est inscrit sur une des 2 listes de 36 et 20 otages envoyés par les services des districts militaires d’Angers et Dijon au Militärbefehlshaber in Frankreich (MbF), après l’attentat contre le train militaire 906 à Caen et suite au télégramme du MBF daté du 18/04/1942. Le Lieutenant-Général à Angers suggère de fusiller les otages dans l’ordre indiqué (extraits XLV-33 / C.D.J.C). Les noms de cinq militants d’autres départements, qui seront déportés à Auschwitz, figurent également sur ces 2 listes (André Flageollet, Jacques Hirtz, Alain Le Lay, René Pailolle, André Seigneur).
17 militants de Loire-Inférieure internés à Compiègne sont ainsi déclarés otages «fusillables ». 10 d’entre eux seront déportés à Auschwitz : Alphonse Braud, Eugène Charles, Victor Dieulesaint, Paul Filoleau, André Forget, Louis JouvinAndré Lermite, Antoine Molinié, Gustave Raballand, et Jean Raynaud. Les sept autres internés déjà à Compiègne sont Maurice Briand (déporté à Sachsenhausen / décédé en 1943), Roger Gaborit (déporté à Buchenwald / rescapé), Jules Lambert (déporté par le convoi du 24 janvier 1944), François Lens (déporté à Sachsenhausen / décédé lors de l’évacuation en 1945), Jean-Baptiste Nau (déporté à Buchenwald où il décède), Raoul Roussel (mutilé de guerre). L’Abwehr-Angers confirme cette liste, dans un courrier du 19 mars 1942 (n° 6021/42 II C3). 
Depuis le camp de Compiègne, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Il est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Le 8 juillet 1942, immatriculation  à Auschwitz
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45551".
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz (4) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
André Forget meurt à Auschwitz, le 18 novembre 1942 selon les registres du camp.
Il est homologué "Déporté politique" et déclaré "Mort pour la France".
André Forget a été homologué au titre de la Résistance intérieure française (RIF) comme appartenant à l’un des mouvements de Résistance dont les services justifient une pension militaire pour ses ayant-droit.
  •  Note 1 : La loi de déchéance du 21 janvier 1940 stipule dans son article 1 « Tout membre d'une assemblée élective qui faisait partie de la Section Française de l'Internationale Communiste, visée par le décret du 26 septembre 1939, portant dissolution des organisations communistes, est déchu de plein droit de son mandat, du jour de la publication de la présente loi, s'il n'a pas, soit par une démission, soit par une déclaration, rendue publique à la date du 26 octobre 1939, répudié catégoriquement toute adhésion au Parti Communiste et toute participation aux activités interdites par le décret susvisé ». 
  • Note 2 : Joseph Duthin est né le 8 décembre 1894 à Ancenis. Menuisier, il est domicilié au 5 rue d’Avours à Nantes au moment de son arrestation. Il reçoit le matricule « 1257 » à Compiègne. Otage « fusillable » comme André Forget. Il est décédé à Nantes le 8 octobre 1960.
  • Note 3 : Jules Lambert, est né le 13 novembre 1884 à Rézé. Il est domicilié au 3 place Marc Elder à Nantes au moment de son arrestation. Il reçoit le matricule « 1256 » à Compiègne. Otage « fusillable » comme André Forget, il est déporté à Sachsenhausen le 24 janvier 1943 (matricule 58.847), il meurt à Buchenwald le 19 avril 1945, avant le rapatriement. 
  • Note 4 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis par Kazimierz Smolen (ancien détenu dans les bureaux du camp d'Auschwitz, puis directeur du Musée d’Auschwitz) à André Montagne, alors vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 
Sources
  • Témoignages de Eugène Charles, et Gustave Raballand, rescapés nantais.
  • BNF Gallica pour l'histoire des régiments d'artillerie. 
  • © Etat civil et Registres matricules militaires d’Ille et Vilaine et Registres matricules militaires de Loire Atlantique.
  • Le Maitron, dictionnaire biographique du mouvement ouvrier/mouvement social,  tome 28, page 128, notice informatique Claude Geslin.
  • Liste des 17 otages nantais (transmise par M. Louis Oury) LA 3840 et LA 301
Biographie réalisée en avril 2002, complétée en 2009 (puis 2018), pour l’exposition de l’AFMD de Nantes, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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