L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


DIEULESAINT Victor


Victor Dieulesaint est né au domicile de ses parents le 6 août 1895 route de Paris à Nantes, 2ème canton (Loire-Inférieure / Loire-Atlantique) où il habite, 52 rue des Chambelles au moment de son arrestation.
Il habite, 52 rue des Chambelles à Nantes au moment de son arrestation.
Il est le fils d’Alexandrine, Louise, Marie, Vallée, 19 ans, blanchisseuse et de Victor, Louis, Marie, Dieulesaint, 28 ans, couvreur, son époux.
Lors du conseil de révision, Victor Dieulesaint habite à Nantes, avec sa mère (son père est décédé). Il y travaille comme couvreur zingueur. 
La "Manu"
Très tôt, vers 1919 il sera embauché manutentionnaire à la "Manu" (Manufacture des tabacs).
Victor Dieulesaint épouse Henriette, Marie, Françoise Delayle 15 mai 1914 à Nantes.
Le couple aura deux enfants.
Son registre matricule militaire indique qu’il mesure 1m 58, a les cheveux bruns, les yeux gris, le front et le nez moyens et le visage ovale. Il a un niveau d’instruction « n°3 » pour l’armée (sait lire, écrire et compter, instruction primaire développée).
Conscrit de la classe 1915, mais soutien de famille, il est recensé avec la classe 1917 et déclaré « bon pour le service armé). Il est toutefois mobilisé par anticipation le 8 septembre 1915 en application du décret de mobilisation générale. Il est incorporé au 64ème régiment d’infanterie. En 1916, il est évacué du front pour maladie.
Lors de la bataille de la Somme, dans les ruines du village d’Estrées et ce qui fut le bois de Déniécourt, il est grièvement blessé par 2 éclats d’obus différents le 3 septembre 1916 (plaie dans la région pariétale occipitale). Deux fois trépané, il est hospitalisé jusqu’au 12 février 1917. Le 17 février, il est alors classé « service auxiliaire » par la commission de réforme d’Ancenis (Loire-Inférieure). Le 29 mars 1917, il « passe » au 65ème régiment d’infanterie : la commission de réforme de Nantes du 24 mai le maintient « service auxiliaire ». Le 7 mai 1918, il est proposé pour une réforme temporaire n° 1 « avec gratification » pour « double perte de substance osseuse crâne). Le 6 novembre 1918 il est officiellement « réformé temporaire n° 1 » et il habite alors au 15 rue de Coulmiers à Nantes, tout proche de la Manufacture des tabacs, où il va travailler comme manutentionnaire (au n° 15 existe toujours un « bistro de la Manu »).
Cité à l’ordre du jour du corps d’armée le 26 mai 1920, il reçoit la croix de guerre avec palme : « Bon soldat, dévoué et courageux. A été blessé très grièvement en se portant à l’attaque le 3 septembre 1916 à Estrée ».
En 1926, le couple s’est installé Chemin des Chambelles (aujourd’hui rue des Chambelles). 
Victor Dieulesaint adhère à la CGT et Parti communiste, où son frère, cheminot, est un militant très actif. 
La commission de réforme de janvier 1930 lui accorde une pension de 70% (addition des différentes imputations) et reconnait souffrir du syndrôme subjectif des trépanés (crises nerveuses à base d’énervement).
Un décret du 31 février 1932 lui octroie la médaille militaire avec traitement.
La commission de réforme de Nantes le reconnait « Réformé Définitif n° 1 à 75 % » en novembre 1937 et  le 19 septembre 1940.
Victor Dieulesaint est arrêté le 22 ou le 23 juin 1941, à son travail, à la Manufacture des Tabacs, par les Allemands (qui lui demandent s'il a travaillé à la SNCF, le confondant avec son frère). 
Cette arrestation a lieu dans le cadre de la grande rafle commencée le 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique. Sous le nom « d’Aktion Theoderich», les Allemands arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy, ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui ce jour là devient un camp de détention des “ennemis actifs du Reich”.
D'abord incarcéré à la prison du Champ de Mars de Nantes, il est transféré à Compiègne le 13 juillet 1941.
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages
Il est déporté comme otage communiste à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
A Auschwitz, il travaille sur les chantiers. Mais son numéro d’immatriculation n’est pas connu. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Victor Dieulesaint meurt le 3 octobre 1942 d’après les registres du camp. Le titre de "Déporté politique" lui a été attribué.

Sources

  • Témoignages de Gustave Raballand et d'Eugène Charles.
  • Questionnaire rempli par sa belle-fille, Mme Veuve Jeanne Dieulesaint, le 19 novembre 1990 et conversation téléphonique avec Claudine Cardon-Hamet en novembre 1990.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Etat civil et Registres matricules militaires de Loire-Atlantique.
Biographie réalisée en avril 2002 (complétée en 2009 et 2015) pour l’exposition de l’AFMD de Nantes, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005.  Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com  Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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