L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


CASTILLE Bernard


Bernard Castille est né le 9 mars 1922 à Barbaste (Lot-et- Garonne). Il est domicilié 90 rue Pierre Joigneaux à Bois-Colombes (ancien département de la Seine / Hauts-de-Seine) au moment de son arrestation.
Il  est le fils de Germaine Bouchon (ou Bouchou), 22 ans et de Maurice Castille, 26 ans son époux.

Fiche des sommiers en date du 7 avril 1942
Employé de bureau, Bernard Castille est vraisemblablement adhérent de la Jeunesse communiste (une fiche à son nom existe aux sommiers de la BS1 en date du 8 avril 1942). 
Il est arrêté au domicile de ses parents à Bois-Colombes le 28 avril 1942. 
Interrogatoire par la Brigade spéciale des RG
Il est interrogé par des inspecteurs de la Brigade spéciale des Renseignements généraux, qui ont trouvé un dépôt de papier dans la cave de leur domicile lors de la perquisition qu’ils ont opéré à la suite de filatures concernant l’ami communiste (le sieur Lagarrigue) de sa sœur aînée Madeleine Castille (née le 12 janvier 1920). Lire dans le blog La Brigade Spéciale des Renseignements généraux.
Bernard Castille reconnaît que cet ami lui avait été présenté l’année précédente et avait été hébergé un certain temps à leur domicile, mais que sa sœur et lui n’y venait plus depuis qu’ils vivaient en concubinage. Bernard Castille nie par ailleurs toute activité politique et affirme que sa sœur ne lui a jamais dit que son ami était communiste. 
PV concernant Raoul Bey, Madeleine et Pierre Castille
Les inspecteurs de la BS finiront par découvrir que Madeleine Castille (qu'ils prénomment Blanche), militante communiste, vit avec Raoul Bey, alias Jean Lagarrigue « ancien militant communiste, ex-combattant des Brigades internationales, condamné en 1940 par le tribunal d’Aix-en-Provence pour activité communiste, réfugié sous l’état civil illégal de Lagarrigue ». Libéré en raison de son état de santé, Raoul Bey il se réfugie dans l’illégalité  à Paris. Il est condamné par contumace à 7 ans de travaux de travaux forcés par le tribunal de Marseille. Dans sa notice biographique publiée par le Maitron on lit « Les policiers perquisitionnèrent le domicile des parents de Madeleine Castille à Bois-Colombes, ils saisissaient deux mille feuilles de papier blanc, et un foulard sur lequel était imprimé la faucille et le marteau. Interrogé dans les locaux des Brigades spéciales sur la provenance du papier, il affirma l’avoir reçu d’un inconnu dans un café et l’avoir déposé à l’insu de la famille Castille dans leur cave, seul Pierre âgé de dix-sept ans en était informé. Les policiers malgré l’état de faiblesse de Raoul Bey ne le ménagèrent pas lors de l’interrogatoire. Il assuma son action « Je n’ignorais pas que ce papier blanc était destiné à la propagande communiste ». Raoul Bey fut déporté en février 1944 à Mauthausen où il mourut. Madeleine Castille fut déportée en mai 1944 à Ravensbrück, d’où elle fut libérée en mai 1945.
Si l'arrestation de Bernard Castille le 28 avril 1942 fait manifestement suite à une enquête de la Brigade spéciale des RG, elle coïncide également avec la vague d'arrestations opérées en représailles d’une série d’attentats à Paris (le 20 avril un soldat de première classe est abattu au métro Molitor, deux soldats dans un autobus parisien, le 22 avril un militaire est blessé à Malakoff). Bernard Castille fait partie des 387 militants arrêtés ce 28 avril 1942. 
Lire dans le blog La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942). Suivant cette politique des otages, les autorités d’occupation ordonnent l’exécution d’otages déjà internés et arrêtent 387 militants, dont la plupart avaient déjà été arrêtés une première fois par la police française pour « activité communiste » depuis l’armistice et libérés à l’expiration de leur peine. 
Bernanrd Castille est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu (Frontstalag 122) à Compiègne, le même jour, en vue de sa déportation comme otage.  Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Bernard Castille est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Le 8 juillet 1942, il est immatriculé à Auschwitz. Le numéro "45341" figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible (ordre alphabétique et âge du déporté), ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules.  Ce numéro ne figure plus dans mon ouvrage Triangles rouges à Auschwitz. Il ne saurait être validé que si un membre de sa famille ou connaissance identifie le visage ci-dessus auquel correspond ce numéro matricule.
Bernard Castille meurt à Auschwitz le 18 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz et destiné à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 159).
Deux rescapés du convoi Raymond Saint-Lary et Lucien Matte ont témoigné de sa mort à Auschwitz.

Sources

  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national, Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen. 1993.
  • Archives de la Préfecture de police de Paris. Renseignements généraux (BS1).
  • Le Maitron, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom édition 1997. Edition informatique 2017, notice Daniel Grason.
Biographie rédigée en novembre 2005  (complétée en 2017) par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par l’association « Mémoire vive » et la municipalité de Gennevilliers. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com / Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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