L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


BOUCHACOURT Emile, Charles

En 1992 à Nanterre,
avec Fernand Devaux


Le 8 juillet 1942 à Auschwitz




Matricule "45277" à Auschwitz

Rescapé

Emile Bouchacourt ("Mimile") est né le 22 décembre 1910 à Paris (III°), il habite en 1940 au 19 avenue Jean Jaurès à Suresnes (ancien département de la Seine) au moment de son arrestation.
Il s'est marié avec Paulette 26 octobre 1935 à Suresnes. Le couple a deux enfants, une fille et un garçon (Christiane et Serge). Emile Bouchacourt travaille comme outilleur P3 aux Etablissements Lavalette-Bosch, au 138 Avenue Michelet, à Saint-Ouen (93).
Adhérent au Secours rouge, il est militant CGT, membre du Parti communiste.
Il est arrêté à son travail à St-Ouen, le 2 octobre 1940, par des policiers français du commissariat de Puteaux, à la suite d'une distribution de tracts anti-allemands sur le marché des Cités-Jardins de Suresnes, le 25 août 1940.

Cette arrestation est consignée dans le registre journalier de la Brigade spéciale des Renseignements généraux (lire dans le blog La Brigade Spéciale des Renseignements généraux), à la date du 9 octobre 1940 : 7 militants ont été arrêtés sous la responsabilité de l’inspecter « H » de la BS, en collaboration avec le commissariat de Puteaux. Parmi eux, Emile Bouchacourt, René Jodon, Raoul Platiau, André Aubert (déporté à Buchenwald en 1944)
Il est conduit au commissariat de Puteaux avec ses camarades Raoul Platiau, René Jodon (qui seront tous deux déportés à Auschwitz où ils décéderont en septembre et novembre 1942) et Paul Coupin (qui sera interné à Rouillé).
Il est interné à la Santé le 5 octobre (d’après la Préfecture de Police de Paris).
Il est condamné à 6 mois de prison par la 12ème chambre correctionnelle le 14 janvier 1941. Il fait appel de la condamnation. 
R.G. Le 11 avril 1941. Montage à partir du début de la liste© Pierre Cardon
Le 11 avril 1941 les Renseignements généraux, adressent pour information aux services du nouveau Préfet de police de Paris - Camille Marchand - entré en fonction le 19 février 1941, une liste de 58 « individus » internés administrativement pour propagande communiste par arrêtés du Préfet de Police Roger Langeron, qui a cessé ses fonctions le 24 janvier 1941. 38 d’entre eux ont été condamnés pour infraction au décret du 26 septembre 1939 (reconstitution de ligue dissoute / dissolution du Parti communiste). Les RG mentionnent pour Emile Bouchacourt, outre ses dates et lieu de naissance : « Arrêté le 5 octobre 1940 pour détention et distribution de tracts et condamné le 14 janvier 1941 à 6 mois de prison ». Lire dans le blog : le rôle de La Brigade Spéciale des Renseignements généraux dans la répression des activités communistes clandestines.
Le 28 mars 1941, à la date d'expiration normale de sa peine d'emprisonnement, le préfet de police de Paris, Camille Marchand, le fait interner à Clairvaux (lire dans le blog La Maison centrale de Clairvaux) en application du décret du 18 novembre 1939.
Puis il transféré en septembre 1941 au camp de Gaillon. Le 18 février 1942, le nom d’Emile Bouchacourt (ainsi que ceux des deux autres suresnois, Raoul Platiau et René Jodon) figure sur une liste de militants dont l’évasion « même par la force », serait préparée par la direction nationale du Parti (2).
Le 4 mai 1942, Emile Bouchacourt est transféré avec ses deux camarades suresnois  au camp français de Voves, où il ne reste que deux semaines. Dans un courrier en date du 18 mai 1942, le chef de la Verwaltungsgruppe de la Feldkommandantur d’Orléans écrit au Préfet de Chartres Le chef du M.P.Verw.Bez. A de St Germain a ordonné le transfert de 28 communistes du camp de Voves au camp d’internement de Compiègne. Je vous prie de faire conduire suffisamment escortés les détenus nommés sur les formulaires ci-contre le 20-05-42 à 10 heures à la gare de Voves pour les remettre à la gendarmerie allemande.
­Le bruit court dans le camp qu’il va y avoir des fusillés : aussi, le 20 mai 1942, lorsque des gendarmes viennent le chercher avec les 27 autres internés pour les transférer au Frontstallag 122 de Royallieu à Compiègne, ils chantent la Marseillaise. Dix-neuf d’entre eux seront déportés à Auschwitz.
Emile Bouchacourt arrive avec ses camarades, Raoul Platiau et René Jodon, à Compiègne le 21 mai 1942.
Menu de Noël 1941 à Compiègne
A Compiègne, il est affecté au bâtiment A2, chambre 8. Plusieurs internés de cette chambrée seront déportés à Auschwitz avec lui. Sur le "menu" de Noël 1941 d’Albert Vallet, repas fraternel organisé avec les pauvres colis reçus, on reconnait les noms ou signatures d'Emile Billoquet, Jean Binard, Emile Bouchacourt (parmi les "invités"), Marcel Le Dret, tous déportés dans le convoi du 6 juillet 1942. Ursin Scheid est fusillé le 10 mai 1942 à Compiègne. 

Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Emile Bouchacourt est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Le 8 juillet 1942
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45277".
A Auschwitz, on l'affecte successivement aux Blocks 16A, 5, 5A et 6. Il travaille aux kommandos Maçonnerie et Garage.A la mi-août 1943, il est affecté au Block 11 avec la plupart des 45 000 rescapés. Lire l'article du blog "les 45000 au block 11. A la fin de cette «quarantaine» il est affecté au kommando atelier garage.
Le 21 janvier 1945, il fait partie du groupe transféré à pied à Mauthausen (marche de la mort pendant une 1 semaine). Il y reçoit le matricule 119 582.
Le 28 février, Il est évacué avec Clément Pellerin à Gusen 2, puis à Gusen 1, et transféré de nouveau à Mauthausen, où il entre au Revier.
C'est là que, le 5 mai 1945, il est libéré par les soldats de la 3° armée américaine. Mais, très éprouvé, il ne sera rapatrié qu'après un long séjour à l'hôpital de Mainau, près du Lac de Constance, le 17 juillet. Lire dans le blog , "les itinéraires suivis par les survivants".
Homologué Déporté politique, Emile Bouchacourt fut le secrétaire de la Section FNDIRP de Suresnes (il était domicilié 5 rue Avenue Léon Bourgeois), et le porte-drapeau départemental de l'Association en 1967. Il a témoigné à plusieurs reprises sur les circonstances de la mort de ses camarades à Auschwitz. Il a revu à  plusieurs reprises Georges Gaudray à Pézenas.
Jusqu'au bout, il a participé aux différentes commémorations, notamment celle du 5 juillet 1992 pour le 50ème anniversaire du départ de leur convoi.
Le cinquantième anniversaire du départ du convoi
Photo ci-contre, les rescapés présents à la cérémonie de Compiègne, en présence de Marie Claude Vaillant-Couturier.
Les 50 ans de mariage
Les 50 ans de mariage de Paulette et Mimile
Ci-contre coupure de presse pour les 50 ans de mariage de Paulette et Mimile à Suresnes. Ils eurent la joie d'y avoir la présence de Marcelle et Paul Herzog-Cachin (Document Robert Riquois).
Emile Bouchacourt est mort le 24 septembre 2003.

Témoignage d’Emile Bouchacourt sur son départ du camp de Royalieu le 6 juillet 1942 et l'arrivée à Auschwitz le 8 juillet«Vers 3 ou 4 heures du matin, environ 1200 d’entre nous (ce sont les chiffres que j’ai entendu), sont rassemblés. Sur le parcours jusqu’à la gare peu de gens. Des ordres avaient été donnés de tenir les volets fermés. Arrivés à la gare, premier contact brutaux avec les SS : coups de crosses, coups de pieds et j’en passe, pour nous faire monter en wagons à bestiaux. Nous sommes au moins à 60 ou 70 hommes par wagon. Lucarnes fermées et barbelées. Un récipient par wagon pour faire nos besoins. Sur le parcours, défense de nous donner à boire et à manger. Nous sommes arrivés à Auschwitz le 8 juillet. Vers 12 heures : et là a vraiment commencé notre calvaire. Fouille, vol de nos affaires, coups de schlague. Baignoire au chlore. Après une nuit enfermés dans un bloc toutes fenêtres fermées. Départ le lendemain pour le camp de Birkenau. Là, immatriculation».

Sources
  • Emile Bouchacourt, (14 avril 1978). ­Il a rempli en 1987, pour la FNDIRP, le questionnaire biographique de Roger Arnould.
  • Témoignage de Robert Riquois, secrétaire départemental de la FSU (2005), dont la maman, France, travaillait dans la même usine que Paulette Bouchacourt : «Emile a été évidemment très marqué par les épreuves et ne pouvait pas parler de cette période sans pleurer et on évitait d'aborder le sujet».
  • Courriel de sa petite fille Evelyne Doucet (11 novembre 2011).
  • Emile et Paulette, photo couleur prise par Pauline Montagne lors d'une rencontre des "45000".
  • © Menu d’Albert Vallet : courriel de son arrière petit-fils, Didier Rivière (19/12/2012).
Emile et Paulette. Photo Pauline Montagne
Biographie rédigée en novembre 2005 (complétée en 2011 et juin 2016) par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par l’association « Mémoire vive » et la municipalité de Gennevilliers. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.comPensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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