L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


BERTRAND Raoul

Raoul Bertrand, Photo © Gilberte Bertrand

Raoul Bertrand dit "Carotte" à cause de la couleur de ses cheveux est né le 11 mai 1905 à Billancourt (ancien département de la Seine / Hauts-de-Seine) au domicile de ses parents, 19 chaussée du Pont. 
Il est le fils d’Ernestine, Berthe Lebocq, et de Raoul, Louis, Bertand, 26 ans, son époux. Tous sont deux marchands de vin
Raoul Bertrand habite au 7 boulevard de Valmy à Colombes (ancien département de la Seine) au moment de son arrestation. 
Le 26 novembre 1927, Raoul Bertand épouse Gilberte Tremblay à la mairie de Bougival (Seine-et-Oise / Yvelines). Cuisinière, elle est née le 3 juillet 1908 à Bougival (elle décédera à Valence à l'âge de 80 ans). 
Le couple a une fille. 
Raoul Bertrand est ajusteur-outilleur à l'usine d'avions Amiot de Colombes, où il est délégué du personnel (et un des responsable à l’Union locale CGT de 1936 à 1938). 
Militant communiste, il est responsable du journal local "La Voix Populaire". Selon le témoignage de "Mickey" Guilbert, il aurait été conseiller municipal à Colombes (information non confirmée par les services municipaux : il n'est pas inscrit sur les listes électorales de 1936 et 1939).
Raoul Bertrand est "affecté spécial" pour la réserve de l'armée en raison de sa profession chez Amiot au moment de la mobilisation, mais cette "affectation spéciale" lui est retirée, comme elle l'a été pour la plupart des "affectés spéciaux" communistes et/ou syndicaliste, et il est envoyé au front jusqu'à l'armistice. 
Jusqu'en octobre 1940, il trouve du travail dans une petite usine, passage Plantin, rue des Couronnes à Paris 20ème.
Il subit une première arrestation, pour une semaine, en octobre 1940, pendant laquelle il est incarcéré à Puteaux.
Le 15 février 1941, il est de nouveau arrêté, interné à la Santé, d'où il sort le 23 mai 1941. 

Il tente alors d'échapper à la surveillance de la police en se rendant dans les environs de Cherbourg. Mais comme il est impossible à son épouse de trouver du travail "pour faire vivre notre fille" écrit-elle, il doit revenir à Colombes en août 1941. 
Pour la troisième fois il est arrêté, le 16 septembre 1941 par la Brigade spéciale des Renseignements généraux, interné à la Santé le 21 septembre 41 et remis à la Préfecture le 7 février 1942. 
Registre journalier de la Brigade spéciale des RG
A la suite de l’arrestation le 13 septembre 1941 d’une militante communiste, Marie D., les services de la Brigade Spéciale ont découvert lors de la perquisition à son domicile « une liste de militants communistes qui tenaient habituellement réunion dans un local (aujourd’hui détruit), au 12 bis rue de la Goutte d’or (Paris 18ème). » Parmi 13 noms ceux de Raoul Bertrand, Maurice Coulin et René Espargillière, qui arrêtés, seront comme lui déportés à Auschwitz. D’autres militants également seront également déportés dans d’autres camps : Sylvain Toulza, Gaston petit, Martin, Turpin, Bertrand, Petit Gaston et Marcel.
Le camp de Voves (AMREL)
Il est interné administrativement (sans condamnation) au Camp de séjour surveillé de Voves (Eure-et-Loir) ouvert le 5 janvier 1942. 
Dans deux courriers en date des 6 et 9 mai 1942, le chef de la Verwaltungsgruppe de la Feldkommandantur d’Orléans envoie au Préfet de Chartres deux listes d’internés communistes du camp de Voves à transférer au camp d’internement de Compiègne à la demande du Militärbefehlshabers Frankreich, le MBF, commandement militaire en France.
Raoul Bertrand figure sur la première liste de 81 noms qui vont être transférés le 10 mai 1942 à Compiègne.
Le directeur du camp a fait supprimer toutes les permissions de visite « afin d’éviter que les familles assistent au prélèvement des 81 communistes pris en charge par l’armée d’occupation ».  La prise en charge par les gendarmes allemands s’est effectuée le 10 mai 1942 à 10 h 30 à la gare de Voves. Il poursuit « Cette ponction a produit chez les internés présents un gros effet moral, ces derniers ne cachent pas que tôt ou tard ce sera leur tour. Toutefois il est à remarquer qu’ils conservent une énergie et une conviction extraordinaire en ce sens que demain la victoire sera pour eux ». Il indique également « ceux qui restèrent se mirent à chanter la «Marseillaise» et la reprirent à trois reprises ».
Sur les deux listes d’un total de cent neuf internés, arrivés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) les 10 et 22 juin 1942, 87 d’entre eux seront déportés à Auschwitz. 
Depuis le camp allemand de Royallieu (Frontstalag 122) à Compiègne, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Raoul Bertrand est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a été pas retrouvée parmi les 522 photos que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. Le numéro  « 45.234 » figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible (ordre alphabétique et âge du déporté), ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules.  Ce numéro ne figure plus dans mon ouvrage Triangles rouges à Auschwitz.
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Raoul Bertrand meurt à Auschwitz le 21 octobre 1942 d’après les registres du camp.
Le titre de « déporté politique » lui a été attribué (N° 110 122 677).
Il a été déclaré "Mort pour la France".


Sources
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil du camp Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen.
  • Lettres de sa veuve à Roger Arnould (11 et 18 janvier 1972) et une photo.
  • Témoignages de Jean Guilbert et de Georges Brumm.
  • Lettre de Robert Guérineau, ancien résistant (24 février 1991).
  • Archives municipales : acte de disparition établi le 17 juin 1946.
  • Archives de la Préfecture de police de Paris, dossiers Brigade spéciale des Renseignements généraux, registres journaliers.
Biographie rédigée en novembre 2005 (complétée en 2017) par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par l’association « Mémoire vive » et la municipalité de Gennevilliers. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
*Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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