L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


BATAILLE Roger, Alphonse



Matricule 45204 à Auschwitz
Rescapé

Roger Bataille est né à Saint-Malo ( Ille-et-Vilaine) le 16 février 1906 (1). 
Il habite au 50 rue Georges Sorel à Boulogne-Billancourt (Seine / Hauts de Seine) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Rose Lelardoux et d'Alphonse Bataille son époux.
Il travaille aux Usines Renault comme mécanicien-chaudronnier. 

Extrait de la liste de renseignements concernant les internés adressée par la Sûreté  au directeur de Clairvaux 
On sait par sa fiche de renseignements de la Sureté à Clairvaux, qu'il est un "communiste notoire, meneur très actif. Avait été licencié des usines Renault lors de la grève de 1938"
Il est arrêté comme communiste et
enfermé à la caserne des Tourelles jusqu'à son  transfert le 20 janvier 1941 à maison centrale de Clairvaux, puis le 25 septembre 1941 au camp de séjour surveillé de Rouillé.
Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne, le 22 mai 1942, en vue de sa déportation comme otage. 
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation

Il est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.

Roger Bataille est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 45204. 

Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. Ce matricule sera tatoué sur son avant-bras gauche quelques mois plus tard. Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. 
Le 13 juillet : Nous sommes interrogés sur nos professions. Les spécialistes dont ils ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et s'en retournent à Auschwitz I, ils sont approximativement la moitié de ceux qui restaient de notre convoi (...). Pierre Monjault.
Chaudronnier de métier, Roger Bataille est affecté au Block 15 A, au camp principal Auschwitz 1.

En application d’une directive de la Gestapo datée du 21 juin 1943 accordant aux détenus des KL en provenance d’Europe occidentale la possibilité de correspondre avec leur famille et de recevoir des colis renfermant des vivres, Roger Bataille, comme les autres détenus politiques français d’Auschwitz, reçoit en juillet 1943 l’autorisation d’échanger des lettres avec sa famille - rédigées en allemand et soumises à la censure - et de recevoir des colis contenant des aliments. Ce droit leur est signifié le 4 juillet 1943. Entre le 14 août 1943 et le 12 décembre 1943, il est en quarantaine au Block 11 avec la quasi totalité des Français survivants. Lire l'article du blog "les 45000 au block 11.  Le 12 décembre, les Français quittent le Block 11 et retournent dans leurs anciens Kommandos.
Le 3 août 1944, il est à nouveau placé en “quarantaine”, au Block 10, avec les trois quarts des “45000” d’Auschwitz pour être transférés vers d’autres camps (ce qu’ils ignorent). Un groupe de 31 est transféré le 28 août pour Flossenbourg, un autre groupe de 30 pour Sachsenhausen le 29 août 1944. Un troisième groupe de 30 quitte Auschwitz pour Gross-Rosen le 7 septembre.


Liste rédigée par Georges Beckman
Le 7 septembre 1944, il est transféré à Gross-Rosen avec 29 autres « 45000 ». Il y est enregistré sous le matricule « 40 971 ». Après leur quarantaine, les "45 000" sont répartis dans divers kommandos dont une dizaine sont affectés aux usines Siemens. Le 9 février 1945, le camp de Gross-Rosen est évacué sur plusieurs camps : entre le 9 et le 11 février 1945, dix-huit "45 000" sont transférés à Hersbrück où ils sont enregistrés : Roger Bataille y reçoit le matricule « 84 303 ».

Le 8 avril 1945, les dix-sept «45 000» restants (René Bordy est décédé à l’infirmerie) partent à pied de Hersbrück pour Dachau, où ils arrivent, le 24 avril 1945. Il est affecté au Block 15.
Ils sont libérés le 29 avril 1945 par les troupes américaines. Il est rapatrié le 30 mai 1945 par le Centre N°16.
Il a été homologué "Déporté politique". Roger Bataille est décédé au Centre René Huguenin à Ecquevilly (Yvelines) le 20 décembre 1973.

note 1 : le 16 février 1906 est la date de naissance figurant sur l'acte de décès établi à partir des minutes des actes de la mairie d'Ecquevilly. La date du 16 mars 1906 figurant sur la liste de renseignements des internés adressée par la Sûreté au directeur de Clairvaux est certainement une erreur. 

Sources

  • Mairie de Boulogne-sur-Seine
  • Fichier national du Bureau des archives des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, Caen (déclarations faites lors du rapatriement).
  • Archives de la préfecture de police de Paris. BA 2397.  
Biographie rédigée en novembre 2005 par Claudine Cardon-Hamet (par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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